PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPendant de nombreuses années au Canada, les pratiques spirituelles autochtones n’étaient pas simplement mal comprises. Elles étaient illégales.
La Loi sur les Indiens ne cherchait pas seulement à contrôler les terres, le statut et la gouvernance. Elle est entrée jusque dans le sacré. Elle a dit aux peuples autochtones quand ils pouvaient se rassembler, comment ils pouvaient faire leur deuil, quelles cérémonies ils pouvaient pratiquer et quelles parties d’eux-mêmes ils devaient garder cachées.
La loi a fini par changer, mais les mentalités n’ont pas changé aussi vite. Pendant longtemps, la spiritualité autochtone est restée quelque chose que les institutions toléraient en marge, sans vraiment l’accueillir comme égale.

Cette gravure de 1875 montre à quoi pouvait ressembler une cérémonie de danse du soleil, une pratique longtemps interdite par la Loi sur les Indiens.
Photo : Wikimedia Commons/Gravure de Jules Tavernier et Paul Frenzeny
Même aujourd’hui, alors que le Canada parle souvent de réconciliation, on observe une résistance grandissante. Certaines personnes croient que les peuples autochtones ont reçu trop de reconnaissance, trop d’attention, trop de soi-disant avantages.
Mais la reconnaissance n’est pas un avantage. Parfois, la reconnaissance signifie simplement que ce qui était autrefois interdit peut enfin se tenir debout, à la vue de tous.
Voilà pourquoi un moment récent, après près de 30 ans de service en uniforme au sein des Forces armées canadiennes (FAC), a eu autant d’importance pour moi.
Récemment, je suis devenu pleinement qualifié comme aumônier au sein des FAC.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Pour moi, c’était plus qu’un autre cours militaire ou une autre qualification ajoutée à un dossier. En janvier 2025, je suis devenu le premier aumônier et Gardien du savoir autochtone des Forces. Un immense honneur, certes, mais, techniquement, dans mon nouveau métier militaire, je n’étais pas encore officiellement qualifié.
Comme tous les autres aumôniers, je devais terminer la formation, apprendre le rôle, comprendre les attentes et démontrer que je pouvais servir tous les militaires et leurs familles, peu importe leur foi, leur histoire ou leur cheminement.
En mai dernier, à l’École du Service de l’aumônerie royale canadienne, à la BFC Borden, j’ai finalement franchi ce seuil.
L’aumônier général est venu s’adresser aux finissants. Il y a eu des réflexions, des discours et le sentiment que nous nous joignions à quelque chose de plus grand que nous-mêmes. J’étais fier, mais je sentais aussi le poids de la responsabilité.

Des coquelicots sur la tombe du Soldat inconnu à Ottawa le 11 novembre 2019 (archives).
Photo : Reuters / Patrick Doyle
Un aumônier n’est pas là pour décorer une cérémonie. Il n’est pas seulement là pour ouvrir un événement par une prière ou se tenir discrètement pendant un défilé. Un aumônier est là parce que les militaires sont des êtres humains.
Cela peut sembler évident, mais chaque Canadien devrait s’en souvenir.
Les militaires ne sont pas des machines que l’on sort simplement d’une boîte pour les envoyer au combat, les déployer dans une zone sinistrée ou les placer sous pression sans conséquence. Ce sont des personnes avec des familles, des souvenirs, des rêves, des doutes, des peurs et des responsabilités.
Certains s’enrôlent très jeunes. Ils vieillissent en uniforme. Ils se marient, divorcent, ont des enfants, perdent leurs parents, manquent des anniversaires, manquent des funérailles et commencent parfois à se poser des questions difficiles.
Pourquoi suis-je ici? Quel est mon but? Qu’ai-je laissé derrière moi? Qu’est-ce que je suis prêt à porter? Que signifie servir lorsque le service exige un prix?
Ce ne sont pas de petites questions. Ce sont des questions profondément humaines. Ce sont aussi des questions spirituelles, même lorsqu’une personne n’appartient pas à une église, une mosquée, une synagogue, un temple ou une cérémonie.
Nâkatêyimiwêw
En cri, je pense à cela à travers le mot nâkatêyimiwêw. On peut le comprendre comme le fait de prendre soin des autres, mais son sens est plus profond qu’une simple bonté. Il porte l’idée de mettre quelque chose de soi de côté afin de veiller sur une autre personne, de la garder dans ses pensées, d’accepter une responsabilité envers son bien-être et de la protéger.
À la BFC Borden, une grande partie de la formation a mis cette responsabilité en lumière. Nous avons parlé des déploiements. Nous avons parlé de la façon de soutenir les familles lorsqu’un militaire meurt. Nous avons parlé de la façon de prendre soin d’un militaire déployé lorsqu’une personne qu’il aime traverse des difficultés à la maison. Nous avons parlé de résilience, de blessure morale, de leadership, d’écoute et de présence.
Comme Gardien du savoir autochtone, j’apporte aussi dans ce rôle des enseignements, des cérémonies, des récits, des chants, de l’humour, du silence et la mémoire de mes ancêtres cris. Mais je ne les apporte pas seulement pour les militaires autochtones.
Je les apporte comme une partie de moi-même. Ils façonnent ma façon d’écouter. Ils me rappellent que la guérison n’est pas seulement individuelle. Elle est relationnelle. Elle touche la famille, la communauté, le territoire, l’esprit et la responsabilité.
Il y a quelque chose de puissant dans une présence autochtone au sein des FAC. Les peuples autochtones servent dans l’armée canadienne depuis des générations, même lorsque nos communautés se voyaient souvent refuser une justice fondamentale à la maison. Le fait que les soins spirituels autochtones soient maintenant reconnus dit aux militaires autochtones qu’ils n’ont pas à laisser leur identité, leurs cérémonies ou leurs ancêtres à la porte lorsqu’ils enfilent l’uniforme.
Lorsque j’ai obtenu mon diplôme de l’école des aumôniers, je n’ai pas cessé d’être un homme cri, un père, un soldat, un ancien parlementaire ou un professeur d’université. J’ai porté tout cela avec moi. Mais j’ai aussi accepté de nouveau le cœur de cette vocation.
Servir tout le monde.
Prendre soin des autres.
Se rappeler que derrière chaque uniforme se trouve un être humain qui se demande comment vivre dignement, comment servir dignement et comment revenir entier à la maison.
Le pendule cherche son chemin,
tantôt vers nous, tantôt ailleurs.
Mais pierre après pierre, sans bruit,
nous bâtissons ce qui demeure.


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