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Une majorité en Chambre fondée sur des défections n’embête pas Mark Carney

1 month ago 15

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Questionné sur le fait que son gouvernement devrait obtenir lundi une majorité aux Communes en partie grâce à la défection de cinq députés de l’opposition, Mark Carney se dit à l’aise avec cette idée, soulignant que les députés sont tous des gens élus démocratiquement.

Alors que des élections partielles se tiendront lundi dans les circonscriptions de Terrebonne, de Scarborough-Sud-Ouest et de University-Rosedale, les chances pour les libéraux d’obtenir les 173 sièges qui leur donneraient la majorité absolue en Chambre sont très élevées, dans la mesure où ils détiennent déjà 171 sièges.

Un chiffre gonflé ces derniers mois par le passage sur les bancs libéraux de la néo-démocrate Lori Idlout et des conservateurs Chris d’Entremont, Michael Ma, Matt Jeneroux et, tout récemment, Marilyn Gladu.

Pour le chef conservateur, Pierre Poilievre, le premier ministre trahit la confiance des électeurs canadiens en se construisant une majorité sur des ententes de coulisses.

Le Parlement canadien comporte 343 sièges. La majorité absolue (50 % + 1) y est donc de 172 sièges. Mais, le fait que le président de la Chambre, Francis Scarpaleggia, soit un libéral fait en sorte qu'il ne peut, selon le règlement, utiliser sa voix prépondérante qu'en cas d'égalité. Donc, si on retranche le vote du président, on se retrouve avec une égalité de 171 voix de chaque côté. C'est pourquoi il faut, dans les faits, 173 sièges aux libéraux pour être majoritaires.

Pour Mark Carney, qui s’exprimait vendredi au micro de l’émission Tout un matin, sur ICI PREMIÈRE, le fait que des députés changent de parti en cours de route est tout à fait démocratique.

Dans la mesure où ces députés ont été élus dans le cadre du système parlementaire canadien, M. Carney ne voit aucun inconvénient à travailler avec eux.

C'est mon job et c'est le job du gouvernement de travailler avec le Parlement, avec tous les députés du Parlement.

19:59

Écoutez l'intégrale de l'entrevue de Mark Carney à « Tout un matin ».

Des projets de loi à faire adopter

D’autant plus, a-t-il souligné, que d’importantes lois, notamment sur la transition économique et la Défense, doivent être rapidement adoptées.

Nous avons signé 20 accords d'économie et de sécurité sur quatre continents […] afin de rendre le Canada et le Québec [moins] dépendants des États-Unis.

Mais qu’en est-il des positions défendues par ces transfuges qui ne sont pas tout à fait compatibles avec l’ADN des libéraux?

C’est notamment le cas de Marilyn Gladu, dont les positions contre l'avortement, contre l’interdiction des thérapies de conversion et dont l'appui exprimé au convoi de la liberté font sourciller plusieurs observateurs et militants libéraux.

Mark Carney dans le studio 1 de Radio-Canada à Montréal en entrevue avec Patrick Masbourian.

Mark Carney souligne que tous les députés sont des gens élus par le peuple et qu'il revient à chacun d'agir selon ses convictions.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Cyr

Valeurs libérales

On a l'impression que, pour obtenir cette majorité, vous êtes prêt à accueillir à peu près tout le monde qui veut s'habiller en rouge, lui a fait remarquer l’animateur Patrick Masbourian.

Pour le premier ministre, qui assiste au congrès national du PLC à Montréal jusqu’à samedi, le pays connaît un moment charnière. Il faut bâtir une économie plus forte, plus résiliente, plus indépendante. Ça, c'est clair. Presque tout le monde le reconnaît.

Le premier ministre canadien Mark Carney arrive pour une conférence de presse, tandis que les membres du nouveau cabinet se tiennent derrière lui, à l'extérieur de Rideau Hall.

Le parti dirigé par Mark Carney a le vent dans les voiles alors que s'entame son congrès national. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Blair Gable

Si les députés de l’opposition qui partagent ce point de vue sont les bienvenus aux côtés du gouvernement, ils doivent cependant adhérer aux valeurs du Parti libéral, a assuré Mark Carney.

C'est fondamental, le droit des femmes de choisir. C'est fondamental, l'égalité de tous les sexes. C'est fondamental, le mariage entre n'importe quel genre, a énuméré le premier ministre.

Il faut adhérer aux valeurs du Parti libéral, madame Gladu l'a fait, madame Idlout, ancienne néo-démocrate du Nunavut, elle l'a fait, a assuré le chef libéral en ajoutant qu'il ignore si d’autres députés de l’opposition songent à traverser la Chambre des communes.

Des preuves à faire

Bien que les transfuges aient été somme toute bien accueillis dans les rangs libéraux, certains, dont l'ancienne ministre Karina Gould, estiment que ces nouveaux venus auront à faire la preuve qu'ils soutiennent bel et bien les politiques libérales, a-t-elle confié à La Presse canadienne.

Marilyn Gladu, surtout, étant données ses positions passées sur la question de l'avortement et les mesures sanitaires pendant la pandémie de COVID-19, devra prouver qu’elle a changé.

Mais si elle a décidé de nous joindre, au Parti libéral, ça veut dire – et j'espère que ça veut dire – qu'elle va appuyer les valeurs et les droits que les libéraux et la majorité des Canadiens et les Canadiennes ont, a expliqué Mme Gould.

La députée québécoise Nathalie Provost, une militante de longue date pour le contrôle des armes à feu, ne s'est quant à elle pas dite préoccupée à l'idée qu'une poignée d'ex-députés conservateurs changent les politiques du parti, notamment sur le contrôle des armes.

Le député et ancien ministre Steven Guilbeault se montre aussi optimiste.

Nous sommes pro-choix depuis très longtemps, nous appuyons très fortement la communauté LGBTQ […] Le parti ne changera pas parce qu'une personne se joint à nous.

Le prochain gouverneur général sera bilingue

Sur un autre tableau, le premier ministre Carney s’est également engagé à ce que le ou la prochaine gouverneure générale du Canada maîtrise autant l’anglais que le français.

Le fait que l’actuelle gouverneure générale, Mary Simon, nommée par Justin Trudeau en 2021, ne parle que l’anglais et l’inuktitut est un irritant pour les francophones du pays, qui réclament que le représentant du roi au Canada puisse s’exprimer dans les deux langues officielles du pays.

Mary Simon assise sur une chaise.

La gouverneure générale du Canada, Mary Simon (Photo d'archives)

Photo : CBC

Une procédure judiciaire a même été intentée au Québec en 2022 pour faire annuler la nomination de Mme Simon à titre de gouverneure générale du Canada.

Selon les demandeurs, cette nomination viole les dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés, qui prévoit que le français et l'anglais sont les langues officielles du Canada. Parmi les plaignants, on retrouve l'Association de défense des droits individuels et collectifs du Québec et l'organisme Justice pour le Québec.

Malgré de nombreuses plaintes, le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, avait statué, à l'automne 2021, que la nomination de Mary Simon ne violait pas la Loi sur les langues officielles.

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