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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayQuelques mois seulement après avoir été confronté à une faillite, le canton de Fauquier-Strickland, dans le Nord de l'Ontario, rétablit ses états financiers grâce à un nouveau prêt, selon un budget préliminaire déposé par la Municipalité. De nouveaux documents obtenus par Radio-Canada grâce à une demande d'accès à l'information font néanmoins davantage la lumière sur une période tendue au sein de la direction du canton.
La situation est critique à l’été 2025 dans la municipalité de moins de 500 âmes à 800 km au nord de Toronto. Le 2 juillet, la mairesse Madeleine Tremblay écrit au ministre ontarien des Affaires municipales, Rob Flack, avec un message urgent : sans soutien financier immédiat de la province, le canton cessera d’offrir ses services aux résidents dans moins d’un mois.
Elle explique que la Municipalité fait face à un déficit accumulé de plus de 2,5 millions de dollars, même si la loi provinciale exige que les villes équilibrent leurs budgets de fonctionnement et d'immobilisation chaque année. La mairesse raconte qu’elle s’est vu refuser un prêt bancaire de 2 millions qui lui aurait permis de réduire son manque à gagner.
Notre communauté tente d’obtenir une intervention du Ministère depuis 2021, compte tenu de la sévérité de notre crise financière depuis quatre ans, indique Mme Tremblay dans la lettre.

La mairesse Madeleine Tremblay n'a pas répondu à une demande d'entrevue de Radio-Canada. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
À l'interne, le Ministère remet toutefois en question cette version des faits, révèlent des documents obtenus par Radio-Canada grâce à une demande d’accès à l’information. Le conseil du canton n’a en aucun temps contacté le Ministère pour un appui financier avant 2025, lit-on dans l'avis de décision du ministère.
Des documents publics montrent cependant qu’après avoir reçu une pétition signée par près de 40 % de la population, des fonctionnaires provinciaux ont rencontré des représentants de Fauquier à 4 reprises en 2022 afin d’analyser leurs pratiques. Au terme de ces visites, la province a conclu qu’elle n’avait pas de préoccupations par rapport à la situation financière de la Municipalité.
Au début de 2022, la firme KPMG, que le canton avait embauchée pour réaliser une évaluation de ses processus, sonnait pourtant l’alarme par rapport aux finances.
Quoi qu’il en soit, deux semaines après avoir envoyé la lettre au ministre Flack, la mairesse et le reste du conseil rencontrent des dizaines de résidents frustrés en présence de journalistes. Ces derniers veulent savoir pourquoi le canton s'est lancé dans des dépenses effrénées, comme la construction d’un nouveau centre médical et communautaire rapidement devenu défectueux.

Le ministre des Affaires municipales et du Logement, Rob Flack. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Cole Burston
Parmi les causes de l’accumulation du déficit, selon Craig Davidson – un consultant embauché par l’administration en 2024 pour aider à la préparation de budgets –, on trouve les travaux de réfection de l’usine de traitement d’eau. En raison de l’inflation, un projet de deux millions de dollars a coûté trois millions de dollars, note-t-il en entrevue.
Durant la rencontre citoyenne, le conseil mentionne qu’il rencontrera des représentants de la province le 16 juillet. Le 25 juillet, le ministre Flack répond à la mairesse par l’entremise d’une lettre qu’il est clair, au terme de cette rencontre, que la position financière précaire est due à des décisions fiscales malheureuses.
Il confirme ici que son ministère accordera un financement ponctuel de 300 000 $ à la Municipalité.
Il n'a toutefois pas été uniquement question du bilan comptable de la Municipalité durant la réunion du 16 juillet, apprend-on dans des documents internes du Ministère sur lesquels Radio-Canada a mis la main : on parlera aussi de tensions internes et des médias. Le Ministère n’a pas répondu à plusieurs questions de Radio-Canada, se contentant de dire qu'il continue de collaborer avec la Municipalité.

Les travaux d'amélioration de l'usine de traitement des eaux ont coûté plus cher que prévu, selon Craig Davidson.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
À sept mois des élections municipales, le prochain budget pourrait être le dernier de Madeleine Tremblay, qui a refusé une demande d'entrevue de Radio-Canada pour cet article. Tant des membres de la population que des conseillers municipaux, tels que Pierre Lamontagne, ont remis en question sa gestion du canton.
Je ne mets pas tous les torts sur la mairesse. Elle a fait de bonnes affaires dans le passé, mais je pense qu'on a besoin de sang neuf. Ça ne fait pas de tort, un changement.
M. Lamontagne, qui a été élu pour la première fois en 2022, attribue notamment la crise financière au manque d’informations échangées avec les membres du conseil. Si tu n'as pas toutes les informations, c'est pas mal dur de prendre une décision réfléchie, affirme-t-il, ajoutant : Là on essaie, on essaie de prendre le dessus. Je pense qu'on va y parvenir.
Une tempête médiatique
Aucun journaliste ou député provincial n’est présent lors de la rencontre du 16 juillet. Les fonctionnaires provinciaux indiquent qu’ils n’ont pas croisé de résident non plus. Le gouvernement est représenté par Kathy Horgan, une gestionnaire des bureaux de l’Unité des administrations locales et du logement à Sudbury, et son collègue Brandon Portelance.
Les fonctionnaires rencontrent la mairesse Tremblay, la directrice des services municipaux, Shannon Pawlikowski, ainsi qu’au moins deux conseillers : Pierre Lamontagne et Priscilla Marcoux. La province met aussi la main sur plus de 40 dossiers financiers, comme des accords de prêts avec l’agence Infrastructure Ontario.

Le 14 juillet 2025, les membres du conseil ont rencontré la population, deux jours avant de rencontrer le ministère des Affaires municipales. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Certains membres du conseil, dont les documents ne révèlent pas l’identité, expliquent alors que la crise financière est liée à la construction du nouveau bâtiment abritant des bureaux municipaux et un centre médical, ainsi qu'à l’incapacité du personnel du canton à fournir des renseignements adéquats lors des délibérations sur l’avenir de l’ancien bureau municipal.
La Municipalité informe la province que les travaux de réfection de l’ancien immeuble municipal ainsi que la construction du nouveau ont coûté plus de trois millions, mais qu’elle n’a reçu qu’un prêt de deux millions de dollars pour les travaux de la part d’Infrastructure Ontario, ce qui a accentué le déficit général accumulé, lequel comprend les déficits de fonctionnement et en immobilisation.
Les documents font aussi état de tensions entre le conseil municipal et la personne occupant autrefois le poste de directeur municipal – qui n’est pas nommée dans les documents –, ce qui a contribué à faire croître la crise qu’a traversée la communauté.

La construction d'un bâtiment abritant un centre de santé et les bureaux municipaux de Fauquier-Strickland fait controverse. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Au-delà des questions financières, dans un compte rendu de la rencontre soumis au sous-ministre adjoint Sean Fraser, Mme Horgan écrit que la mairesse Tremblay reçoit des demandes d’entrevue, mais n’est pas certaine de comment y répondre.
Les représentants du Ministère suggèrent au conseil [municipal] d’adopter un protocole médiatique, afin de s’assurer qu’un message cohérent est fourni à tous les membres du conseil et d’identifier qui peut parler au nom de la Municipalité, peut-on lire dans le compte rendu de Mme Horgan.
Une situation qui s’améliore
Après des hausses de l’impôt foncier de 26 % en 2024, puis de 20 % l’année suivante, les états financiers de la Municipalité sont en voie de s’améliorer, si l'on se fie au budget proposé par le personnel cet hiver.
Le canton propose un plan ne comportant aucune hausse de l’impôt foncier et une réduction considérable de son déficit accumulé. Le budget fera l’objet de consultations.
Le plan de réduction du déficit indique qu’après avoir obtenu un prêt de 800 000 $ et terminé l’année 2025 avec un surplus, il ne restera que 62 075 $ au déficit accumulé. Le plan n’identifie pas le bailleur de fonds, mais dans un message du 13 janvier, la directrice des services municipaux, Monika Malherbe, informe le conseil qu’elle rencontrera Infrastructure Ontario en janvier dans l’espoir d’obtenir un prêt de 800 000 $.
Il n’est pas clair si ce montant a bel et bien été reçu et si le canton de Fauquier-Strickland s’est déjà entendu avec l’agence provinciale, mais le plan financier tient compte du fait que la Municipalité le recevra. Un porte-parole d’Infrastructure Ontario a affirmé que toute question concernant le budget relevait de la Municipalité.
À l’automne, la province a aussi amendé son entente de paiement de transfert selon laquelle la Municipalité recevrait 300 000 $, afin qu’elle déniche 600 000 $ de plus, sous réserve de certaines conditions, comme la tenue de formations sur les finances municipales avec les membres du conseil. En date du 5 janvier, la Municipalité avait obtenu 227 000 $.
Le conseiller municipal Pierre Lamontagne a participé à la formation. C'était intéressant et très utile, surtout pour les futurs candidats qui voudraient se présenter dans les prochaines élections, écrit-il dans un courriel envoyé à Radio-Canada.
Des impôts fonciers moins élevés que la moyenne
En n’augmentant pas le taux d’imposition, les membres du conseil sauront probablement satisfaire une partie de la population, qui a protesté contre les hausses des deux dernières années.
Or, à l’interne, la province note que, malgré l’augmentation du taux d’imposition, l'avis d'imposition – communément appelé compte de taxes – des résidents de Fauquier-Strickland était moins élevé que la moyenne.
La province estimait qu’en augmentant l’impôt foncier de 26 % en 2024, l’avis d’imposition moyen passerait à 1160 $. En 2025, la Municipalité estimait, quant à elle, que 92 % des propriétaires paieraient moins de 500 $ de plus après une hausse de 20 %. En revanche, en 2023, les résidents de municipalités du Nord de l’Ontario avec moins de 1000 résidents payaient en moyenne 1945 $, selon le Ministère.

La hausse du taux d'imposition lors des deux dernières années a suscité la frustration au sein de la population. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
La moyenne estimée de 1160 $ en 2024 demeure considérablement moins élevée que celle du groupe de référence, ce qui suggère qu’il existe une marge fiscale pour la Municipalité.
Pierre Lamontagne concède que les résidents de Fauquier-Strickland ne payaient pas de grosses taxes avant, peut-être pas assez même. Mais là, c'est d'un extrême à l'autre, on va dire, poursuit-il. C'est encore abordable le prix des taxes, pour la plupart, c'est encore abordable.
La mairesse Tremblay a admis à Radio-Canada par le passé que la Municipalité n’avait pas fait suffisamment croître le taux d'imposition, et que cela pouvait être dû à son manque de compréhension des finances municipales, un problème auquel la formation exigée par la province pourrait remédier.
Le consultant Craig Davidson note qu’il est difficile pour certaines municipalités du nord de la province de recruter et fidéliser le personnel compétent en matière de finances municipales. Selon lui, le problème pourrait s’aggraver si davantage de municipalités se voient offrir des pouvoirs de maire fort, qui permettent au maire d'établir un budget annuel personnellement.

Le consultant Craig Davidson a été embauché afin de prêter main-forte dans le canton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
La plupart [des maires] n’ont aucune idée comment le budget municipal fonctionne. Ils savent ce qu’ils veulent payer en impôt foncier, mais beaucoup de choses entrent en ligne de compte quand on crée un budget.
Le président de la Fédération des municipalités du Nord de l'Ontario (FONOM) et maire de Kapuskasing, Dave Plourde, affirme qu’il a lui-même fait face à des résidents insatisfaits par rapport à la hausse de l'imposition foncière. Ça fait 33 ans que je suis en politique municipale, et je pense que ces 9 dernières années, c'est [la période] lorsqu'on a monté les taxes le plus, dit-il.
Il faut que le monde comprenne que, pour offrir les services que l’on offre, les salaires montent, tout monte, et puis il y a un coût à ça... on ne peut pas arriver avec des 0 % [d’augmentation]; ça ne marche pas.
M. Plourde explique qu’il est assez proche de la mairesse Tremblay et qu’il discute souvent avec elle.
Un budget adopté dans les temps
Le budget 2026 se distingue aussi par l’échéancier d’approbation. L’entente de paiement de transfert exige que le budget soit adopté d’ici le 30 avril 2026. Lors des deux dernières années, le plan financier a obtenu l’aval du conseil un 9 septembre et un 10 octobre, même si l’exercice financier des municipalités correspond à l’année civile.
De surcroît, la Municipalité subira un audit à la demande des membres du conseil. Dans une lettre à la mairesse, le sous-ministre adjoint Fraser explique que le Ministère examinera et documentera la prise de décision et le processus budgétaire pour les projets d’immobilisation entre 2022 et 2025.
La province se concentrera sur l’impact de ces décisions sur le déficit accumulé, l’utilisation de fonds de réserve et les produits constatés d’avance, lit-on aussi dans la lettre de M. Fraser, datée du 19 décembre 2025. Le gouvernement déterminera aussi s’il existe des faiblesses et des déficiences dans les contrôles internes et la gouvernance.
Bien que le déficit accumulé soit en voie d’être éliminé, le canton doit encore rembourser des prêts d’Infrastructure Ontario. Le budget indique, par exemple, que la Municipalité prévoit payer environ 165 000 $ cette année pour rembourser le prêt lié au nouvel immeuble municipal. La Municipalité commencera à payer le principal en 2026, d’après le budget.
Au total, le canton prévoit que la dette à long terme atteindra environ 3,9 millions de dollars d’ici le 31 décembre 2026, en raison de la croissance des paiements en intérêts. Cela est en hausse par rapport à la dette annoncée par la directrice des services municipaux, Shannon Pawlikowski, en juillet 2025, en raison de l’ajout du prêt de 800 000 $ et des intérêts.
Des préoccupations par rapport à l’eau
Le budget pour les services d’eau et d’égouts a aussi fait l’objet de débats houleux. Le canton prévoit un manque à gagner de près de 215 000 $ financé à même le budget général de la Municipalité, une situation qui suscite la grogne chez certains résidents, mais que le canton vise à régler. La Municipalité veut augmenter le tarif de consommation d’eau graduellement.
Paul Lavoie, dont la propriété ne se sert pas des services d’eau, car elle est située en périphérie du cœur du canton, estime que les contribuables dans sa situation ne devraient pas avoir à payer le déficit. Ce modèle est injuste, dit celui qui fait partie d’un groupe de résidents réclamant des changements dans la gestion du canton.
Dans un plan pluriannuel sur l’eau, la Municipalité note que les charges de fonctionnement du service d’eau ont augmenté en 2024 et en 2025, en raison de la hausse des coûts des produits chimiques, si bien que le budget pour les services d’eau et d’égouts a dû être subventionné par le budget général.
Le plan pluriannuel met toutefois en garde la population : Advenant la nécessité d’investir massivement en immobilisation durant le plan sur six ans, la Municipalité devra miser sur des sources de financement externes d’autres niveaux de gouvernement ou grâce à la dette.
Départ de résidents?
Pierre Lamontagne, dont les oncles ont défriché des terres à Fauquier il y a plusieurs décennies, explique que le conseil tentera de faire un bon budget et que ses membres écouteront la population. L’adoption du plan aura lieu d’ici le mois de mai en vertu de l’entente avec la province.
La communauté de Fauquier pourrait bénéficier d'une plus grande base de contribuables, mais depuis 50 ans, la population du canton a chuté, et des résidents actuels envisagent de plier bagage.
Paul Lavoie a mis en vente son camping de 55 hectares, aux abords du lac Shackleton, à environ 9 kilomètres du cœur de la municipalité, au prix de 1,4 million de dollars. Ses courtiers immobiliers décrivent le site comme un trésor caché offrant une combinaison de beauté naturelle et de tranquillité.
Mais pour M. Lavoie, Fauquier-Strickland n'est plus si idyllique. Dans les derniers quatre ans, [mes taxes] ont augmenté de 62 %. Il n’y a pas juste moi qui voudrais sortir de la ville pour aller dans une place où les taxes sont raisonnables, explique-t-il, ajoutant : Il y a beaucoup de monde qui n’est pas capable.


2 months ago
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