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Urbanisme, santé publique et achat local : les nouvelles « zones SAQ » critiquées

2 months ago 20

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« Un monopole, ça vient avec une responsabilité », affirme d’emblée Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques de Vivre en ville, en entrevue avec Radio-Canada.

Son organisme a beaucoup à dire sur la nouvelle stratégie de vente de la Société des alcools du Québec (SAQ), qui a commencé à être déployée cette semaine dans des supermarchés de Montréal. D’ici l’été, quatre-vingt-douze de ces Zones SAQ – le nom donné à ces mini-agences – devraient ouvrir dans des supermarchés et dépanneurs d’un bout à l’autre du Québec.

M. Pagé-Plouffe assure qu’il n’est pas contre le fait que la SAQ offre davantage de choix à sa clientèle. Le problème, justement, c'est qu'on retrouve seulement quelques produits dans ces mini-agences, principalement des grosses marques. Si on veut avoir d’autres produits, il faudra parcourir de plus grandes distances, [parce que] la SAQ laisse tomber ses succursales traditionnelles de proximité, dit le porte-parole de Vivre en Ville.

Pour cet organisme qui milite pour réformer l’aménagement du territoire au Québec, l’enjeu réside dans le nouveau modèle que la SAQ met en branle depuis la fin de la pandémie. L’an dernier, la société d’État a annoncé la fermeture de huit succursales dans des secteurs névralgiques, comme dans des centres-villes en région, sans offrir d’autres options à proximité.

La SAQ maintient que ces succursales n’étaient pas suffisamment rentables et que ces fermetures s’inscrivent dans une stratégie plus large pour réorienter les consommateurs vers de plus grandes succursales en périphérie des villes, ou sinon, vers des mini-agences comme les Zones SAQ.

un groupe de personnes qui prend une photo.

En mai dernier, des dizaines d’élus de tous les paliers gouvernementaux se sont réunis pour protester contre la fermeture inattendue de la SAQ du Campanile à Québec, mettant de l’avant son caractère «essentiel» pour la vitalité du quartier.

Photo : Radio-Canada

Plusieurs maires s’étaient mobilisés l’an dernier contre ce virage, interpellant le ministre des Finances, et réfutant l’argument de la rentabilité des succursales condamnées. La société d’État n’a pas plié sur les fermetures, mais a mis sur pause son projet de mini-agences à l’automne dernier – avant de le reprendre quelques semaines plus tard.

Santé publique et achat local

À l’automne dernier, Vivre en Ville s’est associé à l’Association de la Santé publique du Québec (ASPQ) pour interpeller la SAQ sur la révision de son modèle. Ce qu’on veut, c’est qu’on puisse avoir un débat public sur ces changements-là. Parce qu’on a l’impression que tout se passe un peu en catimini en ce moment, exprime Samuel Pagé-Plouffe.

Pour l’ASPQ, le principal risque des mini-agences de la SAQ est la disposition de l’alcool dit fort dans de nouveaux points de vente. Une personne qui fait son épicerie de la semaine n’aurait peut-être pas eu l’idée d’acheter une bouteille de fort. Mais là, on vient de créer un produit d’appel [et] on augmente le risque d’achat impulsif , explique Laurence Ruel, chargée de projet en substances psychoactives pour l’ASPQ.

La nouvelle stratégie de vente dérange aussi du côté des microdistilleurs québécois, dont les spiritueux sont actuellement disponibles dans les succursales régulières de la SAQ.

Cette expansion risque de déplacer des achats auparavant effectués en succursale, au bénéfice de produits à forte rotation, principalement internationaux, déclare le communiqué de l’Union québécoise des microdistilleries (UQMD), publié jeudi.

À titre de société d'État, la SAQ ne peut pas uniquement orienter ses décisions en fonction des volumes de vente, elle doit aussi assumer pleinement son rôle dans la mise en valeur des produits d'ici.

La SAQ a-t-elle une responsabilité sociale?

Les critiques des microdistilleurs, de l’ASPQ et de Vivre en Ville convergent vers la même demande : doter la Société des alcools du Québec d’un mandat de responsabilité sociale, ce qui n’est actuellement pas le cas.

Ironiquement, c’est inscrit dans la mission de la SQDC, mais pas dans celle de la de la SAQ, explique Samuel Pagé-Plouffe. Il faudrait aussi inclure la responsabilité territoriale dans leur mission. On ne demande pas à la SAQ de revitaliser les centres-villes et les cœurs villageois du Québec; on demande seulement qu’elle ne contribue pas à les dévitaliser.

Pour nous, un monopole public, ça vient avec une responsabilité sociale et territoriale. Et on est solidaire avec les gens de la santé publique là-dessus.

Une vue large de la rue Saint-Jean à Québec, avec une SAQ.

Selon l’organisme Vivre en Ville, la SAQ délaisse graduellement ses succursales à la localisation centrale, davantage accessibles à pied, pour miser sur ses succursales en périphérie urbaine, davantage accessibles en voiture. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

La SAQ n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de Radio-Canada concernant le déploiement des nouvelles Zones SAQ. Or l’été dernier, son PDG Jacques Farcy ne cachait pas que la baisse de la consommation d’alcool observée chez les jeunes générations force la SAQ à réformer son modèle de vente, notamment en proposant la livraison via Uber Eats ou en déployant ces nouvelles mini-agences.

Les jeunes générations ont des habitudes d’achat très différentes. [Elles] ont des attentes très particulières et c’est à nous, la SAQ, d’y répondre, affirmait le dirigeant au micro de Tout un matin sur ICI Première.

Bien que la SAQ ne partage pas publiquement les revenus de ses points de vente, le professeur en sciences économiques Michel Poitevin croit que l'initiative pourrait tout de même s'avérer profitable.

Je ne pense pas que ce soit la manne pour la SAQ, mais il y a beaucoup de consommateurs qui vont être contents, parce que la SAQ a quand même des heures d’ouverture restreintes par rapport aux supermarchés, soutient le professeur en sciences économiques à l’Université de Montréal.

Avec les informations de David Savoie et Andréane Williams

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