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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDès le petit matin, L’épicerie rejoint des membres du Collectif d’achats Youville dans un entrepôt de vente en gros à Montréal; un lieu auquel on a rarement accès.
Canadawide, ouvert de 3 h du matin à midi, fournit habituellement les épiceries. Tous les vendredis, à 6 h, une poignée de bénévoles du collectif s’y rend pour faire les achats des 70 foyers membres, en vue de la distribution qui se fera l’après-midi même.
Entre les boîtes de fruits et de légumes, Luis F. Gini et ses acolytes ne font pas que cocher des articles sur leur liste d’épicerie. Ils tissent des liens. Pour Luis, la mission dépasse largement le fait d’économiser : La force des collectifs, c’est la solidarité!

Luis Gini et Manon Beaudoin du Collectif d’achats Youville font les courses chez Canadawide.
Photo : Radio-Canada
J'ai vraiment l'impression de faire partie de quelque chose qui est à côté du système capitaliste qui tire profit [...] sur le fait qu'on doit tous manger au bout de la journée, explique Fatima Gabriela Salazar Gomez.
La jeune femme n’hésite pas à faire 45 minutes de bus pour se rendre à l’Espace des Possibles, le quartier général du Collectif d’achats Youville, situé dans Ahuntsic, à Montréal. C’est dans cet espace communautaire que la distribution hebdomadaire des denrées se déroule.
Beau temps mauvais temps, Fatima tient à s’impliquer aux côtés des autres membres qui s’activent à faire vivre le groupe d’achats depuis plus de deux ans. Cette initiative citoyenne est née pour contrer le désert alimentaire créé par la fermeture d’une épicerie locale.
L’alimentation demeure la principale préoccupation des ménages canadiens : plus de 81 % d'entre eux la désignent comme la dépense ayant le plus augmenté au cours de la dernière année.

Fatima Gabriela Salazar Gomez accueille une membre du groupe d’achats.
Photo : Radio-Canada
Le renouveau des groupes d’achats
Le phénomène des groupes d’achats n’est pas nouveau. Le projet NousRire avait fait des petits un peu partout au Québec de 2015 à 2022, avant de cesser ses activités, à bout de ressources financières et humaines.
Le plus gros défi qu’on a rencontré, c’est l’échelle, explique le fondateur de NousRire, Adam Taschereau.
Le groupe a grandi très rapidement : bien que ses points de chute étaient répartis dans plusieurs régions du Québec, toutes les commandes passaient quand même par Montréal.
Cette croissance rapide a généré un tel volume de commandes que l’organisation n'était plus en mesure de maintenir ses opérations à faible coût.

Le groupe NousRire lors d’une journée de distribution de denrées. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Depuis, on note un changement dans l’organisation des groupes d’achats. Ils sont souvent plus petits et se multiplient à l’échelle locale. M. Gini aimerait d’ailleurs voir d’autres initiatives du genre naître au Québec.
Peu importe le modèle qu’ils choisissent, les collectifs d’achats défont le mythe qu’il faut mettre le gros prix pour manger sainement, localement et frais. En ayant accès directement aux grossistes comme Canadawide, les membres du collectif Youville économisent de l’argent en plus de bénéficier d’aliments sains, de participer à la réduction du gaspillage et de limiter le transport.
Briser l'isolement, une commande à la fois
On donne tous de notre temps, puis on est là pour autre chose que simplement économiser, explique Fatima.
Même si le maintien des activités du collectif représente tout un casse-tête d’organisation, le prix en vaut la chandelle. Pour ses membres, l’implication devient un rempart contre l'isolement et une occasion de partage.
C’est à coups d’échange de recettes, de discussions et d'entraide que se crée un tissu social dans le quartier Ahuntsic.
On a vu des enfants grandir!, s’émeut Luis.

Luis Gini, coordonnateur, Collectif d’achats Youville.
Photo : Radio-Canada
En prenant en charge ensemble les commandes, la pesée et la distribution, des voisins qui ne faisaient que se croiser socialisent maintenant.
Des résultats semblables selon des modèles différents
C’est ce même désir de faire communauté qui a fait de Marie-France, Lucie et Nicole des fidèles du groupe La Courtepointe, qui offre un accès à des produits locaux à des prix abordables, dans la Vieille Capitale.
Au réseau d'entraide et de solidarité La Courtepointe, on mène plusieurs activités, dont un groupe d’achats qui existe depuis 25 ans. Quatre employés chapeautent le projet qui dessert une douzaine de familles environ.
On aide un petit peu plus les familles, des gens qui sont seuls, qui sont encore sur le marché du travail, nous explique la coordinatrice de l’espace communautaire, Stephanie Jones.
On parle souvent de la classe moyenne qui écope, ben, je pense qu'on est vraiment là-dedans, là.

Stephanie Jones, organisatrice communautaire de La Courtepointe.
Photo : Radio-Canada
Au cœur d’un écosystème local
Elle et son équipe réussissent à stabiliser les prix en misant sur une solution collective avec tout un réseau de fournisseurs de la région. En contournant les intermédiaires, le groupe crée un filet de sécurité alimentaire local en tissant des liens entre les fournisseurs et la communauté.
Il y a un autre organisme qui prépare les mets congelés qui s'appelle La baratte. C'est un organisme local qui vient en aide aux gens de Sainte-Foy. Donc, on encourage par le fait même un autre organisme communautaire, donne en exemple Mme Jones.
Pour Lucie, participer au groupe d’achats, c’est pratiquer une consommation plus responsable. Elle cite en exemple les retailles d’une fromagerie de la région – des produits d'excellente qualité qui, autrement, risqueraient le gaspillage. C'est le genre d'engagement [...] que je cherche dans la société, conclut la dame, les yeux pétillants.
Qu'ils soient à petite ou à plus grande échelle, les groupes d’achats pourraient devenir une avenue de plus en plus envisagée des citoyens qui cherchent à renforcer leur pouvoir d’achat… et à s’impliquer dans leur communauté du même coup!
On est fiers. À la fin de la journée, tout est parti. Il n'y a pas de gaspillage, renchérit Luis en fermant boutique vendredi après-midi, tout sourire.
5 conseils pour créer un groupe d’achats
Si l'envie vous prend de lancer votre propre initiative, le secret de la longévité d'un groupe d’achats n'est pas de viser grand, c'est de rester solidaire et à échelle humaine.
1. Se regrouper pour s’entraider
Commencez avec des gens que vous côtoyez déjà. Des collègues, des voisins, des amis ou toute autre communauté de proximité. L'important est la vision commune : vouloir mieux manger et économiser tout en s'entraidant.
2. S’approvisionner, c’est la clé
Il faudra choisir un ou plusieurs fournisseurs. Misez sur les grossistes, les producteurs locaux ou même les jardins communautaires en été.
3. Se rassembler pour distribuer
Cet espace doit être un lieu de rencontre, pas juste un comptoir de cueillette.
le garage de l’un des membres;
un espace communautaire;
un sous-sol d’église;
ou tout simplement un parc, en été.
4. Gérer la comptabilité
Décider en groupe comment s’organiser. La base? Pour que l’exercice fonctionne, la confiance doit être totale. La comptabilité doit être effectuée en toute transparence, sans aucun profit. Les paiements peuvent se gérer par virements bancaires pour garder les choses simples.
5. S’impliquer pour mieux durer
C'est le secret de la pérennité. Chacun apporte sa force : l'un a une voiture, l'autre est doué avec les chiffres, un troisième a de la force pour soulever les caisses de 40 livres.
Un texte de Philomène Sennechael et Myriam Fehmiu


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