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Surreprésentation des enfants autochtones à la DPJ : Québec mise sur la prévention

2 months ago 27

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Le gouvernement du Québec a publié mercredi sa nouvelle stratégie pour encadrer la protection de la jeunesse. Un virage est nécessaire concernant les Autochtones, d'autant plus que plusieurs communautés ont commencé à s'émanciper de Québec à cet égard et que les chiffres soulignent que les taux de rétention de signalements les touchant sont cinq fois plus élevés que chez les allochtones.

Tenir compte de leurs réalités linguistiques, améliorer leur accès aux services préventifs de première ligne ou encore adapter les approches et les services aux réalités spécifiques des Premières Nations et des Inuit. La liste de ce qui pourrait ressembler à une profession de foi du ministère de la Santé et des Services sociaux est longue.

C’est la première stratégie en protection de l’enfance qui vise à élargir la vision de la protection de l’enfance pour renforcer la prévention, travailler en amont pour éviter que les gens soient signalés à la protection de la jeunesse, explique Lesley Hill, directrice nationale de la protection de la jeunesse.

Lesley Hill bouge les mains en parlant lors d'une entrevue à Radio-Canada.

Lesley Hill est directrice nationale de la protection de la jeunesse au Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Brown-Racine

Selon elle, la situation des Autochtones est différente et mérite une attention particulière. On travaille sur les mêmes choses, mais avec une approche différente. On a aussi des modifications législatives qui ont été faites en 2022 et qui exigent qu’ils soient traités de manière différente en accord avec les droits ancestraux dont ils disposent, poursuit-elle.

C'est pourquoi des outils cliniques ont été développés pour améliorer l'application des différents articles de cette loi, comme l'intérêt de l'enfant des Premières Nations et des Inuit dans la prestation des services de la protection de la jeunesse.

Selon le ministère, les signalements concernant les Autochtones au chapitre de la protection de la jeunesse sont cinq fois plus importants par rapport aux familles allochtones. En 2019, les enfants des Premières Nations et des Inuit étaient aussi 3,5 fois plus susceptibles d’être évalués à la suite d’un signalement et leurs enfants sont 4,3 fois plus susceptibles d’être placés.

Différentes options s'offrent aux communautés

Par ailleurs, en 2020, la loi C-92 approuvée par le gouvernement fédéral a mis en place des mécanismes pour que les communautés autochtones puissent se défaire du système de la protection de la jeunesse de leur province ou territoire, afin de s’occuper eux-mêmes de leurs enfants.

Lesley Hill reconnait d'ailleurs que les communautés sont les mieux placées pour prendre la charge de ce dossier.

Un édifice ainsi qu'un panneau qui dit Supreme Court of Canada / Cour suprême du Canada.

Le 9 février 2024, la Cour suprême fédérale a jugé constitutionnelle la loi C-92 concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuit et des Métis. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

Même si Québec a tenté de remettre en question la constitutionnalité de cette loi, la Cour suprême a confirmé sa validité en 2024.

Depuis, plusieurs communautés s’en sont saisies au Québec. En 2022, Opitciwan est devenue la première communauté autochtone au Québec à être totalement autonome en matière de protection de l’enfance et la quatrième au pays. Dans d'autres communautés, le rapatriement des services à l’enfance progresse, comme à Uashat mak Mani-utenam.

Mais la stratégie proposée par le gouvernement demeure pertinente, assure Mme Hill, qui souligne que le gouvernement travaille en partenariat avec celles qui ont pris cette voie.

On n’a pas du tout l’impression que toutes les communautés veulent prendre la route de C-92. On va vivre avec une diversité de modèles, ajoute-t-elle.

Une offre de services à revoir

Lesley Hill donne aussi quelques réponses concernant les dispositions de la nouvelle stratégie.

Car au-delà de reconnaître qu’il faut une formation pour les intervenants sur l’histoire des Autochtones, qu’il faut leur permettre d’accéder à des services dans leurs langues ou encore qu’il faut revoir l’offre de service sous la lentille des Premières Nations et des Inuit, que fait le ministère?

Mme Hill dresse une liste des progrès effectués. Pour l'accès aux services dans leurs langues, ça peut être la traduction de certains documents, il y a différentes façons d’y arriver. Mais ce qui est clair, c’est qu’on a besoin d’avancer, dit-elle.

Un panneau sur lequel sont inscrites des directions.

Le gouvernement investit de l'argent pour adapter les soins de santé aux Premières Nations et aux Inuit. Les services de santé Anishnabe Peedigehn, à l'Hôpital de Maniwaki, s'adressent à la communauté autochtone. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Enchaînant sur les services de premières lignes, elle indique que beaucoup de communautés ont développé leurs propres services et en ont la pleine autorité. C’est eux qui décident ce qu’ils veulent mettre en place.

Le ministère se dit aussi conscient que la réconciliation prend du temps.

Cette stratégie est un virage vers la prévention. Il faut arriver à le prendre et le faire avec eux. On est dans une approche de voir où on veut mettre les efforts et les budgets.

De son côté, la Commission des droits au Nunavik a rendu publique une enquête qui révèle un manque chronique de ressources, des interventions inadaptées aux réalités autochtones, notamment en matière de continuité culturelle, ainsi que des pratiques qui portent atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Cette enquête souligne aussi une pénurie marquée de familles d’accueil dans les communautés obligeant la DPJ à placer des enfants hors Nunavik.

Mme Hill détaille les obstacles mentionnés dans la stratégie qu’il faut corriger, car ils sont l’une des causes de l’iniquité des services que reçoivent les Autochtones par rapport à la population allochtone.

Les obstacles sont linguistiques, il y a des questions d’éloignement géographique, un héritage dû au colonialisme ou encore les conditions de vie, ajoute-t-elle. Mais loin d’elle l’idée d’évoquer le racisme systémique.

Dans tous mes contacts avec les Premières Nations et les Inuit, on ne me parle pas de racisme systémique, mais de comment on peut améliorer les services. Et je m’inscris dans cette démarche, appuie Mme Hill.

Contactée par Espaces autochtones, la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de publier ces lignes.

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