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Un match (presque) aussi éloquent que l’exploit de Cole Caufield

1 month ago 18

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Cole Caufield a toujours eu le sens du spectacle. Avec le recul, il apparaît évident que cela allait se terminer ainsi : le petit joueur donnant l’avance à son équipe d'un tir des poignets dont il a le secret, un 50e but comme affaire de routine.

Évident, voyons, qu’il allait le marquer au Centre Bell pour gâter ces partisans qui n’avaient pas été témoins de pareil exploit depuis 36 ans. À Montréal… et non au New Jersey, franchement, c’eût été grossier. Jeudi, face au Lightning, son père était dans les gradins, Mark Carney, aussi, et même l’animateur du balado Tellement Hockey, Alexandre Coupal, de sortie pour l’occasion.

Mais ce n’était pas routinier. Caufield était coincé à 49 buts depuis seulement trois matchs, bien que cela lui a semblé être une éternité.

Son ineffable sourire collé au visage, il s’est même excusé aux amateurs qui ont dépensé de l’argent pour être là aux matchs précédents.

Ça devait arriver ici […]. Personne ne le mérite plus [que ces amateurs].

Les derniers jours, à n’en point douter, ont été éprouvants. L’ailier de 25 ans a ressenti la pression, l’a évacuée d’un retentissant fermez-la dimanche dernier, et n’a pu y échapper. Cette histoire inachevée était placardée sur tous les murs de la ville, virtuels ou non.

C’était difficile de ne pas y penser, tu vois ça partout. Je ne mentirai pas, j’étais pas mal stressé ces derniers jours, mais c’est ce qui rend cet endroit si spécial, a dit le petit attaquant, tout en laissant aller un soupir de soulagement.

En soi, l’exploit est majeur.

Le fait qu’il l’ait accompli sans inscrire un seul but dans un filet désert ajoute au charme et à son mérite. Le fait que, ce faisant, il ait donné l’avance à son équipe pour une 29e fois cette saison, le plaçant au deuxième rang de tous les temps à ce chapitre, est particulièrement impressionnant.

Personne n’a marqué plus de buts gagnants que les 12 qu’il a enfilés cette saison. Pendant qu’on y est, personne n’en a réussi plus que lui depuis deux ans non plus. Ni depuis trois ans, en fait. Cette machine à marquer des buts tant vantée avant même qu’il arrive à Montréal après son repêchage en 2019 n’est plus qu’un murmure, n’est pas un mythe. Ça se vérifie, c’est tangible, c’est factuel.

Ces chiffres permettent de dire que Cole Caufield, actuellement, d’un strict point de vue statistique, est devenu le tireur le plus dangereux de toute la Ligue nationale de hockey et donc de la planète. Pour l’univers, contactez Jeremy Hansen, Artemis II, le Père Fouras, qui vous voulez.

Tout cela est bel et bon et il convient de souligner ce succès à gros traits. Les dernières décennies ont rappelé que, 50 buts, c’est loin d’être anodin. Après cette victoire à l’arraché de 2-1 contre le Lightning dans un match de folie, Caufield a rendu hommage à son entraîneur, Martin St-Louis, qui lui a appris à marquer des buts, a-t-il dit, ce dont tout le monde a immédiatement douté, l’interpellé au premier chef.

Je ne peux pas faire compter 50 buts à Cole Caufield. Je peux l’aider à devenir un bon joueur dans la Ligue nationale. Mais marquer 50 buts, c’est pas un entraîneur qui fait ça. Il n’est pas juste un marqueur de 50 buts qui joue en périmètre et je suis fier de ça. Je suis encore plus fier de l’humain, a lancé St-Louis.

Le marqueur de 50 buts est aussi particulièrement responsable. Il a maintenu cette année le troisième différentiel (+30) parmi tous les ailiers gauches de la LNH, en jouant dans un premier trio à qui on demande souvent d’affronter les meilleurs éléments de l’autre équipe. St-Louis, persuasif, est parvenu à convaincre Caufield, réceptif, que la meilleure attaque, parfois, c’est la défense. C’est certainement l'une des plus belles réussites de son règne de quatre ans.

Le moment

Match de folie, disions-nous.

Pour ce 50e but, évidemment, mais aussi pour le 30e de Juraj Slafkovsky, passé complètement inaperçu, pour la 70e passe de Nick Suzuki, devenu le troisième joueur de l’histoire de l’organisation à en enregistrer au moins autant après Guy Lafleur et Peter Mahovlich.

Le fait, ces temps-ci, que les marques que fracassent les joueurs du Canadien forcent les scribes à ressortir constamment des noms comme Lafleur, Steve Shutt ou Larry Robinson est assez éloquent sur le talent de cette équipe. On en découvre un peu plus chaque jour sur son caractère.

Caufield n’a pas réussi ce filet dans un match sans enjeu, sans saveur. Il y est parvenu dans un duel où il s’est distribué 126 minutes de punition et où chaque coup de sifflet signalait invariablement le début de brasse-camarade de bon aloi. C’était un match aux allures de séries éliminatoires entre deux équipes qui pourraient fort bien se retrouver pour un affrontement au meilleur des sept matchs dès le 18 avril.

Deux joueurs se battent.

Josh Anderson (17) et Declan Carlile (67)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

L’importance de la rencontre lui a même permis de penser à autre chose qu’à ce satané 50e but qui ne venait pas, a-t-il admis. Autrement dit, quand collectivement ça comptait, Caufield a compté.

Le CH savait à quoi s’attendre du Lightning qui cherche, tout comme lui, à remporter le titre de la Division atlantique. Il s’agit de l’équipe la plus punie de la LNH cette année et qui a montré à plusieurs reprises qu’elle ne reculait devant rien.

Le Tricolore, lui, a un peu reculé en séries l’an passé contre Washington. Du moins, c’est ce qui lui a été reproché après son élimination. Trop petits, timorés quand ça chauffe, les Montréalais se sont fait intimider, entendait-on. Même Jeff Gorton avait évoqué le besoin de relever le niveau de compétitivité lors du bilan de fin de saison.

Jeudi soir, face à une équipe de vétérans, deux fois lauréate de la Coupe Stanley dans les dernières années, qui tente de repousser les aspirants pour se maintenir encore un peu plus longtemps au sommet, le Canadien a voulu prouver qu’il était prêt à relever le défi.

Menés par un Josh Anderson en transe, les joueurs ont été assez convaincants. Nikita Kucherov a été muselé, le premier trio a été dominant et le Bleu-blanc-rouge a plus que doublé son adversaire aux chances de marquer de qualité. Seule ombre au tableau : un avantage numérique prévisible blanchi en sept occasions.

Pour le reste, chaque fois que les joueurs du Lightning tentaient de leur faire perdre la tête par un petit gant au visage par-ci, un petit coup de bâton par-là, les Montréalais répliquaient coup pour coup sans dépasser les bornes.

En contrôle, selon l’entraîneur.

Cette expérience dans les séries [l’an dernier] fait en sorte que les gars savent maintenant ce qu’est le style de jeu. Tu dois être prêt pour ça. J’ai aimé notre mentalité de meute. Tout le monde était engagé, personne n’avait peur et c’est de ça dont on avait besoin, a estimé Anderson.

On est prêts pour n’importe quoi, a ajouté St-Louis.

On a évolué côté papier sablé dans notre équipe cette année. Ce n’est pas un ou deux gars, c’est une mentalité de groupe. Ça prend ça […]. Ce n’est pas comme si on recherche ça, mais ça fait partie du jeu.

Le Canadien espère jouer dans la cour des grands depuis quatre ans. Il en est aux portes, au coude à coude avec une équipe qui a longtemps représenté le standard d’excellence dans le circuit Bettman.

Le CH veut maintenant être calife à la place du calife. À grands coups de 50 buts.

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