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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Neom », le projet pharaonique imaginé par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, était censé refléter l’image d’un royaume qui veut diversifier son économie au-delà de l’exploitation pétrolière.
Annoncé en 2017, Neom − dont la taille est comparable à celle du Rwanda − devait être composé de cinq mégaprojets, dont la pièce maîtresse s’appelle The Line : une ville futuriste et linéaire, alimentée à 100 % par des énergies renouvelables, censée s’étendre sur 170 kilomètres de long et accueillir 9 millions de personnes.
Les déplacements dans cette ville verticale haute de 500 mètres, conçue sans aucune route pour éviter la production d'émissions de carbone, devaient se faire au moyen d'un train à très grande vitesse permettant d'effectuer le trajet de bout en bout en 20 minutes.
En plus de The Line, Neom devait également abriter une station de ski en plein désert, un complexe industriel gigantesque flottant sur la mer Rouge ainsi qu’une île exclusivement conçue pour le tourisme de luxe comprenant des hôtels haut de gamme, un club nautique et un parcours de golf.
Le tout était censé voir le jour en 2030, mais le contexte géopolitique en a décidé autrement.

Une illustration produite par « Neom » représentant la ville futuriste baptisée « The Line », qui devait s'étendre sur 170 kilomètres.
Photo : Illustration tirée du site web de Neom
Avec la flambée des prix du pétrole survenue à la suite de l’invasion de l'Ukraine par la Russie, à partir de février 2022, suivie des perturbations liées à la sécurité au Moyen-Orient − d’abord avec la guerre israélienne dans la bande de Gaza, en octobre 2023, suivie de la guerre israélo-américaine contre l’Iran en février 2026 − le prince héritier saoudien s’est vu obligé de revoir ses ambitions à la baisse.
L’annonce a été officiellement faite en avril. Le gouverneur du Fonds d'investissement public d’Arabie saoudite a annoncé que Neom a reçu pour directive de revoir ses dépenses, tout en affirmant que le projet phare The Line n’était plus une priorité.
Est-il nécessaire d'avoir The Line d'ici 2030? Je ne pense pas. C'est bien de l'avoir, mais ce n'est pas indispensable, a déclaré le responsable du fonds souverain saoudien, Yasir Al-Rumayyan, à la chaîne Al-Arabiya.
Plusieurs médias, dont Reuters et BBC, ont fait état ces derniers jours de l’annulation par Neom d’une série de contrats internationaux d’une valeur de plusieurs milliards de dollars.

Vue aérienne de l'endroit où la ville futuriste «The Line» devait voir le jour, dans la province de Tabuk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite.
Photo : Reuters / LUCAS JACKSON
Le géant canadien de l’ingénierie AtkinsRéalis, anciennement SNC-Lavalin, est l’un des principaux partenaires de Neom. L’entreprise, qui s’est vu attribuer un contrat de cinq ans en 2023, est chargée de fournir des services-conseils allant de la conception à la construction du projet de ville futuriste The Line, en passant par sa gestion et son approvisionnement.
Dans un communiqué de presse, Neom indique par ailleurs qu’AtkinsRéalis est également responsable des essais et de la mise en service du projet, ainsi que de la gestion des infrastructures critiques que la ville linéaire partage avec les autres mégaprojets saoudiens.
On ignore si le contrat entre l'entreprise canadienne et Neom a été annulé depuis la suspension du projet, mais l’entreprise a connu une baisse de près de 35 % de ses revenus en provenance de l’Arabie saoudite en un an.
Selon les états financiers les plus récents d’AtkinsRéalis, les recettes générées des contrats saoudiens sont passées de 271 millions de dollars, au premier trimestre de 2025, à 178 millions de dollars au cours de la même période en 2026.
Abandon de projets
Pour expliquer cette baisse, le grand patron de la firme, Ian Edwards, évoque une réorientation des priorités en Arabie saoudite.
Ce recul est principalement dû à une évolution moins favorable de notre portefeuille d'activités au Moyen-Orient, notamment l'abandon progressif des projets immobiliers à forte marge, a-t-il expliqué lors d’une présentation le 14 mai.

La firme d'ingénierie AtkinsRéalis portait anciennement le nom de SNC-Lavalin.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, une porte-parole d’AtkinsRéalis précise que cette baisse est également attribuable à un repositionnement de l’entreprise vers des projets qui offrent une visibilité à long terme [en Arabie saoudite], notamment en vue d’événements comme l’Expo 2030 et la Coupe du monde 2034.
Bien que l'environnement à court terme demeure incertain [au Moyen-Orient], les éléments fondamentaux qui sous-tendent la demande à long terme pour nos services dans la région restent favorables.
Le président d’AtkinsRéalis, Ian Edwards, affirme quant à lui que la compagnie cherche désormais à renforcer sa présence ailleurs dans le Golfe, notamment à Abou Dhabi. Nous observons de belles opportunités dans le secteur des transports aux Émirats arabes unis. Nous sommes donc en train de réorienter nos activités dans cette région, a-t-il dit.
À la question de savoir si des mises à pied ont touché les équipes d’AtkinsRéalis en Arabie saoudite à la suite de la suspension du projet The Line, la porte-parole de l’entreprise a évité de fournir une réponse. Mais en consultant sur la plateforme LinkedIn les profils d’anciens employés de la firme qui étaient impliqués dans le projet futuriste saoudien, on constate que nombre d’entre eux indiquent avoir changé d’emploi depuis le début de l’année.
Contacté par Radio-Canada, un ingénieur qui travaillait depuis un an sur le projet The Line pour une entreprise saoudienne affirme que les travaux sont à l’arrêt depuis plusieurs mois.
L'impact a été considérable, confie cet homme sous le couvert de l’anonymat. Un très grand nombre d'employés ont été touchés et beaucoup ont perdu leur emploi, dont moi-même il y a quatre mois. Depuis, je peine à trouver de nouvelles opportunités de travail en Arabie saoudite, et c’est le cas de beaucoup de mes collègues.
Pour l'instant, nous attendons encore un ou deux mois dans l'espoir que les projets vont de nouveau démarrer, affirme encore cet ingénieur. Sinon, beaucoup d'entre nous devront peut-être quitter l'Arabie saoudite et rentrer dans nos pays d'origine, faute de travail.
Un contexte instable
Les monarchies arabes du Golfe subissent de plein fouet les répercussions de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que d’autres pays de la région qui abritent des bases militaires américaines, ont été visés par des milliers de missiles et de drones lancés par Téhéran en riposte aux frappes contre son territoire.

Un important panache de fumée qui s'élève à la suite d'une explosion dans la zone industrielle de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, le 3 mars 2026.
Photo : Getty Images / AFP / Fadel Senna
Dans ce contexte sécuritaire instable, la porte-parole d’AtkinsRéalis affirme que l'entreprise a pris des mesures permettant à ses employés de travailler selon des modalités flexibles, alternant entre le télétravail et le travail au bureau en fonction des conditions de sécurité et des recommandations officielles.
Notre priorité demeure la sécurité et le bien-être de nos employés dans la région, et nous continuons de suivre la situation de près, a de son côté assuré le président de la firme lors de sa présentation des résultats trimestriels, il y a trois semaines.
Il a également affirmé que les activités d’AtkinsRéalis au Moyen-Orient étaient affectées par le conflit en cours. Nous prévoyons effectivement un ralentissement de l'activité au Moyen-Orient, qui ne sera pas significatif, mais qui freinera légèrement la croissance au deuxième trimestre, a précisé M. Edwards.
Parmi tous les projets prévus par Neom, le port, qui est situé sur la mer Rouge, semble être l’un des rares à bénéficier encore d’un certain attrait aux yeux des Saoudiens. Avec la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite cherche à repositionner son port dans le nord-ouest du royaume comme une route de rechange aux voies maritimes traditionnelles pour relier l’Europe aux pays du Golfe, en passant par l’Égypte. Une solution de contournement stratégique, mais limitée en raison d’une forte hausse des coûts de transport.

Un vraquier est ancré dans le détroit d'Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le samedi 2 mai 2026.
Photo : Associated Press / Amirhosein Khorgooi
Des critiques
Depuis son dévoilement, Neom et sa ville futuriste The Line sont la cible de nombreuses critiques. Jugé trop ambitieux sur le plan financier, le mégaprojet a connu d’importants dépassements de coûts et a subi une multitude de revers.
Initialement estimé à 500 milliards de dollars américains, un rapport révélé par le Wall Street Journal révèle que la facture pourrait atteindre les 8800 milliards $ US. Par ailleurs, plusieurs des technologies nécessaires pour la construction de cette ville futuriste carboneutre n’existent toujours pas et risquent de ne pas être conçues avant des décennies.
Le projet pharaonique soulève aussi des craintes environnementales. La construction de la ville linéaire, bordée de deux gratte-ciel recouverts de miroirs, longs de 170 km et hauts de 500 mètres, nécessite une quantité considérable de béton et d'acier, ce qui contredit les affirmations de durabilité à zéro émission de carbone du projet.
Des experts ont également affirmé que la façade en miroir risque de modifier les microclimats locaux et de perturber les voies de migration des oiseaux.
Le mégaprojet a également été montré du doigt pour des violations des droits de la personne. Selon des rapports de l’ONU et de Human Rights Watch, les autorités saoudiennes ont, depuis janvier 2020, forcé des membres de la tribu Howeitat, qui réside dans la zone où doit être construite la ville futuriste, à évacuer. Trois villages auraient été rasés et plus de 6000 personnes ont été déplacées de force, avec peu ou pas de compensation, au nom du projet Neom.
Lors des premières manifestations contre le projet, un membre de la tribu Howeitat a été tué à son domicile par des membres des forces spéciales saoudiennes. Trois membres de la tribu ont été condamnés à mort pour terrorisme et trois autres ont été condamnés à de très lourdes peines allant jusqu’à 50 ans de prison.
Radio-Canada a tenté de contacter Neom pour obtenir des commentaires, mais l'entreprise n’avait pas répondu à notre demande au moment de publier ces lignes.


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