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Voici comment l’IA menace le monde de l’emploi au Canada

1 month ago 9

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Les mises à pied de travailleurs au profit de l’intelligence artificielle se multiplient chez nos voisins du Sud. Mercredi, l’entreprise propriétaire de Snapchat a congédié 16 % de son personnel. Doit-on craindre des pertes d’emplois chez nous aussi?

C’est un changement majeur, [sans aucun doute], affirme d’emblée Xavier Parent-Rocheleau, professeur de gestion des ressources humaines à HEC Montréal et membre de l’Observatoire sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA).

Cependant, alors que des compagnies américaines comme Meta, Amazon et Block prévoient des mises à pied massives, M. Parent-Rocheleau ne s'attend pas à de telles annonces au Canada.

Il y a des pertes d'emplois, mais ce qu'on voit surtout ici, c'est de la non-embauche, c'est-à-dire qu’on décide de ne pas embaucher ou de réduire le nombre d'embauches, principalement pour des postes d'entrée.

Des emplois administratifs, dans les services à la clientèle, en informatique ou même dans le monde juridique sont déjà touchés. Toutes les sphères du monde du travail ont toutefois le potentiel d’être bouleversées par l’intelligence artificielle (IA), prévient ce professeur.

Selon une étude de l’Institut du Québec réalisée en 2025, plus de 810 000 travailleurs et travailleuses québécois seraient vulnérables à l’automatisation et à l’IA, soit 18 % de la main-d'œuvre.

Du IA-blanchiment?

Ici, au Québec, je ne pense pas qu'il y ait d'entreprises qui vont faire un licenciement massif à cause de l'intelligence artificielle. Je pense que ça se fait un petit peu à la fois, estime elle aussi Sophie Mongeon, avocate en droit du travail.

Elle constate cependant que la tendance est aux mises à pied et aux restructurations au moment où les entreprises canadiennes tentent de naviguer dans un contexte économique difficile.

2:11

Le reportage de Raphaëlle Drouin

Mme Mongeon s'inquiète du fait que des entreprises utilisent l’IA pour justifier des décisions d’affaires. C'est une belle occasion de mettre de côté des employés de longue date avec un motif raisonnable, explique-t-elle.

Dans de tels cas, il y a peu de recours pour les travailleurs.

Ça se peut qu'il y en ait [des entreprises] qui ont prévu, dans certaines conventions collectives, des clauses par rapport à l'avancée technologique pour s’assurer de garder le plus d'emplois possible. Mais dans la loi en général, pour l'instant, il n'y a absolument rien qui protège un travailleur non syndiqué.

Des syndicats veulent plus de balises

Lundi, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a pris la parole au Sénat pour demander au gouvernement canadien une meilleure protection des travailleurs contre l’intelligence artificielle.

C'est silence radio de la part des gouvernements, tant au fédéral qu’au provincial, dénonce Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Il n’y a pas de projet de loi, pas de projet d'encadrement.

Au-delà des risques de pertes d’emplois, il s’inquiète surtout de la manière dont l’IA transforme les milieux de travail. Ce syndicat a d'ailleurs tenu en mars dernier son premier forum national sur l’intelligence artificielle.

Chaque jour, l’utilisation de l'intelligence artificielle en milieu de travail ne cesse de grandir, et ça se fait tellement rapidement! Mais l'encadrement, la formation, ça, ça ne suit pas.

La question de la surveillance

Ce qui inquiète le milieu syndical, c'est la surveillance des employés par le biais de l’IA, une pratique déjà observée.

Par exemple, l’entreprise Burger King a récemment annoncé qu’elle allait mettre en application un programme d’IA pour écouter ses travailleurs.

Selon un employé d'un centre d’appels, ce genre de logiciel serait déjà utilisé au Québec.

La job est déjà stressante. Moi, si l’IA est implantée de mon côté, est-ce que je vais rester? Je n’ai pas la réponse à cette question-là, affirme Jean-Michel Brière.

Par la surveillance, on accumule des données qui vont être utilisées après pour des fins de gestion, donc pour faire des horaires dans certains milieux, pour coordonner le travail ou même pour prendre des décisions sur la rémunération des gens, des décisions de congédiement, explique Xavier Parent-Rocheleau.

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