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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes difficultés d’approvisionnement en hélium engendrées par la guerre au Moyen-Orient inquiètent de nombreux chercheurs canadiens, qui craignent de voir leurs études scientifiques dérailler.
Je suis profondément inquiet, affirme Bob Berno, gestionnaire du centre de recherche en résonance magnétique nucléaire de l’Université McMaster à Hamilton.
Des dizaines d’étudiants et de chercheurs dépendent du centre pour une panoplie d’études, dont certaines qui portent sur la protéine tau, dont l’accumulation est associée à la maladie d’Alzheimer.
L’objectif premier est d’observer comment la protéine change et plus tard, on l’espère, de pouvoir inverser la maladie, explique M. Berno.

Bob Berno est gestionnaire du centre de recherche en résonance magnétique nucléaire de l'Université McMaster de Hamilton, en Ontario.
Photo : Radio-Canada
Dans leur travail, les chercheurs se servent de spectromètres de résonance magnétique nucléaire, dont l’intérieur doit être refroidi grâce à de l’hélium liquide.
La semaine dernière toutefois, M. Berno recevait une lettre d’un fournisseur l'informant que l’approvisionnement du centre de recherche en hélium serait réduit de moitié, soit de 250 litres à 125 litres, et que le prix serait augmenté de manière significative.
Il s’agissait d’un cas de force majeure, prévenait l’entreprise.

Les installations de Ras Laffan gérées par QatarEnergy ont été endommagées lors des bombardements iraniens, compromettant ainsi la capacité d'exportation d'hélium et de gaz naturel liquéfié (Photo d'archives).
Photo : Associated Press / Maneesh Bakshi
Environ le tiers de la production mondiale d’hélium est fourni par le Qatar, dont des infrastructures ont été mises hors service par la guerre au Moyen-Orient.
La hausse du prix, évidemment, on n’en veut jamais, mais nous avons besoin de [la quantité] d’hélium qu’il nous faut, note M. Berno.
Apprendre qu’on ne peut recevoir que 50 % de l’hélium qu’il nous faut, c’est problématique.
Geneviève Seabrook, qui est responsable du centre de recherche en résonance magnétique du Centre de cancérologie Princess Margaret de Toronto, partage ses inquiétudes.
L’établissement a reçu une livraison d’hélium la semaine dernière, mais la plupart des spectromètres utilisés à des fins de recherche doivent être remplis toutes les cinq semaines, signale Mme Seabrook.
Elle n’est toujours pas certaine de pouvoir obtenir les 500 litres d’hélium qu’il lui faudra au début du mois de mai.

Le Centre de cancérologie Princess Margaret de Toronto, où travaille Geneviève Seabrook, fait partie du Réseau des hôpitaux universitaires (UHN) de Toronto.
Photo : Radio-Canada
Faute d’hélium, les aimants essentiels au fonctionnement des spectromètres pourraient être endommagés de façon permanente, explique-t-elle.
On serait obligés d’acheter un nouveau spectromètre et ça, ça coûte des millions de dollars, mais aussi, ça prend au moins un an pour avoir un nouveau spectromètre. Et pendant ce temps, ça veut dire qu'il y a beaucoup de chercheurs qui ne peuvent pas continuer [leur travail], ajoute Mme Seabrook.
C’est très angoissant.

Dans les appareils d'imagerie par résonance magnétique (IRM) qui servent au diagnostic, l'hélium peut durer jusqu'à deux ou trois ans. Le Centre Princess Margaret en a donc assez pour l'instant. (Photo d'archives)
Photo : Shared Health
Appels aux investissements en liquéfaction au Canada
À l’Université de Guelph, Sameer Al-Abdul-Wahid craint aussi que son établissement ne perde les investissements qu’il a faits en se dotant de sept spectromètres en résonance magnétique.
Il y a trois ans, l’université a même mis en place un système de recyclage, qui lui permet de récupérer l’hélium utilisé et de s’en servir à nouveau, mais son efficacité n’est que de 95 %.
Nous aurions donc toujours besoin d’acheter une certaine quantité d’hélium et si jamais notre fournisseur nous disait qu’il n’en a plus, ce serait une horrible nouvelle pour nous, déclare M. Al-Abdul-Wahid.

Le responsable du centre de résonance magnétique nucléaire de l'Université de Guelph, Sameer Al-Abdul-Wahid, souhaite que le Canada investisse dans des infrastructures de liquéfaction de l'hélium.
Photo : Radio-Canada
Il croit ainsi que le gouvernement fédéral devrait investir pour doter le Canada d'infrastructures de liquéfaction de l’hélium. Le Canada produit de l’hélium, mais le gaz extrait notamment en Saskatchewan et en Alberta doit être envoyé aux États-Unis pour être liquéfié.
Je ne veux pas voir cette crise comme une solution à quoi que ce soit, [...] mais je crois qu’elle a mis en lumière l’hélium comme un minéral critique et le fait qu’on doit avoir une chaîne d’approvisionnement plus stable, souligne-t-il, rappelant que l’industrie mondiale de l’hélium a d’ailleurs été touchée par quatre autres crises dans les 20 dernières années.
Le Groupe canadien des utilisateurs d’hélium (CHUG), qu’a cofondé Geneviève Seabrook, compte d’ailleurs soumettre bientôt au gouvernement fédéral un autre document réitérant la nécessité pour le pays de se doter d’infrastructures de liquéfaction.
Ce qu'on voudrait, c'est avoir un endroit au Canada où la liquéfaction est faite, de telle sorte que l'on puisse avoir une source stable et constante d'hélium liquide, histoire qu’on n’ait pas à attendre des problèmes géopolitiques un peu partout et se demander "est-ce que je vais trouver mon hélium?" affirme Mme Seabrook.
C'est important que l'on soit indépendant, qu’on ait de l’hélium dès qu’on en a besoin.

Au Centre de cancérologue Princess Margaret, les spectromètres qui nécessitent de l'hélium sont utilisés entre autres dans la recherche sur de nouveaux médicaments.
Photo : iStock
L’association des explorateurs d’hélium du Canada (Helium Developers Association of Canada) estime, pour sa part, qu’Ottawa devrait mettre en place des modifications sur le plan fiscal visant à traiter le gaz comme une ressource stratégique.
Selon le directeur général de l’organisme, Richard Dunn, de telles mesures permettraient d’attirer davantage d’investissements privés afin d'augmenter la production d’hélium et d'ainsi justifier la construction d’usines de liquéfaction.
Dans une déclaration transmise par courriel à Radio-Canada, le ministère fédéral des Finances ne se prononce pas sur cette demande précise.
Le ministère des Finances cherche constamment des moyens d’améliorer le régime fiscal, y compris dans le secteur des ressources naturelles, tout en conciliant les priorités économiques et les considérations budgétaires. Le ministère des Finances accueille l'ensemble des propositions et des commentaires des Canadiens et des intervenants de l’industrie, écrit un porte-parole.
Avec des informations de Tiphanie Roquette


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