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Élections au Québec : et si protéger notre environnement était le meilleur investissement?

3 hours ago 3

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Dans la très grande région de Montréal, de la couronne nord à la couronne sud, les dépenses associées à l’automobile appauvrissent à la fois le portefeuille des ménages et l’économie locale.

Ce constat ne vient pas d’un groupe écologiste, mais bien de la voix du monde économique et des élus régionaux : de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

La Chambre de commerce est un regroupement qui a pour mission de défendre les intérêts du milieu des affaires et « d’agir pour la prospérité des entreprises ». La Communauté métropolitaine de Montréal, de son côté, dépasse largement les limites de l’île. Elle rassemble 82 municipalités, de Contrecœur à Vaudreuil, en passant par Mirabel et Marieville. À elle seule, elle représente 4,3 millions de personnes, soit près de la moitié de la population du Québec. Une preuve que les préoccupations pour une meilleure mobilité dépassent de loin la seule réalité montréalaise.

Début septembre, les deux groupes se sont associés pour publier une étude que les responsables politiques gagneraient à lire : Le transport collectif, un projet économique de société.

Selon cette étude, les choix axés sur l’automobile sont un facteur d'appauvrissement.

Ils contribuent entre autres à alourdir le coût de la vie des ménages, ce même coût de la vie qui est, selon les sondages, une des priorités des électeurs.

Par exemple, au cours des 15 dernières années, les Québécois ont dépensé en moyenne 9200 dollars annuellement pour un véhicule privé. La voiture est devenue le deuxième poste de dépenses le plus important des ménages, après le logement, mais devant l’épicerie.

Selon les chercheurs, une plus grande offre de transport en commun agit sur le coût de la vie en allégeant le portefeuille des Québécois.

Une autoroute bondée de véhicules.

La congestion est quotidienne pour entrer à Montréal.

Photo : Getty Images / buzbuzzer

Perdre 60 heures par année dans les bouchons

Le modèle dominant de l’auto solo nuirait aussi à l’économie et à la santé des entreprises locales. La grande motorisation de la grande région de Montréal a des effets sur la congestion automobile, qui pèse directement sur la productivité.

En plus d’affecter la qualité de vie des personnes, la congestion mine la compétitivité des entreprises : délais de livraison, coûts logistiques additionnels, retards du personnel, écrivent les auteurs de l’étude. Les automobilistes perdent 60 heures par année dans les bouchons.

Les coûts de la congestion ont dépassé 6 milliards de dollars en 2023, selon les derniers chiffres disponibles compilés par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Cela représente 2,1 % du PIB régional, soit l’équivalent de 1374 dollars par personne.

Et la facture pourrait continuer de grimper. Si la tendance se maintient, les coûts atteindront 10 milliards de dollars par année en 2030, soit 2163 dollars par personne.

Ce n’est pas tout. Selon les conclusions du rapport, les dépenses liées à l’automobile entraînent des fuites de capitaux massives.

Les chiffres en disent long : pour chaque tranche de 100 millions de dollars dépensée, 57 millions fuient à l’étranger, notamment parce que les voitures et le pétrole qu’elles consomment sont importés à grands frais. Selon le rapport, c’est près de quatre fois plus d’argent qui sort de l’économie québécoise qu’avec le transport en commun, qui ne génère que 15 millions de fuites.

La conclusion des représentants de la CMM et de la CCMM est claire : contrairement à un système axé sur l’auto solo, la présence d’un service de transport collectif performant est un levier pour attirer les investissements et pour garantir aux entreprises un environnement propice à la mobilité de la main-d’œuvre et à l’efficacité de leurs opérations.

Un homme passe devant un panneau qui indique les travaux de prolongation de la ligne bleue du métro de Montréal.

Les travaux se poursuivent pour la prolongation de la ligne bleue du métro de Montréal, un des plus gros projets structurants de transport en commun au Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C’est d'ailleurs dans cet esprit qu’à la fin août, 20 maires de la grande banlieue nord de Montréal ont uni leurs voix pour signer le Pacte de la mobilité pour la couronne nord afin de réclamer une hausse du transport collectif dans leur région.

On comprend bien que les investissements dans le transport collectif offrent un exemple concret d’une politique qui peut à la fois contribuer à protéger le climat et l’environnement, tout en étant très bénéfique pour l’économie.

Pourtant, selon les chiffres du Programme québécois des infrastructures 2026-2036, Québec prévoit toujours de consacrer près des trois quarts des investissements en mobilité pour le transport routier, contre 26 % pour le transport collectif.

Les transports sont pourtant responsables de près de la moitié des émissions de GES du Québec (44,8 %), les automobiles et les camions légers (VUS) générant à eux seuls le quart des émissions totales.

L’argent pousserait-il dans les arbres?

La nature, elle aussi, est très payante.

La conservation des milieux naturels, souvent perçue comme une dépense, a des retombées économiques grandement sous-estimées.

C’est du moins la conclusion d’un grand rapport publié le 3 septembre dernier, dirigé par l’économiste François Delorme, professeur à l’Université de Sherbrooke. Avec une équipe d’experts en économie écologique, il a cherché à mesurer les retombées économiques de la protection de ce qu’il appelle le capital naturel.

Les méthodes de calcul utilisées par les experts en économie écologique, qui cherchent notamment à mesurer la valeur économique des services que nous rend la nature, se sont raffinées au fil des ans.

La science reconnaît depuis longtemps que nos économies dépendent largement de ces services.

Par exemple, les milieux naturels filtrent l’eau avant qu’elle ne rejoigne les nappes phréatiques et aboutisse dans nos robinets. Les arbres et la végétation, pour leur part, améliorent la qualité de l’air, rafraîchissent nos villes et favorisent l’activité physique, stockent le carbone, préviennent l’érosion des berges et hébergent des molécules qui deviendront des médicaments.

Un milieu humide.

Les milieux humides offrent de nombreux services dont on pourrait difficilement se passer, comme celui-ci près de Matane.

Photo : Radio-Canada

De leur côté, les milieux humides réduisent les risques d’inondation en jouant le rôle de grandes éponges vivantes. La diversité biologique, quant à elle, renforce la résilience des cultures et favorise la pollinisation, essentielle à la reproduction des plantes qui nous nourrissent.

L’argent pousserait-il dans les arbres?

La nature travaille pour nous, écrivait François Delorme dans un texte d’opinion publié dans La Presse, à la suite de la publication de son rapport.

Pour les fins de sa recherche, l’économiste a étudié les services économiques rendus par les terres privées protégées par le Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ). Ces territoires occupent une superficie totale d’environ 850 kilomètres carrés.

Selon les conclusions de l’étude, les territoires étudiés fournissent chaque année près de 680 millions de dollars en services économiques, soit près de 8000 dollars par hectare, par an.

Cette valorisation monétaire ne vise pas tant à donner un prix à la nature, mais à mesurer ce que nous coûterait sa dégradation.

Sans ces milieux naturels, les collectivités devraient financer encore plus d’infrastructures d’égout et de traitement des eaux, éponger les coûts supplémentaires des inondations, faire face à des hausses de primes d’assurance ou encore composer avec une réduction des rendements agricoles.

Et, contrairement aux infrastructures bétonnées, qui se dégradent avec le temps et exigent un entretien constant, les milieux naturels préservés continuent d’offrir leurs bénéfices année après année, sans nécessiter de grandes dépenses supplémentaires.

Dans bien des cas, souligne François Delorme dans son rapport, ces écosystèmes constituent souvent la technologie la plus efficace et la plus économique pour répondre aux besoins de la société.

En ce sens, la protection de l’environnement pourrait ne plus être considérée comme une simple dépense, mais comme un investissement stratégique rentable.

Respirer mieux, dépenser moins

L’air pur est aussi un actif économique à valoriser.

C’est le constat d’une autre étude publiée au début de septembre par le Programme des Nations unies pour l’environnement, en collaboration avec la Coalition pour le climat et l’air pur.

Lutter contre la pollution de l’air n’est pas seulement une urgence sanitaire, c’est aussi une occasion économique très rentable.

En déployant 25 solutions déjà éprouvées et bien reconnues, comme le chauffage et la cuisson propre, la réduction des émissions de méthane ou le renforcement des normes de pollution pour les activités pétrolières et gazières ou pour les véhicules, les pays pourraient en retirer d’importants bénéfices économiques.

Selon les experts de l’ONU, chaque dollar investi par les gouvernements pour améliorer la qualité de l’air et réduire les GES génère environ 15 $ en retombées économiques.

Il s’agit de bénéfices bien tangibles qui peuvent être réinjectés dans l’économie, notamment grâce à la réduction des dépenses publiques en santé ou à l’amélioration de la productivité au travail. Pour l’ONU, la pollution de l’air représente un risque économique que les pays peuvent réduire, voire éviter, en agissant.

Un investissement de 15 pour 1, qui dit mieux?

Malgré tout, on entend très peu de tels arguments de la part des partis en campagne. Et en dehors des périodes électorales, il est plus courant de voir des élus couper des rubans devant des infrastructures neuves et rutilantes que de les voir annoncer qu'ils ne toucheront pas à un marécage.

Pourquoi? Peut-être parce qu'il est plus simple de célébrer ce qu’on construit que ce qu’on choisit de préserver.

Protéger le territoire ne donne pas lieu à une inauguration. C’est pourtant un de ces investissements dont les bénéfices économiques se font sentir pendant des générations.

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