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Congrès libéral : en profiter pendant que ça passe

1 month ago 10

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Les sourires fendus jusqu’aux oreilles, éclatants comme dans une publicité de dentifrice.

Les militants libéraux réunis en Congrès à Montréal semblaient ne pas en croire leur chance : après être passés à deux doigts de voir leur parti décimé, ils paraissent désormais invincibles.

Au sommet des sondages. Aux portes de la majorité.

Les transfuges se comptent désormais au nombre de cinq. Chaque nouvelle défection conservatrice est vécue comme une revanche contre un Pierre Poilievre qui leur en a tellement fait baver à peine un an et demi plus tôt.

Les élections partielles de lundi devraient leur permettre d’atteindre le chiffre magique de 172 sièges aux Communes. Et, si la rumeur de nouveaux transfuges qui pourraient être annoncés dans les prochains jours se matérialise, cette majorité pourrait devenir de moins en moins serrée, et de plus en plus confortable.

C’est presque trop beau pour être vrai.

D’ailleurs, certains militants savent bien que ça ne peut pas durer. C’est une roue qui tourne, confiait un militant rencontré dans les couloirs du Palais des congrès. Il a vu neiger – il gravite dans les cercles libéraux depuis plusieurs décennies – et croit que la popularité est, par définition, éphémère.

Dans les ateliers du congrès, un organisateur aguerri conseillait aux militants de profiter du fait que le parti caracole dans les sondages pour remplir ses coffres. C’est maintenant qu’il faut saisir le moment, selon lui, parce que, de façon réaliste, c’est impossible que ça puisse aller mieux dans l’avenir.

La popularité de Mark Carney est intimement liée à l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et le chef libéral ne veut clairement pas qu’on oublie qu’il s’est fait élire pour tenir tête au président.

Le discours qu’il a prononcé samedi pour clore le congrès était truffé de références à l’idée qu’il faut défendre la souveraineté du Canada envers les Américains.

M. Carney parle au micro.

Le premier ministre Mark Carney prend la parole lors du congrès national du Parti libéral à Montréal, le samedi 11 avril 2026.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

Des gens qui préfèrent un vin de l'Okanagan à un vin californien. Une famille qui prévoit des vacances à l'Île-du-Prince-Édouard plutôt que de réserver des billets d'avion pour la Floride, a lancé Mark Carney sur la scène. De petits gestes de solidarité. Répétés des millions de fois. Ensemble, ils envoient un message : nous sommes maîtres de notre destin.

Les militants libéraux applaudissaient à tout rompre quand il parlait d’acheter canadien, de s’appuyer sur des partenaires fiables (sous-entendu, pas les États-Unis) et de sonner la fin de l’époque où le Canada achetait 70 % de son équipement militaire auprès de son voisin du sud.

Si l’on se fie aux échos de la foule réunie au palais des congrès, la corde de la souveraineté canadienne vibre aussi fort que l’an dernier, en campagne électorale.

C’est également un argument de vente pour convaincre les électeurs de Terrebonne de voter pour la candidate libérale.

Ce que les gens veulent, c'est qu'on puisse être un gouvernement en contrôle, pour diminuer leur anxiété, a plaidé Mélanie Joly en entrevue en marge du congrès. Et certainement, l’élection de Terrebonne peut nous amener cette stabilité-là, cette possibilité de pouvoir être capable de gérer un président américain intempestif, imprévisible et chaotique.

L’anxiété de l’électorat devant le président américain a fait, jusqu’à présent, la chance des libéraux.

Mais elle pourrait aussi la faire tourner.

La lune de miel pourrait faiblir si l’impact des actions du président mine pour de bon le portefeuille des Canadiens, et si Mark Carney paraît impuissant.

Même si la popularité de Mark Carney ne montre pour l’instant aucun effritement, il demeure que l’usure du pouvoir est une force irrésistible presque impossible à contrer quand elle s’installe. Parlez-en à Justin Trudeau et à pratiquement tous les premiers ministres avant lui.

Avec l’excès de confiance peuvent venir les erreurs ou la complaisance.

Et enfin, avec la majorité viennent les responsabilités.

Après plus de six ans à naviguer en terrain minoritaire, les libéraux s’apprêtent à reprendre les clés législatives du Parlement. Ce premier ministre qui veut aller si vite, réaliser de grands projets, rebâtir la capacité militaire du pays, relancer la croissance économique, aura bientôt les coudées franches pour le faire.

S’ils obtiennent une majorité de sièges aux Communes et qu’ils contrôlent l’ordre du jour parlementaire, les libéraux ne pourront plus blâmer l’obstruction conservatrice pour justifier la lenteur de certaines initiatives.

Ils n’auront pas d’autre choix que d’assumer ce qui va bien ou pas.

Et faire leur possible pour s’assurer que les sourires d’autrefois ne se changent pas trop vite en grincements de dent.

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