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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEn pleine révision du programme d’achat d’avions de chasse, une fonctionnaire fédérale a fait tourner des têtes lors d’un salon de la défense à Ottawa, en distribuant une carte professionnelle qui comportait une photo de deux F-35.
Selon les lignes directrices, les cartes professionnelles au sein du gouvernement fédéral doivent suivre un même modèle, avec le drapeau du Canada comme seule et unique illustration.
La carte de Crista-lynn Ferguson, toutefois, ne se limitait pas à son adresse courriel, à ses numéros de téléphone et à son titre de directrice générale du programme des avions de chasse à la Défense nationale.

Crista-lynn Ferguson est la directrice générale du programme des avions de chasse (Fighter Capability) à la Défense nationale.
Photo : LinkedIn / Crista-lynn Ferguson
Au recto, il y avait un logo métallique avec le contour d’un appareil F-35 et celui d’un appareil CF-18. Au verso, il y avait une photo comportant deux appareils F-35 américains à l’avant-plan, en vol avec deux CF-18 canadiens lors d’une mission d’entraînement conjointe.
En plus du logo et de la photo, l’utilisation des majuscules en français ne répondait pas aux règles en la matière.
La carte en question n’a pas été produite conformément au processus de production de cartes professionnelles normalisé du [ministère], a confirmé Kened Sadiku, porte-parole de la Défense nationale.
Le ministère a aussi demandé à Crista-lynn Ferguson de cesser d’utiliser la carte en question.
Un dossier sensible
Le Canada a commencé le processus d’acquisition de F-35 et se prépare à prendre possession d’un premier appareil plus tard cette année, un processus qui se déroule notamment sous la gouverne de Crista-lynn Ferguson.
Toutefois, le projet a été soumis à un nouvel examen l’an dernier. Le dossier est particulièrement sensible, étant donné les tensions diplomatiques et économiques entre le Canada et les États-Unis.
Geneviève Tellier, professeure titulaire à l'École d'études politiques de l’Université d’Ottawa, avance que la distribution d’une carte professionnelle faite sur mesure est très mal avisée dans ce contexte.
Le devoir premier des fonctionnaires, c’est la neutralité et donc on ne doit pas donner signe d’une apparence de parti pris, de conflit d’intérêts. […] On a l’impression ici de quelqu’un qui affiche ses couleurs, estime-t-elle.
À l’inverse, l’analyste militaire Richard Shimooka avance que Crista-lynn Ferguson est tout simplement responsable de mettre en œuvre la décision du gouvernement d’acquérir des F-35.
C’est l’appareil que nous achetons, a affirmé ce chercheur à l’Institut Macdonald-Laurier. L’armée est très fière de ses capacités, de ce qu’elle accomplit et des systèmes qu’elle utilise, et, dans une certaine mesure, c’est ce que cette carte reflète.
Selon la Défense nationale, Crista-lynn Ferguson a ajouté la photo des F-35 et des CF-18 sur une carte professionnelle pour refléter son rôle dans la modernisation de la capacité du Canada en matière d’avions de chasse.
L’intention n’était pas de communiquer une position sur l’examen des F-35 ou tout autre processus décisionnel gouvernemental connexe.
Jointe par Radio-Canada, Crista-lynn Ferguson a affirmé n’avoir rien à ajouter.
Distribuée dans un salon de la défense
La carte de Crista-lynn Ferguson a été obtenue par Radio-Canada après avoir été distribuée lors du salon CANSEC tenu à Ottawa à la fin mai.
Ce salon annuel de la défense a attiré des milliers de personnes, dont de nombreux lobbyistes et représentants d'entreprises qui espèrent profiter de la hausse spectaculaire du budget militaire du Canada.
Bien des cartes professionnelles ont changé de main au cours de l’événement. Toutefois, l’utilisation d’une carte sur mesure par Crista-lynn Ferguson n’était pas une pratique courante aux yeux du ministère de la Défense nationale.
On lui demandera de cesser d’utiliser la carte et on rappellera à tous les fonctionnaires du [ministère] qu’ils doivent se conformer aux dispositions du Programme fédéral de l’image de marque, a dit Kened Sadiku.

Un exemple d’une carte professionnelle proposée par le gouvernement du Canada
Photo : Montage par Radio-Canada
Des tensions entre le gouvernement et la Défense nationale
La carte a été distribuée alors que le gouvernement fédéral cherche à limiter ses commentaires publics sur son projet d'acheter 88 appareils F-35 fabriqué aux États-Unis. Par exemple, Ottawa a refusé de diffuser la photo d’une cérémonie de signature du premier F-35 canadien, qui a eu lieu plus tôt cette année.
Le processus d’acquisition a été lancé en janvier 2023, avec un contrat pour 16 appareils et de nouvelles dépenses pour 14 autres appareils. Toutefois, le projet a été soumis à un examen en mars 2025 et aucune autre commande ferme n’a encore été annoncée.
La révision a été lancée dans un contexte de tensions économiques et diplomatiques avec Washington et l’administration du président américain Donald Trump. Ce dernier a imposé une série de tarifs sur des produits névralgiques canadiens, comme l’acier et l’aluminium.
L’avenir du programme d’achat des F-35 est incertain, d'autant plus que le gouvernement fédéral envisage encore l’acquisition d’une flotte mixte d’avions de chasse. Celle-ci pourrait inclure des appareils Gripen fabriqués par la firme suédoise Saab.
Selon Geneviève Tellier, il semble y avoir un conflit entre les plans d'Ottawa de diversifier ses sources d’approvisionnement d’équipement militaire, et la volonté des Forces armées canadiennes (FAC) de continuer à faire affaire avec ses fournisseurs traditionnels.

Geneviève Tellier est professeure titulaire à l'École d'études politiques de l’Université d’Ottawa.
Photo : Radio-Canada / Olivier Plante
Dans ce contexte, une simple carte professionnelle peut devenir un symbole de conflit interne.
On sent un décalage entre le gouvernement et la Défense, explique la professeure. On a l’impression que le gouvernement essaie de changer les choses, essaie de changer de politique [...] mais on ne semble pas être prêts à faire ce changement-là au sein de la Défense.
Professeur de science politique à l’Université de Calgary, Jean-Christophe Boucher croit que l’establishment militaire canadien comprend mal le besoin de gérer le dossier des avions de chasse avec des pincettes .
Selon lui, le dossier des avions de chasse fait partie des efforts du gouvernement pour réduire sa dépendance envers les équipements militaires américains, un projet qui est populaire auprès de la population canadienne.
Ce que cette carte symbolise, c’est l’attitude de la Défense nationale, qui fait la sourde oreille aux implications politiques du projet F-35, avance Jean-Christophe Boucher.
Les options pour les FAC
Selon plusieurs sources, le F-35 est vu comme la meilleure option au sein des Forces armées canadiennes pour remplacer les CF-18, alors même que le Canada explore l’achat de Gripen.
Aux yeux des FAC, le Canada devrait avant tout se concentrer sur la gestion de la transition des CF-18 vers les F-35. On note aussi un manque de ressources et de personnel pour envisager l’intégration en simultané des Gripen.
Lors d’un témoignage devant un comité parlementaire l’an dernier, la commandante de l’Aviation royale canadienne, Jamie Speiser-Blanchet, avait évoqué l’urgence d'effectuer la transition vers une nouvelle flotte de F-35 de la soi-disant cinquième génération de chasseurs.
À l'heure actuelle, la Chine et la Russie disposent toutes deux d'avions de combat et de missiles de cinquième génération capables d'atteindre des vitesses beaucoup plus élevées et d'être beaucoup plus meurtriers, ce qui met actuellement en danger les alliés occidentaux, avait dit la lieutenante-générale.


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