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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayBUDAPEST, Hongrie – Comment expliquer une telle visite? Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, debout, main dans la main avec Viktor Orban devant des milliers de partisans à Budapest à quelques jours d’une élection, considérée comme la plus importante en Hongrie depuis la chute du communisme en 1990.
Je ne dirai pas au peuple hongrois comment il doit voter, déclare le vice-président des États-Unis.
Mais c'est tout comme.
J’aime la Hongrie et j'aime Orban. Il accuse du même souffle les bureaucrates de Bruxelles de s'ingérer dans l'élection pour orchestrer sa défaite.
Le fait que le vice-président de Donald Trump ait traversé l’Atlantique pour chanter les louanges du leader le plus controversé de l’Union européenne en dit long sur les enjeux de cette élection, qui dépassent largement les frontières de la Hongrie.

Le vice-président américain J.D. Vance a rencontré le premier ministre hongrois Viktor Orban, mardi.
Photo : Getty Images / Pool
Le vote de dimanche est d’une importance capitale pour l’Europe où Viktor Orban s’est imposé comme une voix dissidente, allant jusqu'à bloquer l’aide à Kiev.
Et dans le contexte de relations tendues avec Washington au sujet de la guerre en Ukraine ou de celle en Iran, des tarifs douaniers aux sanctions contre la Russie, l'Europe a besoin d’unité.
Mais si Vance vole au secours de son ami populiste, c’est parce que Viktor Orban est en danger.
Au terme de 16 ans d'un règne durant lequel il a largement façonné l’État hongrois au goût de son parti, le Fidesz, en accaparant le contrôle de médias, de la justice et des plus grandes universités du pays, son étoile a pâli et Viktor Orban mène aujourd’hui la bataille de sa vie.
La paix ou le chaos
C’est le choix qui résume le message que le premier ministre a choisi de porter aux quatre coins du pays.
Ça fait des années que Viktor Orban n’avait pas fait campagne sur le terrain qu’il parcourt désormais du matin au soir. Nous l’avons suivi à Szolnok, à 150 kilomètres de Budapest, sous une pluie intense et un froid humide.
Sous leur parapluie et leur cape en plastique, ses partisans scandent son nom et celui de son parti : Allez Fidesz, allez Orban.
Ce gouvernement a sauvé l’Europe et la Hongrie, nous dit Sandor, 45 ans.
Est-ce que vous voyez des migrants? Vous, qui êtes une femme, est-ce que vous avez peur ici comme à Paris ou à Marseille? Il n’y a qu’une option, c’est le nationalisme ou rien.

La banderole des partisans d'Orban sur laquelle on peut lire : « Nous ne deviendrons pas une colonie de l’Ukraine.»
Photo : Radio-Canada / Jimmy Hutcheon
Il se joint à la marche, menée par un groupe de partisans qui s'avance vers la scène et tient à bout de bras une grande banderole sur laquelle on peut lire : Nous ne deviendrons pas une colonie de l’Ukraine.
Viktor Orban arrive à l'heure et gonflé à bloc. Les bras dans les airs, il prévient que, si l'opposition gagne, l’argent de la Hongrie sera directement envoyé à Kiev et le pays sera entraîné dans la guerre à coup sûr.
Agnès, une professeure d’anglais à la retraite, écoute attentivement et hoche la tête en nous traduisant ses propos tout bas.
Il dit qu'il y a un danger, un grand grand danger, et elle est plutôt d’accord avec Orban.
Je sais que nous avons besoin du pétrole russe bon marché et, quant à moi, on en fait trop, et l’Europe en fait trop pour l'Ukraine, je suis désolée, mais c'est ce que je pense.
Le pays est d’ailleurs tapissé des pancartes électorales du Fidesz sur lesquelles on ne voit nul autre que le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, aux côtés de celui qui pourrait devenir premier ministre dimanche, le candidat conservateur pro-européen Peter Magyar.
La marionnette de Kiev et de Bruxelles, dit l’affiche.
L’ascension fulgurante du Tisza de Peter Magyar
L’avocat de 44 ans arrive en jeans et en basket au premier rassemblement d'une journée qui en prévoit au moins six, et son équipe nous prévient qu’il n’a pas une minute à perdre.
La priorité est de parler avec les citoyens des régions rurales, fiefs du Fidesz où Viktor Orban pouvait autrefois compter sur la loyauté des paysans avec des scores qui dépassent le 90 % d'appuis.
Mais on sent le changement arrivé, dit Peter Magyar, à qui nous avons pu arracher quelques réponses en anglais qu’il maîtrise parfaitement.

Peter Magyar, leader du Tisza, entouré de sympathisants.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Hutcheon
C’est un ex-eurodéputé, et surtout, un ancien membre du parti D’Orban, qu’il a quitté avec fracas pour dénoncer publiquement la corruption et les dérives autoritaires du gouvernement.
Longtemps inconnu du public, Peter Magyar a fondé en 2024 son propre parti, le Tisza, qui connaît depuis deux ans une ascension fulgurante, si bien qu'il s’impose désormais comme le principal rival de Viktor Orban et représente la seule option crédible pour le remplacer au poste de premier ministre.
Quand on demande à Peter Magyar quelle sera sa priorité s’il est élu dimanche, il répond : Se débarrasser de la corruption et ramener les fonds européens en Hongrie.
Il parle ici des milliards que l’Union européenne ne verse plus à la Hongrie pour sanctionner les atteintes répétées du gouvernement Orban à l’État de droit et aux institutions démocratiques.
Nous allons démanteler le système brique par brique, dit Peter Magyar, puis, drapeau à la main, il se joint à la foule pour entonner Kossuth, un chant patriotique issu de la révolution hongroise de 1848.
Ilona, 73 ans, nous frôle à vélo avec sa pancarte que Peter Magyar vient tout juste d’autographier et nous confie, presque honteuse, qu’elle a souvent voté pour le Fidesz et Orban, mais que cette époque est révolue : Cette bande de voleurs ne peut plus m’acheter avec sa propagande.
Elle compte sur Peter Magyar pour qu'il ramène la Hongrie dans les bonnes grâces de l’Union européenne, en plus de lutter contre la corruption.
Il connaît le système de l'intérieur, il est le seul capable de battre Orban, dit Ilona.

Ilona,73 ans, va voter pour Peter Magyar, après avoir longtemps appuyé Viktor Orban.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Hutcheon
Si certains analystes comparent Peter Magyar au Viktor Orban d’il y a 20 ans, le contraste entre les deux hommes en 2026 est on ne peut plus plus évident.
La Hongrie vit un moment décisif perçu par beaucoup comme la dernière occasion de renverser une autocratie aux urnes plutôt que par la violence, dit le sociologue Zoltan Fleck.
La plupart des Hongrois réalisent, après quinze ans, que l’autocratie n’est pas plus efficace que la démocratie, malgré ses défauts, et ils voient bien ce qui passe avec l'argent public qui finit souvent dans les poches du pouvoir et de ses proches. Orban peut encore compter sur plus d’un million de partisans, les irréductibles fidèles du parti, mais le reste de la population est en quête de changements et l'électorat est volatil.
Il s’attend d’ailleurs à un taux de participation historique. Si l'opposition semble jouir d’une avance confortable selon le sondage, le système et la carte électorale en Hongrie ont été réformés de sorte à favoriser le parti au pouvoir. Mais jusqu'où peuvent aller Viktor Orban et sa puissante machine électorale pour assurer sa victoire dimanche?
Le prix d'un vote
Dans les villages comme celui de Tiszavasvári dans le nord-est de la Hongrie, on dit souvent que la pauvreté sert de carburant électoral. On se doute depuis des années que les votes s'achètent parfois en échange d’un kilo de carottes ou de pommes de terre, et ce, depuis bien avant l’ère Orban.
Mais ici, le Fidesz a érigé cette pratique en système, dit Tibor Lakatos, un membre de la minorité rom qui nous a reçus dans la maisonnette qu’il habite avec sa femme et leurs neuf enfants
J’ai reçu 50 euros pour voter Fidesz en 2020, et 20 euros à l'élection précédente, sans quoi je risquais de perdre mon emploi à la Municipalité.
Tibor dit que les autorités se servent de l'analphabétisme au sein de la communauté comme prétexte pour les accompagner dans l'isoloir et photographier leurs bulletins de vote.
Son témoignage n’est qu’un parmi des centaines, dit le documentariste Aron Timar, dont le documentaire Le prix d’un vote a été visionné près de deux millions de fois sur YouTube depuis sa sortie, il y a deux semaines.
Le film nous transporte dans 50 comtés où le Fidesz dicte sa loi. Même des maires témoignent d’un système de coercition mis en place par les plus hautes instances du parti pour cibler un demi-million d'électeurs en vue du scrutin de dimanche.
Nous pensions enquêter sur l’achat de votes, mais nous nous sommes vite rendu compte au cours du processus que nous étions en présence d'un système de domination des électeurs parmi les plus vulnérables du pays.

Tibor Lakatos, avec sa femme et leur nouveau-né.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Hutcheon
Tibor Lakatos nous raconte que c'est le jour où il a décidé de poser sa candidature aux élections locales que son calvaire a commencé.
Un homme est venu à la maison et nous a coupé le courant. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a dit que l’ordre venait d’en haut.
Puis, quand sa fille est née le 1er janvier dernier, les services de protection de l’enfance leur ont retiré la garde pendant un mois.
J'ai huit autres enfants et nous n'avons jamais eu de problème. Qui d'après vous dirige les services de l’enfance? Je n’en peux plus de l'humiliation du Fidesz.
Nombreux d’ailleurs sont les citoyens qui nous disent avoir peur d'afficher leur couleur politique et même de participer à des rassemblements de l’opposition.
Je vous pose la question, dit Aron Timo : est ce que c’est une démocratie quand les gens ont peur de se présenter à un rassemblement de l'opposition? Je ne sais pas comment la Hongrie en est arrivée là, je ne comprends pas, mais nous ne pouvons plus vivre dans un tel système.
Comme des millions de Hongrois, il mise tout sur Peter Magyar.
Entre la colère et la loyauté, l’heure du verdict approche. Et dans les rangs tissés serrés des rassemblements du Fidesz, personne ne veut imaginer la Hongrie sans Viktor Orban.
Regardez-le, il est honnête et il est un vrai battant, dit Agnes. Et il peut compter sur les plus puissants du monde, ajoute Sandor Soro.
La Russie, la Chine et les États-Unis de Trump, tous se rangent derrière Viktor Orban.


1 month ago
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