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Achats militaires : le Canada prend encore plus ses distances des États-Unis

6 hours ago 5

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Non seulement la guerre tarifaire avec les États-Unis a renforcé la volonté du gouvernement canadien d’accroître sa coopération militaire avec les pays d’Europe et d’Asie, mais elle nuit aussi aux perspectives d’achats militaires importants auprès de firmes américaines.

En entrevue avec Radio-Canada, le responsable de l’Agence de l’investissement pour la défense dit que la population du pays verrait d’un très mauvais œil, à l’heure actuelle, l’attribution directe de contrats militaires aux États-Unis.

Je suis capable de lire l’opinion publique, explique le secrétaire d’État à l’approvisionnement militaire, Stephen Fuhr. Ce serait très difficile à faire accepter après cette dernière semaine. Les gens ne seraient pas du tout heureux.

La réplique tarifaire canadienne annoncée cette semaine ne visait pas directement le secteur de la défense. Les commentaires de Stephen Fuhr suggèrent toutefois un nouveau recul de l’intérêt éventuel pour les appareils militaires américains.

Il ajoute que le Canada ne doit pas agir comme si la situation pourrait tout simplement revenir à la normale après le départ prévu du président des États-Unis, Donald Trump, en janvier 2029.

Le Canada promet de dépenser des dizaines de milliards supplémentaires en défense au cours des prochaines années, mais l’époque où 70 % de ces montants se dirigeaient au sud de la frontière serait révolue.

Nous sommes dans une situation que nous n'avons pas provoquée, nous sommes dans une position que nous ne méritons pas. C'est à nous de chercher de nouvelles occasions et de pivoter aussi vite que possible pour être à la hauteur de ce défi et ne plus jamais nous trouver de nouveau dans cette même position.

Stephen Fuhr considère encore les États-Unis comme un allié en matière de défense, mais il affirme que le Canada ne peut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Il souhaite avant tout que le Canada devienne de plus en plus autonome en matière de production militaire, ou qu’il se forge de nouvelles alliances.

De travailler avec d'autres partenaires qui souhaitent collaborer avec nous et apporter une valeur ajoutée à ce que nous faisons, c’est à quoi nous réfléchissons beaucoup plus attentivement, dit Stephen Fuhr. Encore une fois, il ne s'agit pas de minimiser la relation avec notre partenaire traditionnel, mais les choses sont différentes aujourd'hui.

Expert en questions militaires à l’UQAM, Justin Massie croit que le Canada n’aura pas le choix d’ajuster sa politique de défense pour tenir compte de la nouvelle réalité américaine.

Les États-Unis veulent faire reposer le fardeau de la défense de leurs alliés sur les épaules de leurs alliés. Ils sont tannés de défendre à leur coût, donc, aux frais des contribuables américains, la défense de l’Europe, la défense du Canada, lance-t-il.

L’achat d’hélicoptères potentiellement affecté

Stephen Fuhr n'a pas mentionné spécifiquement un projet militaire qui pourrait être entravé ou ralenti par la crise commerciale.

Néanmoins, d'importantes acquisitions d'hélicoptères militaires sont actuellement en préparation et pourraient être touchées par ce litige, notamment un achat sans appel d’offres de Black Hawk de fabrication américaine. Ces appareils sont considérés par plusieurs comme la meilleure option pour les forces spéciales canadiennes.

Des militaires embarquent à bord d'un hélicoptère Black Hawk de la GRC.

Un hélicoptère Black Hawk de la GRC utilisé dans le cadre d'un effort visant à renforcer la capacité de surveillance de la frontière canado-américaine

Photo : Gracieuseté : GRC / Serge Gouin

De plus, les résultats d’une révision du projet d'achat de 88 avions de chasse F-35, construits par la firme américaine Lockheed Martin, n'ont pas encore été dévoilés, et le premier ministre Mark Carney n'a donné aucune indication sur ses intentions.

Le Canada a passé une commande ferme pour 16 F-35 et a commencé à payer des équipements essentiels pour 14 appareils supplémentaires, mais rien n'indique pour l'instant combien de chasseurs seront achetés au-delà de ce nombre.

Pendant ce temps, le Canada s'intéresse toujours à l'acquisition d'une seconde flotte d'avions de chasse Gripen, fabriqués par l'entreprise suédoise Saab.

Ottawa est encore en négociations avec Saab pour l'achat d'avions-radars appelés GlobalEye, fabriqués en collaboration avec l'entreprise canadienne Bombardier, et ce, malgré une campagne de lobbying menée en faveur du E-7 Wedgetail de la firme américaine Boeing.

Modèle réduit d’un avion radar GlobalEye.

Avec son radar situé sur le fuselage, le GlobalEye vise à détecter des missiles, drones ou appareils ennemis.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Stephen Fuhr a ajouté qu'il était ravi de la récente entente de 2,3 milliards de dollars conclue avec Telesat pour les communications militaires par satellite dans l'Arctique. Ce projet réduit la dépendance du Canada envers le réseau Starlink, qui appartient au conglomérat SpaceX d'Elon Musk, basé aux États-Unis.

Se libérer des mesures de contrôle américaines

Stephen Fuhr affirme que le gouvernement fédéral compte continuer à faire affaire avec des filiales de sociétés étrangères qui sont installées au Canada.

Nous considérons ces entreprises comme étant à l’intérieur de notre territoire, explique-t-il. Elles emploient des centaines et des centaines de Canadiens, elles paient leurs impôts au Canada, elles ont leur quartier général au Canada, elles font des travaux d'ingénierie et conservent leur propriété intellectuelle au Canada. Tout cela est très important.

Toutefois, il ajoute qu’il entend parler de plus en plus du besoin de se libérer des mesures de contrôle strictes que les Américains imposent sur leurs technologies militaires. Ces restrictions sur les exportations et l’accès aux technologies américaines se font sous un régime nommé International Traffic in Arms Regulations (ITAR).

Existe-t-il un monde dans lequel nous pouvons opérer avec moins de restrictions ITAR? Je pense que oui, affirme-t-il en parlant de coopération accrue avec des pays d’Europe, d’Asie et d'Océanie. Personne ne peut tout faire seul comme les États-Unis, soyons réalistes. Mais collectivement, nous le pouvons certainement. Et je pense que les gens essaient d'aller dans cette direction.

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