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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayCe printemps, il fallait régulièrement jeter un œil par la fenêtre du parlement pour vérifier si les autobus n’étaient pas déjà prêts à démarrer pour la campagne électorale. Finalement, l’odeur du diesel ne s’est pas fait sentir, mais pas besoin d’un bon pif pour flairer la stratégie de Christine Fréchette.
L’équipe de la première ministre voyait peu d’avantages à se lancer hâtivement dans la course. Ses conseillers étaient d’avis qu’il fallait d’abord que les Québécois découvrent sa personnalité, en misant principalement sur son image pour faire bouger l’aiguille des sondages.
Ils ont vu juste. Depuis son arrivée, elle tire vers le haut les intentions de vote pour son parti, mais la remontée est progressive. Comme elle a encore besoin de temps, elle prendra l’été pour continuer à occuper l’espace médiatique, avant le déclenchement de la campagne à la fin août.
La loi électorale lui offre deux options : la campagne courte de 33 jours, ou la longue de 39 jours. Selon nos informations, la version longue est sérieusement envisagée pour tenter d’augmenter encore son capital de sympathie.
Contrairement au premier ministre du Canada, Mark Carney, qui a réclamé un mandat fort pour négocier avec l’administration américaine de Donald Trump, Christine Fréchette n’a pas de prétexte pour convier les Québécois aux urnes plus vite que le 5 octobre, comme prévu. De toute façon, son plan repose sur une utilisation maximale du temps avant les élections, pour maximiser sa visibilité.
La stratégie de type « déluge »
Annonce après annonce, sa stratégie vise à inonder les Québécois d’images d’une première ministre qui gère les affaires. La voir pratiquement tous les jours, depuis deux mois, donne même l’impression que François Legault est parti il y a une éternité. Les partis d’opposition ont bien tenté de ramener le spectre, mais au fil des semaines, son nom n’était presque plus évoqué.
Le plan paraît simpliste, mais il est plus difficile à exécuter qu’on ne le pense. Il aurait suffi d’une annonce mal ficelée pour le faire dérailler… ou d’un imprévu dommageable, comme la fuite d’un courriel du ministre des Finances, qui l’avertissait de ne pas trop dépenser. Le coulage anonyme de cet échange privé risquait de compromettre l’image de bonne gestionnaire de Christine Fréchette aux yeux des électeurs.
Pour limiter les dégâts, son entourage a expressément demandé à Eric Girard de répéter sur toutes les tribunes que le gouvernement détient suffisamment de « marge de manœuvre » financière pour réaliser les engagements. Il a d’ailleurs annoncé un déficit réduit à 7,2 milliards de dollars. Selon nos informations, le ministre devait aussi appuyer publiquement sa cheffe, sans équivoque.
L’autre risque inhérent d’une stratégie de type « déluge », c’est que le gouvernement se retrouve lui-même submergé par la matérialisation de toutes les annonces et paraisse désorganisé.
C’est la perception qu’il a donnée à la fin de la session parlementaire quand un goulot d’étranglement s’est formé, tellement les projets de loi à adopter étaient nombreux. Il a dénoncé l’obstruction des élus d’opposition, mais le gouvernement aurait pu se concentrer sur le cheminement de quelques dossiers prioritaires. Il a fini par réussir à en adopter 11 sur 14.
Avec cette stratégie, la première ministre s’est aussi imposé une obligation de résultats, sinon elle peut se faire reprocher de faire du marketing politique.
Tel que promis, son gouvernement a notamment rétabli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en immigration, a adopté la « loi Gabie Renaud » permettant de connaître les antécédents de violence des partenaires intimes, a mis de l’avant le remboursement des droits de mutation immobilière, aussi appelés « taxe de bienvenue », jusqu'à concurrence de 5875 $ pour les nouveaux acheteurs et a abaissé les impôts de 75 000 PME.
Christine Fréchette a aussi débloqué des sommes pour la rénovation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et elle a confirmé son changement de ton envers le gouvernement fédéral en concrétisant une entente de 10 milliards de dollars pour les infrastructures.
La gestion de l’image, un élément central
Dans cette stratégie, l’image d’une première ministre en action vise à renverser celle d’un parti usé. Après un rebrassage somme toute mineur de son Conseil des ministres, Christine Fréchette force la note en présentant la Coalition avenir Québec (CAQ) comme un nouveau gouvernement, après huit ans de pouvoir. Une illusion que les partis d’opposition auraient pu briser rapidement, mais à l’aube des élections, ils ont dû se concentrer sur d’autres choses ces dernières semaines.
Le chef libéral, Charles Milliard, a tenté de partager son temps entre son aile parlementaire, son exécutif et ses militants, pour s’assurer de ne pas perdre le contrôle du parti comme son prédécesseur Pablo Rodriguez.
Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, s’est mis à s’intéresser à la cheffe caquiste, lui qui ne posait plus de questions à François Legault. Mais en fin de session, il a dû s’occuper de la gestion des candidatures électorales du Parti québécois.
Québec solidaire a veillé à sa reconstruction pour pallier les départs de ses populaires députés Gabriel Nadeau-Dubois, Christine Labrie et Manon Massé.
Cependant, les collègues de Christine Fréchette l’ont gardée à l’œil. Même si le ralliement de tout un chacun a fini par s’opérer après la course à la direction, la majorité des élus caquistes considèrent que François Legault les a mis au monde. Les faire renaître aux prochaines élections constitue le plus grand test de la nouvelle cheffe pour obtenir leur respect.
Ces deux derniers mois, elle s’est évertuée à plaire aux deux ailes de la CAQ : les fédéralistes et les indépendantistes, qui ont réclamé des gestes nationalistes de sa part. Pour eux, elle a déposé des projets de loi visant à protéger la langue française. Combien ont été finalement adoptés? Aucun. Elle a manqué de temps.
Elle n’a jamais non plus véritablement manifesté d’intérêt pour le projet de Constitution du Québec, même si elle a ramené le projet de loi à l’étude.
Pour éviter d’avoir l’air de faire des manœuvres visant simplement à contenter les « bleus » de son parti, Christine Fréchette sait qu’elle devra faire plus afin de répondre à leurs attentes, indiquent nos sources.
Parmi ces « bleus », on reconnaît le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe. Quand il a mis le pied à l’extérieur du rang en avouant qu’il voterait « oui » dans l'éventualité d'un troisième référendum, le cabinet de la première ministre a craint de perdre le contrôle de sa communication. Les libéraux s’en servent d’ailleurs déjà pour illustrer la clôture sur laquelle se trouve la CAQ, dans le camp, selon eux, du noui.
Le ministre du Travail, Jean Boulet, s’était aussi permis de révéler qu’il voterait « non ». Ces indiscrétions sont survenues la même semaine que la fuite du courriel d’Eric Girard. Des erreurs de communication évitables, selon Geneviève Bélisle, la cheffe de cabinet de Christine Fréchette.
Selon nos informateurs, elle a dû faire une certaine démonstration d’autorité. Un matin, elle s’est présentée à deux réunions ministérielles en demandant aux fonctionnaires de sortir de la salle. Tous les ministres ont reçu un rappel à l’ordre : prudence dans les commentaires! Il n’y a pas de temps pour recadrer les messages.
Définir la figure de leader
Christine Fréchette connaissait peu Geneviève Bélisle avant de former un duo avec elle. Moi non plus, je ne connais pas vraiment Christine Fréchette, comme pas mal de Québécois, nous confiait un ministre en mars dernier, au tout début de la course à la direction. Plutôt étonnant, sachant que les deux siégeaient ensemble au Cabinet depuis presque quatre ans.
De nature habituellement discrète, la nouvelle première ministre a su profiter du manque de notoriété qui la définissait au moment de se présenter à la chefferie contre Bernard Drainville.
Le fait d’être plutôt méconnue lui a permis de tracer les contours de son leadership et de façonner le portrait de celle qui s’active, qui dirige et qui s’occupe des affaires. Même ses propres collègues ont appris à la découvrir.
Quelques députés nous révèlent qu’ils se sont permis de critiquer son choix de s’entourer de jeunes loups, au détriment de conseillers expérimentés ayant travaillé avec François Legault. Il fallait faire la coupure, selon elle.
La construction de l’image et la stratégie du déluge d’annonces fonctionneront-elles auprès des électeurs, le 5 octobre? Les résultats sont-ils suffisamment tangibles? Avant, je me faisais critiquer à chacune des tables quand j’entrais dans un restaurant, nous répond un ministre, ravi que les citoyens de sa circonscription recommencent à discuter avec lui.
Un déluge de bonnes candidatures serait maintenant le bienvenu pour refaire l’image d’une CAQ encore attractive, après qu'une trentaine de députés ont annoncé qu'ils ne veulent pas se représenter. Aucune candidature n’a encore été annoncée.
Veuillez noter qu’un texte d’analyse portant sur les partis d’opposition sera publié demain.
Mentions spéciales aux ministres :
Sonia Bélanger :
Après la démission de Lionel Carmant et de Christian Dubé, elle est venue en renfort et a tenu à bout de bras trois ministères : Santé, Services sociaux et Aînés. Il fallait rebâtir les ponts avec les médecins, compléter les réformes de son prédécesseur et faire adopter les projets de loi restants. Le réseau connaît encore son lot de problèmes, mais elle a démontré qu’elle est capable de s’atteler à la tâche.
Ian Lafrenière :
Quand François Legault a démissionné, des sondages internes à la CAQ révélaient que le ministre de la Sécurité intérieure était le plus populaire des ministres pour lui succéder (loin devant Christine Fréchette). Il y a songé sérieusement. S’il avait décidé de se lancer, Christine Fréchette ne serait peut-être pas première ministre aujourd’hui. En le convaincant de se joindre à elle, Christine Fréchette a fait de Ian Lafrenière l’un de ses meilleurs complices.
Jean Boulet :
Christine Fréchette lui en doit une. Ses talents de négociateur (incontestés même par ses adversaires) ont grandement contribué à l’entente de 10 milliards de dollars avec Ottawa qu’elle pourra continuer de vanter jusqu’aux élections. Par contre, même si ses photos électorales sont prises, le ministre du Travail peut-il enfin lui assurer qu’il va véritablement se représenter? Des doutes persistent et le cabinet de la première ministre s’en inquiète…
Bernard Drainville :
Après une course à la direction souvent hargneuse, il a effacé l’ardoise et s’est joint à son opposante sans ambiguïté. Le ministre de l’Économie s’est même révélé un allié pour Christine Fréchette, en priorisant l’équipe.
Simon Jolin-Barrette :
Il est l’un des rares ministres à détenir un bilan parlementaire aussi costaud, malgré l’abandon de son projet de Constitution du Québec. Le nom du ministre de la Justice restera dans les archives pour ses réformes judiciaires au fil des années visant à protéger les victimes d’actes criminels.


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