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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayVARADERO, Cuba – Les milliers de travailleurs cubains liés à l'industrie touristique vivent des heures sombres. Le nombre de visiteurs sur l’île a été coupé de moitié depuis que les États-Unis ont imposé un embargo pétrolier. Visite dans les lieux d’ordinaire fréquentés par les voyageurs canadiens.
Le soleil se couche lentement au-dessus d’une mer turquoise. Les vagues ne sont pas trop fortes, la brise est douce. Sur le sable chaud, des dizaines de chaises longues… toutes vides.
L’ambiance est bien triste à Varadero ces jours-ci. Les aires de restauration ont beau faire jouer de la musique forte, les employés sont plus nombreux que les clients.
Beaucoup d’hôtels sont fermés. Les activités ont été concentrées dans quelques lieux, qui sont loin d’être pleins. Les rares clients sont souvent cubains, attirés par les rabais.
C’est très mauvais et désolant, lance un père venu de La Havane avec sa fille. Je n’ai jamais vu ça aussi vide.
Tout est fermé, ajoute sa fille, la mine grave. Il n’y a aucune activité.

Plusieurs hôtels de Varadero ont dû fermer, faute de clients. Les autres qui sont demeurés ouverts accueillent peu de touristes.
Photo : Radio-Canada
Comment pensez-vous que ça va?, demande une autre Cubaine, qui termine un quart de travail bien tranquille dans un des hôtels de la ville. Une question rhétorique dans un lieu vidé de vie.
Le Canada, l'un de nos principaux pays pour les touristes, a suspendu ses vols vers Cuba. Comment pensez-vous qu’on s’en sort? Dans sa voix, de l’indignation et de la frustration.
Cette année, Cuba a accueilli 125 000 visiteurs venant du Canada. Ce n’est même pas la moitié du nombre de touristes arrivés durant la même période l’an dernier.
Tout un choc, puisque le Canada est le premier pays d’origine des voyageurs cherchant le soleil de Cuba. En mars, à peine le cinquième du nombre habituel de visiteurs a été enregistré.

Diagramme intitulé « Arrivées de visiteurs internationaux » selon des informations préliminaires. Sur l'axe Y, le nombre de visiteurs, sur l'axe X, les mois de l'année en commençant par janvier.
Photo : Office national des statistiques et de l'information de la République de Cuba
Les milliers de Cubains qui vivent du tourisme ressentent cette chute dans leur ventre et dans leur cœur. Ici, le tourisme est plus qu’une industrie. C’est souvent une façon d’améliorer un ordinaire bien maigre. D’obtenir des médicaments ou des produits d’hygiène difficile d’accès.
Un petit taxi arrive, les employés montent à bord. Envoyez-nous plein de Canadiens. On les attend, lance une femme. Le chauffeur démarre. Il envoie la main et lance des insultes au président américain, le responsable de l’embargo pétrolier qui a paralysé l’industrie touristique.

Entre janvier et mars, l'île des Caraïbes a accueilli 298 057 visiteurs, soit 48 % de moins qu'à la même période en 2025, selon des chiffres publiés par l'Office national de la statistique et de l'information.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
C'est devenu notre nouvelle réalité
À la sortie de Varadero, dans les quartiers populaires, bien des rues sont en terre battue. Dans ces modestes demeures, on retrouve beaucoup de Cubains qui vivent grâce au tourisme.
Ici, la mer n’est pas visible, mais l’air est salin. Le vent masque les éclats de voix d’un groupe d’hommes jouant aux dominos sur une petite table posée devant un kiosque de fruits.
Un jeune homme s’approche. D’ordinaire, il promène des touristes dans les vieux véhicules américains si visibles sur les routes cubaines. Ces temps-ci, c’est plutôt à vélo qu’il se déplace.
Dans cette maison habite un chauffeur de taxi. Et là, c’est la femme qui travaille dans une agence de voyages. Selon Bryan, à peu près tout le monde ici vit grâce à la présence des étrangers.

Bryan Manza (à l'avant-plan) et ses parents, Xiorama et Silvio Manza.
Photo : Roberto Chile
C’est aussi le cas de son père et de sa mère, qu’il tient à nous présenter. En chemin, ce fils de 35 ans compare cette période à une autre époque difficile à imaginer : celle de la COVID-19.
Au début, on se disait que les visiteurs allaient revenir vite. Comme la pandémie, on pensait que c’était temporaire. Mais ça a duré un bon moment, et c'est devenu notre nouvelle réalité.
On est tous déprimés, lance sa mère, Xiomara, qui supervise d’ordinaire le ménage dans les chambres d’un hôtel de Varadero. La famille a perdu tous ses revenus. Elle est en mode survie.

Xiorama Manza, dans sa maison de Santa Marta, près de Varadero.
Photo : Roberto Chile
Le père se présente. Silvio porte un vieux chandail affichant le logo de l’équipe olympique canadienne. Il jure que c’est un hasard, qu’il ne l’a pas mis pour nous faire plaisir.
Au fil du temps, la famille a tissé des liens avec plusieurs généreux Canadiens, dont ceux qui leur ont offert un système à l’énergie solaire pour pallier les fréquentes pannes d’électricité.
Silvio, d’ordinaire chauffeur d’autobus pour touristes, parle de son impuissance : On n’y peut rien, absolument rien. On ne peut qu’attendre. Et c'est difficile de ne rien pouvoir faire d'autre.
Lui et son fils passent le temps en pêchant. C’est pour mettre un peu plus de nourriture sur la table. Et, aussi, pour oublier cette autre crise dans laquelle la famille et le pays sont plongés.

Silvio Manza est chauffeur d'autobus pour touristes.
Photo : Roberto Chile
À bout de souffle
Les difficultés du secteur touristique ne touchent pas que les centres de villégiature comme Varadero ou Cayo Coco. C’est quantifiable même dans les petits villages loin de la côte.
Camilo Cienfuegos est un de ces lieux où l’effet de la chute du tourisme se fait sentir. C’est un village historique, bâti par l’entreprise Hersey, pour ses travailleurs qui produisait du sucre.
La Québécoise Anne-Marie Flynn y a ouvert une petite auberge. Son calendrier de réservation n’affiche rien depuis décembre. L'année passée, j'ai eu 85 clients de 16 pays différents. Cette année : zéro, se désole-t-elle.
Celle qui est aussi guide touristique a acheté un chariot et une jument pour faire visiter les environs à ses clients. Mais, ces jours-ci, la bête sert surtout à transporter des choses.

La Québécoise Anne-Marie Flynn, devant sa petite auberge de Camilo Cienfuegos.
Photo : Yanik Dumont Baron
Cela fait une quinzaine d’années qu’elle habite ce coin, situé entre La Havane et Varadero. Anne-Marie Flynn comprend bien ce qui se passe autour d’elle, dans les foyers cubains.
Dans une famille, même si une seule personne travaille dans le tourisme, le fait qu’elle ait accès à des dollars, ça aide toute la maisonnée. Des bénéfices indirects cruciaux dans un pays pauvre.
La Québécoise explique être devenue une sorte de pharmacienne dans le village. Le lieu où les villageois peuvent recevoir les produits pharmaceutiques donnés par des visiteurs étrangers.
Ils viennent me voir pour avoir des médicaments. J'ai des antibiotiques. Des choses coûteuses et difficiles à se procurer pour bien des Cubains, ici, à la campagne, mais aussi en ville.

Au cours du premier trimestre 2026, le nombre de visiteurs venant du Canada, premier pourvoyeur de voyageurs sur l'île, a enregistré une chute de 54 %.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
Ce qu’Anne-Marie Flynn voit aussi, c’est un peuple à bout de souffle, qui tangue d’une crise à l’autre depuis des années. Un peuple qui vient de perdre une importante source d’oxygène.
Présentement, explique-t-elle, on se fait enlever carrément un poumon. Il reste un poumon pour respirer. Mais on est à bout de souffle depuis des années.


1 month ago
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