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Une infection bactérienne dangereuse atteint un sommet en 10 ans au Canada

2 months ago 17

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Le nombre annuel de cas de maladie invasive à méningocoque, une infection bactérienne rare, mais dangereuse, a atteint au Canada son plus haut niveau en plus de 10 ans.

Cette maladie à évolution rapide est connue pour provoquer de graves complications, notamment la méningite – une inflammation des membranes entourant le cerveau et la moelle épinière – ainsi que des infections sanguines, une septicémie, des atteintes graves à des organes, et même des incapacités à long terme ou la mort.

Les nourrissons et les jeunes adultes comptent parmi les groupes présentant les taux de mortalité les plus élevés, selon les données fédérales.

C’est une conséquence très importante et une maladie très grave à un âge aussi jeune, souligne la Dre Cristin Muecke, médecin-hygiéniste régionale à Santé Nouvelle-Écosse. Ainsi, même si elle est rare, ses conséquences sont très importantes.

Si le nombre de cas annuel avait fortement chuté après l'avènement des vaccins contre le méningocoque au début des années 2000, atteignant un creux historique en 2021 dans le contexte des restrictions liées à la pandémie de la COVID-19, les données récentes de l’Agence de la santé publique du Canada montrent un retour progressif de l'infection.

On comptait 48 cas à l’échelle du pays en 2021, 74 en 2022 et près de 100 en 2023, d'après l’Agence de la santé publique du Canada.

Des données provinciales préliminaires compilées par CBC News indiquent une hausse plus marquée depuis : au moins 132 cas en 2024 et 155 en 2025, soit le total le plus élevé depuis 2012. Au moins 63 cas ont également été recensés jusqu’à présent cette année dans les 10 provinces canadiennes. Les données des trois territoires n’ont pas été demandées, les chiffres y étant généralement faibles en raison de la taille de la population.

Si cette remontée postpandémique ne surprend pas la Dre Allison McGeer, spécialiste des maladies infectieuses, compte tenu du retour à des niveaux habituels de nombreuses maladies, elle souligne que ces infections bactériennes sont particulièrement difficiles à gérer en raison de leur gravité.

La maladie demeure aussi difficile à prévoir, ajoute-t-elle. Elle est causée par différents sous-types bactériens qui circulent à des niveaux variables selon les provinces, provoquant parfois des éclosions imprévisibles.

Ce qui est déstabilisant avec la maladie invasive à méningocoque, c’est que nous avons observé plusieurs changements dans son épidémiologie au fil du temps… sans en avoir de bonnes explications, explique la Dre McGeer, clinicienne-chercheuse principale au sein du Réseau de Toronto sur les maladies bactériennes invasives à l’hôpital Mount Sinai.

Quelque chose n’allait pas

Au Canada, l'infection invasive à méningocoque présente un taux de mortalité de 14 %. Les nourrissons et les jeunes adultes figurent parmi les plus à risque de décès. Par ailleurs, entre 15 % et 20 % des personnes infectées subissent des séquelles à long terme, comme une perte auditive, des amputations ou des handicaps neurologiques.

La maladie est causée par Neisseria meningitidis, une bactérie courante portée sans danger par environ une personne sur 10. Six sous-types — A, B, C, X, W et Y — sont le plus souvent associés aux formes invasives. Dans ces cas, la bactérie parvient à pénétrer dans la circulation sanguine, à contourner le système immunitaire et à provoquer une maladie soudaine et grave.

C’est ce qu’ont vécu Jason Fryza et Sandy Hilmarsen avec leur fille Leah, en avril 2024. Âgée de 11 ans, elle avait d’abord reçu un diagnostic d’infection bénigne de l’oreille. Quelques heures plus tard, sa fièvre augmentait, ses maux de tête s’aggravaient et elle s’est mise à vomir à répétition.

On l’a regardée. et quelque chose n’allait pas, raconte son père.

Les parents, originaires de Thompson, au Manitoba, ont ramené leur fille d’urgence à l’hôpital le plus proche. Leah a ensuite reçu un diagnostic de méningite bactérienne potentiellement mortelle et a été transportée par avion à l’Hôpital pour enfants HSC, à Winnipeg, à plus de 650 kilomètres, où les médecins ont également découvert un caillot sanguin dans son cerveau.

Elle a passé 10 jours à l’hôpital, recevant des traitements intensifs, dont plusieurs IRM et des antibiotiques à large spectre. Elle s’est depuis complètement rétablie. Nous sommes reconnaissants qu’ils aient pu comprendre ce qui se passait, dit sa mère.

Une jeune personne souriante.

Leah Fryza, de Thompson au Manitoba, que l'on voit sur cette photo non datée, s'est remise d'une méningite après avoir contracté une forme bactérienne de la maladie en avril 2024.

Photo : Jason Fryza

Au Manitoba, le nombre de cas d'infection invasive à méningocoque est supérieur à la moyenne depuis trois ans, en raison d’une éclosion du sous-type W touchant principalement les jeunes à Winnipeg et les communautés autochtones du nord de la province.

En 2025, quatre décès ont été enregistrés sur 23 cas, soit un total annuel environ cinq fois supérieur à la normale, selon les autorités sanitaires provinciales. Si la plupart des provinces ne connaissent pas de hausse majeure, plusieurs régions signalent néanmoins une augmentation récente des infections et des décès.

Au Québec, on a recensé moins de cinq décès (le chiffre exact n'est pas divulgué pour des raisons de confidentialité) sur 53 cas en 2024, ainsi que six décès sur 47 cas en 2025 et 10 cas supplémentaires jusqu’ici en 2026.

En Saskatchewan, le nombre de cas est passé de quatre en 2024 à 17 en 2025, avec trois cas recensés jusqu’à présent cette année.

En Ontario, les données montrent six décès sur 30 cas en 2024. Les données préliminaires indiquent 39 cas en 2025 et 42 autres depuis le début de l’année.

Des stratégies variables

D'après la Dre McGeer, la raison pour laquelle certaines régions, comme le Manitoba, sont plus touchées que d’autres n'est pas claire. La propagation du sous-type W dans certaines zones de la province demeure également particulière. Va-t-il se propager à l’échelle mondiale? Est-ce propre au Manitoba pour une raison quelconque? La réponse est que nous ne le savons pas.

Une femme portant des lunettes se tient debout, dehors.

La Dre Allison McGeer est chercheuse clinicienne principale au sein du Réseau des maladies bactériennes invasives de Toronto, à l'Hôpital Mount Sinai.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

La province des Prairies a modifié sa stratégie de vaccination, permettant désormais aux enfants de recevoir, dès l’âge d’un an, un vaccin couvrant quatre sous-types. Avant 2024, cette vaccination n’était offerte qu’en 6e année. À l’échelle du pays, plusieurs vaccins sont recommandés : un vaccin contre les sous-types A, C, W et Y, ainsi que d’autres contre les sous-types B et C.

Le vaccin contre le méningocoque C est généralement administré aux nourrissons et jeunes enfants, tandis que celui couvrant quatre sous-types est offert aux groupes à risque élevé ou, dans certaines provinces, à tous les adolescents.

Le vaccin contre le méningocoque B est habituellement réservé aux enfants à risque élevé, son accès variant selon les provinces, obligeant parfois les familles à recourir à une assurance privée ou à payer de leur poche.

En Nouvelle-Écosse, les stratégies ont aussi évolué après une éclosion en 2022 liée au sous-type B, qui avait entraîné la mort d’un étudiant de l’Université Dalhousie. La province des Maritimes offre désormais gratuitement ce vaccin aux jeunes adultes vivant en milieu collectif, comme les résidences universitaires ou les casernes militaires.

La Dre Muecke insiste. Chaque province doit adapter son approche en fonction des différences marquées dans les sous-types et les taux d’infection. Même s’il est utile d’observer ce qui se passe ailleurs, nous devons analyser très précisément la situation propre à notre région.

Des fioles de vaccin dans un bac.

Chaque province doit adapter son approche vaccinale en fonction des différences marquées dans les sous-types et les taux d’infection, selon la Dre Muecke. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / AFP / YAMIL LAGE

Une couverture vaccinale en baisse

Il y a un recul de la couverture vaccinale contre le méningocoque au Canada, ce qui complique davantage la gestion de cette infection. La proportion d’enfants vaccinés contre le méningocoque C est passée de plus de 90 % en 2019 à moins de 84 % en 2024.

Chez les adolescents, la couverture du vaccin quadrivalent a également diminué depuis la pandémie. Il est très préoccupant de constater que nos taux de couverture ont changé, affirme la Dre Joanne Langley, spécialiste en maladies infectieuses pédiatriques à l’Université Dalhousie et directrice médicale principale de la Fondation canadienne de recherche sur la méningite.

Elle attribue cette baisse à plusieurs facteurs, l’accès réduit aux services pendant la pandémie, l’hésitation vaccinale et le manque de médecins de première ligne dans plusieurs régions. Malgré ces obstacles, et le fait qu’aucun vaccin ne couvre tous les sous-types, elle rappelle que la vaccination demeure la meilleure protection pour les enfants et les jeunes adultes.

Dans les rares cas où la maladie survient, les experts insistent sur l’importance de reconnaître rapidement les signes et d’agir sans délai, l’état des patients pouvant se détériorer en quelques heures.

Au départ, cela peut ressembler à de nombreuses infections comme de la fièvre, des maux de tête, des malaises ou des nausées, explique la Dre Muecke. Mais cela peut évoluer très rapidement vers une forme beaucoup plus grave. Parmi les signes d’alerte : maux de tête intenses, raideur de la nuque, sensibilité à la lumière, confusion, somnolence inhabituelle ou apparition d’une éruption cutanée généralisée.

Les parents sont les mieux placés pour détecter que quelque chose ne va pas chez leur enfant, rappelle la Dre Langley. Si votre enfant est différent, si vous êtes inquiet, alors consultez sans tarder.

Avec des informations Lauren Pelley, de CBC

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