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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« On est prêts » à démarrer le projet pilote du Dossier santé numérique (DSN), le 9 mai, a assuré Santé Québec, lors d’un breffage destiné aux médias, mercredi. Mais, pour y arriver, jusqu’à la moitié des activités cliniques seront réduites, ce printemps, dans les établissements de santé de la Mauricie, du Centre-du-Québec et du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Un retour à la normale est attendu pour septembre.
À la suite des recommandations du fournisseur américain Epic Systems, Santé Québec prévoit une baisse plus significative pendant quatre semaines; soit deux avant la date du lancement et deux semaines après. Les baisses seront graduelles, allant de 25 à 50 % de réduction de services, pour les soins non urgents.
Semaine du 27 avril - réduction de 25 % des services
Semaine du 4 mai - réduction de 50 % des services
Semaine du 11 mai - réduction de 50 % des services
Semaine du 18 mai - réduction de 25 % des services
Il s’agit d’une baisse d’activité pendant la période critique, a expliqué la PDG du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Adélaïde De Melo.
Il y aura une phase de stabilisation et une reprise des activités, et cette reprise-là, on anticipe la faire vers le mois de septembre, au retour après les vacances estivales. Durant l’été, on le sait, il y a toujours une baisse d’activité.
À la suite de sa conférence de presse, Santé Québec a tenu à préciser que les activités estivales seraient en baisse comme chaque été, sans lien avec le DSN.
À la reprise des activités à l’automne [...] on va venir ajuster avec l’augmentation de certaines priorités, notamment pour les blocs opératoires pour compenser la baisse d’activités.

Le DSN marque un changement d'ère en santé, du papier vers le numérique.
Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell
Radio-Canada avait déjà révélé qu’au plus fort de la réduction, 104 lits allaient fermer dans les unités de soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Il était aussi question de diminuer de 20 % les activités de chimiothérapie en hémato-oncologie.
Santé Québec n’était pas en mesure de donner des chiffres, mercredi, sur l’impact de l’implantation du projet sur les chirurgies. Mais elle assure que les soins en oncologie et les activités cliniques d’urgence seront maintenus.
L’objectif est de soutenir une transition sécuritaire et fluide. C’est une pratique normale pour ce type de transformation, selon Santé Québec.
On ne va mettre en péril personne de la population, a ajouté la vice-présidente des technologies de l'information de Santé Québec, Erika Bially.

La vice-présidente des technologies de l'information de Santé Québec, Erika Bially (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Une révolution numérique en santé
Le Dossier santé numérique vise à centraliser les données médicales des Québécois sur une plateforme en ligne pour rendre plus efficace le travail du personnel de soins.
Il leur permettra d'avoir accès à tout moment aux documents des usagers, sans papier ni télécopieur, que ce soit pour la prise de rendez-vous, les ordonnances ou encore la gestion.
Par exemple, un patient n'aurait plus besoin de répéter à chaque intervenant de santé ses allergies et ses antécédents de santé, tout serait inscrit dans le système et suivrait son parcours de soin.
Autre intérêt du DSN : si le médicament prescrit n’est pas conforme avec les données de santé du patient, le système va alerter le médecin et lui éviter une erreur.

Environ 40 % des médecins ne sont pas encore pleinement formés à l'usage du DSN au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal.
Photo : Getty Images / fizkes
Des inquiétudes au sujet de la formation
Le déploiement du DSN a déjà été retardé de six mois pour s'assurer de la préparation adéquate des équipes, notamment des médecins. Mais des travailleurs de la santé sont encore convaincus que le projet n’est pas prêt et redoutent les impacts sur les patients.
Santé Québec a expliqué que le système est déjà utilisé en test, par exemple, les rendez-vous sont actuellement pris en double, selon la nouvelle et l’ancienne méthode. Le 9 mai sera une activation et non un début d’utilisation.
À deux semaines du lancement du DSN, les formations du personnel sur le nouveau logiciel ne sont pas encore terminées.
En date du 21 avril, Santé Québec confirmait que 41 % des médecins situés au CIUSSS du Nord-de-l’Île de Montréal n'avaient pas encore reçu leurs formations. Ce chiffre s’élève à 27 % pour les médecins des régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
La sécurité des données mise en doute
Le 10 avril, l'ex-ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Gilles Bélanger, a même lancé un pavé dans la mare, en entrevue avec Radio-Canada, en affirmant que les données de santé des Québécois ne sont « pas du tout en sécurité » dans l'état actuel des choses.
M. Bélanger s'inquiétait de l'hébergement des données par le développeur américain de la plateforme, Epic Systems, qui est soumis au CLOUD Act, une loi américaine qui pourrait théoriquement permettre aux États-Unis de saisir les données même si elles sont hébergées à l’extérieur de son territoire.
Santé Québec est en gestion de crise depuis plusieurs jours et tente de rassurer les Québécois.
Les données sont certes hébergées par une entreprise américaine, mais elles sont sur des serveurs à Montréal et à Toronto et elle assure que ces données sont chiffrées et donc rendues illisibles pour le gouvernement américain ou des pirates.
On a fait tout ce qu’on pouvait pour réduire les risques, a assuré Erika Bially, reconnaissant qu’il demeure des risques résiduels.
Selon le directeur de l’Institut en cybersécurité et cyberrésilience de Polytechnique Montréal, Frédéric Cuppens, le chiffrement ne permet pas, à lui seul, de protéger pleinement les données.
Un centre de commandement pour faire face aux enjeux
Les partis d’opposition ont demandé le report du projet pour s’assurer que le lancement se fait dans des conditions sécuritaires. Celui qui se fait le plus entendre sur le sujet, le porte-parole libéral en matière de Santé Monsef Derraji, a demandé également que des représentants d’Epic soient présents sur le plancher des hôpitaux, le 9 mai, pour assister les travailleurs de la santé.
Santé Québec répond qu’un centre de commandement est mis en place depuis Trois-Rivières pour appuyer les équipes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il compte 500 employés informatiques du réseau de la santé, 240 employés d'Epic et plus de 3000 superutilisateurs, des employés complètement formés à l’utilisation de l’outil.
Il y aura des enjeux dans les premières journées, a toutefois prévenu Erika Bially. Mais le système a été éprouvé ailleurs, a-t-elle rappelé, mentionnant que la solution Epic est déployée dans 2800 hôpitaux de 16 pays, dont le Canada (Alberta, Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador).
L’Alberta a d’ailleurs mis cinq ans pour arriver au déploiement d’Epic sur l’ensemble de la province.
Le projet pilote dans les deux régions a connu des dépassements de coûts importants. Initialement évalué à 265 millions $, il a fait face à un dépassement de coût (307 M$) puis bénéficié d’une rallonge budgétaire du gouvernement à 402 M$. Comme l’a révélé Radio-Canada, le ministère de la Santé avait omis d’inclure le coût de la formation du personnel dans son estimation.
Le calendrier de déploiement du DSN dans l'ensemble du Québec sera annoncé au printemps. Le projet pour toute la province avait été initialement évalué à 1,5 milliard de dollars, mais il pourrait coûter jusqu’à 3 milliards, selon les estimations des autorités.
Pas de DSN dans les centres jeunesse
Les centres de jeunesse ne pourront finalement pas être inclus dans la plateforme puisque Epic Systems n’est pas en mesure de garantir la suppression complète des données. Les centres de jeunesse devront donc continuer d’utiliser le système nommé projet intégration jeunesse (PIJ), implanté en 2003, même si l’objectif initial du DSN était d’avoir une solution numérique unique pour tous les établissements de santé au Québec.
La PDG du CIUSSS MCQ Nathalie Petitclerc a toutefois souligné que pour le traitement et la réception des signalements, les professionnels du réseau pourront avoir accès à l’information de leurs usagers.


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