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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Tout le monde se tient? On part! » lance Sofia à ses trois enfants. Comme chaque matin, la famille qui demeure dans l'arrondissement du Sud-Ouest, à Montréal, embarque sur son vélo-cargo à assistance électrique – que les petits ont baptisé Spicy –, direction la garderie.
On en croise de plus en plus au cours de trajets matinaux vers le travail ou en faisant les emplettes. Ces vélos, munis d’un moteur électrique qui s’active en pédalant pour assister l’utilisateur, font fureur sur les pistes cyclables de la province.
En 2020, il y avait déjà une grande augmentation, mais là, il y a vraiment eu une expansion, constate Jean-François Rheault, PDG de Vélo Québec. Les données confirment la tendance : si les vélos à assistance électrique (VAE) représentaient 26 % des ventes de vélos pour adultes en 2020, ils comptaient pour 31 % en 2025.
Bon nombre de facteurs expliquent l’engouement grandissant pour les VAE.
Moi, ce que je cherchais, c’était la mobilité active, avoir de l’efficacité dans ma journée, explique Sofia, dont la famille a troqué l’automobile contre les VAE il y a trois ans.
C’est un mode de vie. Ceux qui font de la moto et qui se saluent sur la route? Bien, quand tu es en vélo-cargo avec tes enfants, tu dis ”allô”, relate la mère de famille. Tu as cette empathie envers les autres, ce qu’ils ont vécu pour se rendre là, peu importe. Il y a cet esprit de communauté qui existe et qui est vraiment le fun.

La famille a troqué ses deux voitures contre le vélo-cargo à assistance électrique.
Photo : Arly Bosom
Son conjoint et elle y réfléchissaient depuis longtemps, mais les astres se sont finalement alignés avec certains changements dans leur vie professionnelle.
On avait déjà réduit à une voiture, explique Sofia. On a ensuite vendu sa voiture à lui et ça a partiellement financé les vélos.
Depuis, Sofia et sa famille ne regardent plus derrière. Ç’a vraiment changé notre mode de vie.
Véritable porte d’entrée vers un quotidien plus actif, les VAE sont utilisés par une proportion croissante de personnes, entre autres grâce aux progrès technologiques .
Je pense qu’avant tout, la technologie des batteries s’est améliorée, ce qui a permis une plus grande démocratisation, explique Jean-François Rheault.
Surmonter les pépins de santé
Ces avancées ont notamment profité à Lynn Nadeau, 65 ans. Adepte de vélo depuis toujours, elle a dû revoir sa manière d'être active physiquement en mai 2023.
Ç’a découlé d’une randonnée à vélo. J’étais toute seule, j’étais contente, c’était le printemps. J’y suis allée trop fort…, ce qui a provoqué chez elle une crise cardiaque, raconte la dame.

Lynn Nadeau, qui a subi une crise cardiaque en 2023, peut continuer de pratiquer son activité favorite, le vélo, grâce à l'assistance électrique.
Photo : Lynn Nadeau
Ses kinésiologues l’ayant encouragée à faire de l’activité physique, Lynn a trouvé un compromis qui lui permet de s’accrocher à un aspect important de sa vie sans y aller en fou.
Je trouve ça intéressant d’avoir l’assistance électrique, surtout pour monter des côtes, précise la sexagénaire habitant à Longueuil. Son mari Gérald, 74 ans et adepte de moto, est lui aussi passé au VAE lorsque la prise de risque est devenue trop importante. Il a remarqué que ses réflexes commençaient à s’amoindrir, explique Lynn. J’étais bien contente qu’on puisse avoir une activité en commun.
La situation du couple s’inscrit dans une forte popularité des VAE chez les personnes de 55 à 74 ans : 47 % des propriétaires de VAE appartiennent à ce groupe d’âge. L’assistance électrique viendrait éliminer les différences de niveau de pratique entre les personnes, analyse Jean-François Rheault.
Chaque mardi, Lynn monte sur son VAE avec un groupe de cyclistes pour faire des randonnées, parcourant une trentaine de kilomètres.
Vu qu’on est en groupe, on se suit, donc c’est motivant pour faire plus de distance, fait-elle valoir. Ça lui donne aussi une excuse de plus pour contacter sa fille de 32 ans, avec qui elle partage ses tracés et les distances qu’elle a parcourues. Je me vante de ça un peu, admet-elle en riant.
Robert Bélanger, 70 ans, fait également partie de la communauté informelle des VAE, mais pour des raisons différentes. Le pire sentiment que tu peux avoir quand tu es retraité, c’est de te sentir inutile, soutient-il.

Robert Bélanger sur son vélo à assistance électrique, qu'il s'est procuré il y a six ans.
Photo : Arly Bosom
Résident du quartier Ahuntsic, Robert a mis son temps libre au profit d’À vélo sans âge pendant quatre ans. L’organisme offre des services de balades en cyclopousses à assistance électrique – des carrosses légers à plusieurs roues propulsés par un cycliste –, conçus pour transporter des personnes âgées ou à autonomie réduite.
Souvent, c’est le highlight de leur semaine, décrit Robert. Moi, j’arrivais le vendredi, puis ils m’attendaient assis sur le banc, tous bien habillés. Les premières fois, c’était drôle, parce qu’il y a des dames qui ne voulaient pas mettre le casque. Elles venaient de se faire coiffer, il a fallu que je négocie, raconte-t-il, lui qui s’est procuré son propre VAE il y a six ans.
Les habitués du programme – ayant fermé ses portes à Montréal, mais qui continue d’être offert dans la Vallée-du-Richelieu – en profitent pour retrouver une partie de leur vie sociale, souvent laissée derrière eux lorsqu’ils arrivent en résidence.

Le cyclopousse est un vélo à assistance électrique entièrement conçu au Québec. Il permet de transporter une personne en fauteuil roulant ou deux aînés en y ajoutant un banc. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger
Robert, lui, en profite pour faire d’une pierre deux coups et se tenir en forme. Les gens disent que tu triches [en utilisant un moteur électrique]. Ce n’est pas vrai! rétorque-t-il.
Un sentiment que confirment les études populationnelles, dit Jean-François Rheault. Les bienfaits du VAE sont les mêmes que ceux du vélo classique, explique-t-il, ajoutant que les gens qui font du VAEen font plus souvent et plus longtemps que les utilisateurs de vélos ordinaires.
Des bâtons dans les roues
Si la popularité croissante des VAE est manifeste, il existe cependant d'importants freins pour s'initier à ce moyen de transport et pour l'utiliser.
Nos pistes cyclables sont absolument atroces, et en plus, il y a plein de fermetures [en raison des travaux], déplore Sofia, qui montre du doigt le manque de continuité dans le réseau cyclable. Dans le Sud-Ouest, on n’a pas le luxe d’avoir des REV [réseaux express vélo] [...] C’est impossible pour quelqu’un de se rendre, juste sur piste cyclable, d’un point A à un point B, à moins que tu habites dans un endroit vraiment central.

Le Réseau express vélo (REV) de la rue Saint-Denis à Montréal est emprunté par une foule de cyclistes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Un point de vue partagé par M. Rheault. Une piste comme [celle de la rue] Rachel, par exemple, est bidirectionnelle, les gens viennent des deux sens. C’est difficile de dépasser, surtout à l’heure de pointe, analyse-t-il.
De façon générale, que ce soit pour la socialisation ou pour le transport, il faut concevoir des pistes plus larges pour permettre de rouler en sécurité et de façon confortable.
D’autres émettent des réserves sur le plan financier. Les vélos électriques, c’est quelque chose que les voleurs ont à l'œil, prévient Lynn, qui n’est pas à l’aise à l'idée de le laisser sans surveillance.
Même son de cloche du côté de Robert. Ce vélo-là coûte 5000 $, lance-t-il. Avec des installations sécuritaires à disposition, probablement que je ferais plus d’emplettes à vélo.
Débourser 5000 $ pour aller déposer les enfants à la garderie, se maintenir en forme ou socialiser avec les aînés du coin n’est pas accessible à tous. C’est d’ailleurs la moitié la plus aisée des ménages québécois (ayant un revenu supérieur à 80 000 $) qui possède les deux tiers des VAE. Jean-François Rheault est bien conscient des inégalités socioéconomiques à surmonter.

Jean-François Rheault, PDG et directeur général de Vélo Québec (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Arnaud Perron-Bouchard
Des subventions à l’achat, comme pour les voitures électriques, des systèmes de partage, comme BIXI, ou la location de longue durée, très populaire en Europe, sont des exemples qui peuvent aider à la découvrabilité, selon le PDG de Vélo Québec. Une fois que tu l’essaies, tu vois si c’est adapté à ton mode de vie, ajoute-t-il.
En ce sens, Vélo Québec travaille à une formation de vélo à assistance électrique destinée aux aînés. Il y a un peu plus de risques qu'avec le vélo ordinaire, vu la vitesse et le poids, donc l’idée est que les gens l’utilisent bien et de façon sécuritaire, explique M. Rheault.
Une première formation sera offerte à Montréal, en septembre, et prochainement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en partenariat avec l’Association des réseaux cyclables du Québec.


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