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Antisémitisme : des Juifs canadiens se tournent vers les États-Unis

3 hours ago 1

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Le Canada fait face à une crise de confiance au sein de sa communauté juive. Pour un nombre grandissant de Juifs canadiens, la question n’est plus seulement de savoir comment réagir à la montée de l’antisémitisme, mais aussi où bâtir leur avenir.

Plusieurs organismes qui aident des familles juives à déménager aux États-Unis affirment que l’intérêt s’est accéléré au cours des derniers mois. L’un d’eux, Tulsa Tomorrow, dit avoir reçu des demandes de renseignements d’environ 900 familles canadiennes, soit près de 2000 personnes.

Des membres de l'organisme Tulsa Tomorrow sont réunis pour un évènement.

L’organisme Tulsa Tomorrow, établi en Oklahoma, aide les familles juives à s’installer et à s’intégrer aux États-Unis. Il propose notamment un programme destiné aux familles canadiennes.

Photo : Radio-Canada

Les gens ne communiquent pas à la légère avec un organisme de l’Oklahoma pour déraciner leur vie, quitter leur pays et déplacer leurs enfants, avance Joe Roberts, directeur général de Jewish Tulsa et ancien résident de l’Ontario.

Des appels pour un statut de réfugié

Cet exode grandissant commence à attirer l’attention à Washington. Jewish Tulsa et l’American Enterprise Institute, un groupe de réflexion conservateur américain, ont demandé à l’administration Trump d'envisager des voies d’accès à l’asile ou au statut de réfugié pour les Juifs canadiens qui fuient un climat d’hostilité.

Avec l’urgence des défis et l’inaction que nous observons au Canada, une voie vers l’asile a du sens, affirme M. Roberts.

La sécurité des communautés minoritaires ne devrait pas dépendre de l’admissibilité à un visa professionnel, d’un conjoint américain ou des moyens financiers, explique-t-il. La protection devrait, selon lui, reposer sur la situation de chaque personne, non sur la réputation du Canada.

L’avocate en immigration Lauren Cohen travaille avec des membres de la communauté juive canadienne qui souhaitent s’établir et s’intégrer aux États-Unis. Elle affirme que l’intérêt pour les services qu’elle offre est à la hausse.

Les gens me disent : "Sortez-moi d’ici le plus vite possible".

Installée en Floride depuis plus de 20 ans, elle a créé le Jewish Community Collective pour offrir un sentiment d’appartenance pour les Juifs déplacés.

Sur certaines photos qu’elle fait circuler sur Internet, Mme Cohen nomme l’antisémitisme comme une raison pour les Juifs de vouloir quitter le Canada. C’est une tendance qu’elle dit constater de plus en plus nettement depuis le 7 octobre 2023, quand le Hamas a attaqué Israël. Elle critique les politiques d’immigration des gouvernements Trudeau et Carney, qui auraient, selon elle, laissé entrer beaucoup de gens qui ne sont pas très pro-Israël.

Une proposition difficile à concrétiser

L’administration Trump n’a annoncé aucune voie légale d’immigration pour accorder un statut de réfugié aux Juifs canadiens. Son envoyé spécial contre l’antisémitisme, le rabbin Yehuda Kaploun, a plutôt exhorté le Canada à en faire davantage pour améliorer leur sentiment de sécurité.

Mme Cohen doute elle-même de la faisabilité de la proposition, qu'elle dit entendre régulièrement chez ses clients. Pour être admissible à l’asile ou au statut de réfugié, vous devez prouver que cela vous a directement affecté, rappelle-t-elle, expliquant que la peur, l’inconfort ou un sentiment d’insécurité ne suffirait pas. C’est mauvais ici (au Canada), mais je ne sais pas si cela atteint le niveau requis.

Olivier Piton, avocat à Washington, y voit de son côté un obstacle d’abord politique. L’administration Trump hésiterait, selon lui, à créer une exception fondée sur la religion et la nationalité, qui pourrait susciter d’autres demandes. Elle ne veut pas entrer dans un cas de figure où on ciblerait une catégorie particulière, affirme-t-il.

Une telle mesure risquerait aussi de froisser Ottawa. Laisser entendre que le Canada protège mal sa population juive constituerait sans doute une très grosse offense au gouvernement canadien, estime-t-il.

Le premier ministre prend la parole dans une synagogue de Toronto, le 1er juin 2026.

Le premier ministre Mark Carney s'est prononcé contre l'antisémitisme, le 1er juin 2026, dans une synagogue de Toronto. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

L’avocat soulève aussi une autre dimension importante du casse-tête. Si les États-Unis attirent des Juifs canadiens, notamment en raison de la politique très pro-israélienne de Donald Trump, cet avantage politique pourrait être éphémère. Dans deux ans et demi, il est parti. On ne sait pas ce qui viendra après, dit-il.

Surtout, l’avocat conteste l’idée que les États-Unis seraient devenus un refuge plus sûr. Je n’ai pas trouvé de différence majeure dans la hausse des actes antisémites entre le Canada et les États-Unis, affirme-t-il.

C’est une hausse globale dans tous les pays occidentaux.

Pour ce spécialiste du droit de l’immigration, ce n’est pas suffisant pour réussir à convaincre et à prouver que la communauté juive du Canada serait plus en sécurité aux États-Unis.

Un plan B

Ben Feferman, lui, a déjà fait le choix de quitter le Canada pour s’installer aux États-Unis.

À Toronto, il ne se sentait plus en sécurité. On arrive éventuellement à un point où l’on se dit que ce n’est peut-être plus le bon endroit, explique-t-il, depuis Boca Raton, en Floride.

Lui et sa femme élevaient leurs quatre enfants à Toronto avant de quitter définitivement le pays en juillet 2021.

Une famille pose pour une photo à Boca Raton en Floride, au bord de la plage.

Selon Ben Feferman, peu de villes canadiennes à l’extérieur de Toronto ont une communauté juive bien établie, avec des écoles et des synagogues.

Photo : Radio-Canada

Sans avoir subi de violence antisémite manifeste, M. Feferman affirme tout de même que l’antisémitisme a pesé dans la décision familiale, avec le coût de la vie et l’accès aux institutions juives. Depuis le 7 octobre 2023, il suit quotidiennement l’actualité canadienne et dit se sentir conforté dans son choix.

Reviendrait-il vivre au Canada? Non, je ne le ferai pas, répond-il. Sa famille se sent très protégée en Floride. Il ne croit pas qu’elle retrouverait le même sentiment de sécurité au Canada.

La police canadienne a recensé 788 crimes haineux visant des personnes juives en 2025, contre 492 en 2021, selon Statistique Canada. L’an dernier, les crimes visant précisément les Juifs représentaient environ 71 % des infractions motivées par la haine fondée sur la religion.

Cette inquiétude se reflète dans le sondage du Canadian Jewish Barometer 2026, cosigné par Robert Brym, professeur de sociologie à l’Université de Toronto.

Méthodologie

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 3062 adultes au Canada, du 15 janvier au 11 février 2026, à partir du panel Léger Opinion. Il comprend notamment 626 répondants juifs. Les résultats ont été pondérés selon des données du recensement. La marge d’erreur annoncée est de ± 1,8 point pour l’échantillon général et de ± 3,9 points pour l’échantillon juif, 19 fois sur 20.

J’ai été surpris de constater qu’environ un quart des Juifs interrogés avaient sérieusement pensé à déménager dans un autre pays ou avaient fait des plans en ce sens, confie M. Brym. Il doute toutefois que les départs dépassent les arrivées au Canada et souligne que ces résultats ne signifient pas qu’un quart des Juifs canadiens s’apprêtent à partir.

L’effet de l’antisémitisme à lui seul n’a jamais été mesuré.

Selon lui, les départs peuvent également s’expliquer par des raisons professionnelles ou idéologiques.

Paola Samuel, directrice régionale de B’nai Brith pour le Québec et les provinces de l'Atlantique, entend elle aussi parler d’un plan B.

Face à l'impression de ne pas être suffisamment protégés, certains estiment nécessaire de prévoir une alternative, explique-t-elle.

B’nai Brith ne réclame toutefois pas de voie d’asile américaine.

La vulnérabilité est réelle, mais le Canada reste notre foyer. Nous sommes ici pour rester, pour lutter sur place, insiste Mme Samuel.

Avec des informations de La Presse canadienne

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