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Vers une coalition anti-Nétanyahou en Israël?

1 month ago 25

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Lundi, le premier ministre israélien devait se présenter devant la justice dans le cadre de son procès pour fraude, abus de confiance et corruption. L’audience a été repoussée à la dernière minute, à la demande de l’avocat de Benyamin Nétanyahou, qui a invoqué des raisons de sécurité.

Au cours des dernières semaines, les guerres menées par Israël au Liban et en Iran ont causé le report d’autres audiences.

Or, un autre échéancier ne pourra pas être repoussé indéfiniment : celui des urnes.

Des élections législatives doivent en effet se tenir d’ici le 27 octobre en Israël, et les adversaires de Benyamin Nétanyahou sont déjà en ordre de marche.

Dimanche, deux hommes politiques aux profils bien différents se sont présentés côte à côte devant les caméras pour officialiser leur alliance.

L’un, Naftali Bennett, est un juif orthodoxe de droite. L'autre, Yaïr Lapid, est laïc et centriste.

Et pourtant, ces politiciens, qui ont comme point commun d’avoir tous deux brièvement exercé la fonction de premier ministre en 2021 et 2022 en s’alternant dans un gouvernement de coalition, unissent leurs forces.

Leur objectif est clair : reprendre le pouvoir des mains de Benyamin Nétanyahou, le premier ministre ayant occupé cette fonction le plus longtemps en Israël, soit pendant 16 ans au total, au cours des 30 dernières années.

L'ère de la division est terminée, a déclaré Naftali Bennett, qui deviendrait premier ministre en cas de victoire.

Son parti, Bennett 2026, et celui de Yaïr Lapid, Yesh Atid, fusionneront et présenteront une liste commune de candidats aux prochaines élections législatives. Lors de précédentes élections, ils s’étaient alliés, mais en conservant chacun leur formation politique respective.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont confirmé la fusion de leurs partis respectifs dans l'espoir de défaire Benyamin Nétanyahou.

Photo : Reuters / Gideon Markowitz

Avec ce nouveau parti, Beyahad, ils espèrent augmenter leurs chances d’obtenir le plus grand nombre de sièges à la Knesset, le Parlement israélien.

Avec le système électoral proportionnel en vigueur dans le pays, une force politique unifiée peut espérer compter davantage de députés et se placer en position de force en vue des discussions pour former une coalition gouvernementale.

Un coup de sonde, mené la semaine dernière par la firme Midgham Research, créditait le parti de Naftali Bennett de 21 sièges sur les 120 de la Knesset. Yaïr Lapid, de son côté, pouvait en espérer 7.

Le Likoud, le parti du premier ministre Nétanyahou, demeurait en tête, avec la possibilité de faire élire 25 députés. Une firme de sondage concurrente allait même jusqu’à évoquer la possibilité de 35 sièges pour le Likoud.

Un paysage politique stable

En entrevue avec Radio-Canada, la sondeuse Avi Geva, vice-présidente de Midgham Research, affirme qu'avant l’annonce de la fusion des partis d’opposition, il y avait eu peu de mouvement sur la scène politique israélienne dans les dernières semaines.

Ça a peut-être bougé d’un siège ou deux, explique-t-elle.

Pour l'instant, Avi Geva constate que ce sont les partis d’opposition qui ont l’avantage sur la coalition gouvernementale menée par Benyamin Nétanyahou, laquelle comprend des formations de droite et d’extrême droite ainsi que des partis religieux.

La gestion des guerres contre l’Iran et le Hezbollah au Liban, dont la gestion est critiquée par une partie de la population israélienne, pourrait-elle s’imposer comme un enjeu déterminant pour les électeurs?

La sondeuse Adi Geva, rencontrée à Tel Aviv.

La sondeuse Adi Geva, rencontrée à Tel-Aviv

Photo : Radio-Canada / Danielle Bénard

C’est trop tôt pour le dire, tranche la sondeuse, qui constate néanmoins que, si une majorité d’Israéliens étaient favorables à la guerre lors de son déclenchement, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les électeurs observent la situation avec un regard politique.

C’est trop tôt pour anticiper l’impact de la guerre sur l’élection, parce qu’en Israël, chaque jour amène son lot de nouveautés. On peut oublier un événement en raison d’un autre.

D’autres enjeux risquent aussi de s’inviter dans la campagne électorale à venir, comme les accusations de corruption qui pèsent contre le premier ministre Nétanyahou, ou le refus de son gouvernement d’imposer le service militaire aux juifs ultraorthodoxes, ce que la Cour suprême lui a ordonné de faire.

Autre dossier majeur pour l’électorat : le refus du gouvernement Nétanyahou de tenir une commission d’enquête sur les failles entourant l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. La semaine dernière, cette même Cour suprême israélienne a tranché qu’il reviendrait au prochain gouvernement de déterminer si cette commission doit ou non être instituée.

Une manifestation en faveur de la création d'une commission d'enquête sur l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, à Tel-Aviv, en janvier 2026.

Une manifestation en faveur de la création d'une commission d'enquête sur l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, à Tel-Aviv, en janvier 2026.

Photo : Getty Images / AFP / JACK GUEZ

Un pari loin d’être gagné

S’ils parviennent au pouvoir, Naftali Bennett et Yaïr Lapid promettent la mise sur pied de cette commission d’enquête.

Nous devons amorcer un processus de guérison en profondeur au sein de la société israélienne, a déclaré M. Lapid dimanche.

Sur la question palestinienne, les deux politiciens s’engagent à ne pas annexer la Cisjordanie occupée, comme le réclament certains membres de la coalition Nétanyahou, mais ils ne s'opposent pas à la colonisation. Ils ne défendent pas non plus la solution à deux États.

Cependant, pour mettre en œuvre leur programme, encore faut-il que ces adversaires de Benyamin Nétanyahou réussissent à le déloger.

Si, avant l’annonce de leur fusion, le parti de Naftali Bennett était en bonne position, celui de Yaïr Lapid, qui forme actuellement l'opposition officielle à la Knesset, était en difficulté. Pour espérer former le gouvernement, les deux hommes politiques devront convaincre d’autres figures d'opposition de se joindre à eux, puisqu’il faut s’attendre à ce que, de l’autre côté, Benyamin Nétanyahou maintienne sa coalition unie.

Les regards se tournent donc vers Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l'armée israélienne. Ce militaire devenu homme politique a accueilli favorablement la fusion de deux partis d’opposition, affirmant que sa porte était ouverte.

Cela dit, M. Eisenkot – dont le parti, Yashar, est en troisième position dans les sondages – émet des doutes sur la possibilité pour cette nouvelle alliance de formations de droite et du centre d’attirer de nouveaux électeurs, notamment des Israéliens de droite déçus du bilan du premier ministre Nétanyahou.

C’était là la clé de la victoire de Peter Magyar, celui qui a réussi à déloger Viktor Orban du poste de premier ministre en Hongrie : à la fois fédérer l’opposition et attirer d’anciens partisans du gouvernement.

En Israël, les partis d’opposition partagent déjà une priorité : déloger Benyamin Nétanyahou. Cet objectif commun leur permettra-t-il de dépasser les divergences qui marquent ce paysage politique éclaté, où se côtoient des électeurs religieux, laïcs, de droite, de gauche et arabes?

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