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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÇa brasse à Vancouver par les temps qui courent. Et pas seulement parce que les Canucks occupent le dernier rang du classement de la LNH.
Jeudi dernier, les Canucks ont expulsé un journaliste au beau milieu d’un match et ont révoqué son accréditation parce qu’ils étaient insatisfaits d’un article qu'il venait de publier. Le texte en question mettait en cause un vignoble américain appartenant à la richissime famille Aquilini qui est aussi propriétaire de l’équipe de hockey.
Cette affaire sans précédent reprend un thème qui était abordé dans cette chronique pas plus tard que samedi dernier.
Les journalistes affectés à la couverture des Canucks sont indignés. Et plusieurs d’entre eux accusent la direction de l’équipe de déployer des efforts de plus en plus soutenus pour contrôler l’information véhiculée par les médias.
Le journaliste dont l’accréditation de presse a été révoquée s’appelle Trevor Beggs. Il couvre les activités des Canucks depuis 2019 pour le compte du site Daily Hive. Contacté lundi par courriel pour commenter cette affaire, Beggs n’a pas répondu à notre demande. Le département des communications des Canucks a pour sa part indiqué au Globe & Mail que la révocation de l’accréditation de Trevor Beggs est définitive.
Il est impossible de lire ce que Beggs a écrit parce que les dirigeants du Daily Hive ont retiré l’article de leur site peu après l’expulsion de leur journaliste.
Pour savoir de quoi il en retourne, il faut donc s’en remettre à un texte publié il y a près de deux semaines par Inlander (nouvelle fenêtre), un site d’information indépendant basé à Spokane dans l’État de Washington. C’est d’ailleurs dans cet État que se trouvent les Vignobles Aquilini.
L’entreprise vinicole de la famille Aquilini a embauché des travailleurs étrangers par l’entremise d’un sous-traitant appelé Harvest Plus. Or, ce sous-traitant fait face à 51 accusations criminelles pour avoir leurré le gouvernement américain ainsi que quelque 500 travailleurs mexicains recrutés pour venir en aide, de 2022 à 2024, à des entreprises agricoles situées dans l’État de Washington et en Oregon.
Selon Inlander, les fermes censées accueillir des travailleurs étrangers doivent être approuvées au préalable par le gouvernement américain. Or, selon l’acte d’accusation, Harvest Plus s’est servi des noms de fermes qui étaient déjà approuvées pour fournir des travailleurs mexicains à des entreprises agricoles qui n’avaient pas reçu le sceaugouvernemental. Et il se trouve qu’en 2022, les Vignobles Aquilini ont bénéficié de ce tour de passe-passe.
Sans oublier le fait que les alléchants salaires de 17,41 $ US l’heure promis aux travailleurs n’ont pas été respectés.
Les porte-parole des Vignobles Aquilini soutiennent qu’il faut faire la différence entre les Vignobles et Harvest Plus. Ils affirment qu’ils ont simplement fait affaire avec un sous-traitant qui jouissait d’une bonne réputation et qu’ils sont surpris par les accusations portées contre ce dernier. Sur la question des conditions salariales non respectées, les Vignobles Aquilini répondent que les sommes promises aux travailleurs ont été entièrement versées au sous-traitant.
Cette histoire pique toutefois la curiosité parce que, selon Inlander, les Vignobles Aquilini sont la seule entreprise nommée par le gouvernement dans l’acte d’accusation. Et aussi parce que le gouvernement américain allègue que les Mexicains qui y ont travaillé l’ont fait dans des conditions non sécuritaires, notamment lors de chaleurs extrêmes et parfois en étant privés d’eau.
Les autorités allèguent par ailleurs que les travailleurs étrangers étaient exposés à des pesticides, travaillaient sans gants ou autre équipement de sécurité, n’avaient pas accès à des soins médicaux appropriés et n’étaient pas payés lorsqu’ils devaient s’absenter du travail en raison de blessures ou de maladie.
Dans une communication écrite partagée avec le Globe & Mail, la directrice des communications des Canucks, Victoria Ullrich, reproche au site Daily Hive et au journaliste Trevor Beggs d’avoir inclus les Canucks de Vancouver dans le titre et la photographie.
En agissant ainsi, selon elle, la publication n’aurait pas respecté les principes de justice, d’honnêteté, d’objectivité et d’intégrité sur lesquels s'appuie le journalisme.
Il est incontestablement diffamatoire d’accuser un individu, par implication ou insinuation, d’avoir commis un acte criminel, soutient-elle.
Chose certaine, il est d’intérêt public de savoir comment les propriétaires d’équipes professionnelles mènent leurs affaires en dehors de l’univers sportif.
À titre d’exemple, le site The Athletic a publié en 2021 une enquête dévastatrice révélant le climat toxique qui régnait chez les Coyotes de l’Arizona. Ce texte levait aussi le voile sur le mépris dont faisait preuve le propriétaire Alex Meruelo envers les fournisseurs de son organisation.
S’il n’y a plus d’équipe de la LNH en Arizona et si M. Meruelo ne fait plus partie de la ligue, c’est en partie parce qu’une journaliste s’est intéressée à la manière dont il traitait ses employés et ses partenaires d’affaires.
Plus récemment, nos collègues de l’émission Enquête se sont intéressés aux liens qui unissent la filiale spectacle du Canadien, evenko, à l’ultra-puissante entreprise américaine Live Nation. Ce reportage soulevait d’importantes questions en matière de souveraineté culturelle et sur les dangers que représentent les monopoles ou quasi-monopoles.
Dans le cas de la famille Aquilini, le simple passage du temps nous montre à quel point il est important de suivre ses activités à l’extérieur du giron de la LNH.
Il y a presque sept ans, en mai 2019, le site VICE révélait une histoire ressemblant étrangement à celle des Vignobles Aquilini. Cette fois, il s’agissait toutefois de travailleuses guatémaltèques ayant travaillé dans une bleuetière portant le nom de Golden Eagle Blueberry Farm. Située en Colombie-Britannique, cette ferme appartenait aux Aquilini.
L’agence gouvernementale chargée de faire respecter les conditions de travail dans cette province avait notamment condamné Golden Eagle Blueberry Farm à rembourser plus de 130 000 $ de salaire impayé à un groupe de travailleuses.
Pour faire valoir leurs droits, certaines de ces employées étrangères avaient été accompagnées par un organisme de défense des travailleurs migrants, Dignidad Migrante Society. Et cet organisme alléguait qu’on leur avait refusé de l’eau lorsqu’elles travaillaient dans les champs, qu’on les avait fait travailler dans des espaces réfrigérés sans vêtements chauds et qu’on les avait hébergées dans des locaux surpeuplés, dans des conditions insalubres.
En entrevue, certaines de ces travailleuses disaient par ailleurs avoir été victimes de harcèlement sexuel et de menaces répétées de déportation. Elles disaient aussi avoir travaillé dans des conditions non sécuritaires.
VICE rappelait à la fin de cet article que Golden Eagle Blueberry Farm avait en plus été condamnée à plus de 175 000 $ d’amendes pour des infractions en matière de sécurité entre 2012 et 2019.
Et dans son article publié il y a deux semaines, le site Inlander soulignait qu’en 2017, les deux enfants d’un travailleur mexicain des Vignobles Aqulini sont décédés dans l’incendie qui a détruit l’habitation où on les logeait. Selon Inlander, la famille éprouvée a ensuite intenté une poursuite dénonçant le caractère non sécuritaire des lieux. Et l’affaire s’est réglée à l'amiable pour 16 millions de dollars.
Pour toutes ces raisons, quoi qu’en pense le département des communications des Canucks, c’est une bonne idée de quitter la rondelle des yeux de temps en temps et de s’intéresser à ce que font les propriétaires d’équipes professionnelles.


2 months ago
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