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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayUne simple marche dans les rues de Washington permet de constater l’omniprésence du président Trump. Une immense banderole portant son visage est suspendue à la façade du département de la Justice et de celui du Travail, aux côtés du portrait de Theodore Roosevelt.
Le président tente de se placer au centre des célébrations du 250e des États-Unis. Le Trésor américain a conçu un billet commémoratif de 250 $ arborant son visage. Son portrait côtoie aussi celui de George Washington sur le laissez-passer des parcs nationaux.
Une vision centrée sur la présidence et sur Donald Trump lui-même, qui tranche avec l’esprit de la loi suprême des États-Unis.
Nous, le peuple : les trois premiers mots du préambule de la Constitution indiquent que le gouvernement existe pour servir ses citoyens. La suprématie du peuple, par l’intermédiaire de ses élus, est inscrite à l’article I du document fondateur.
Pourtant, le président Trump transforme cela en une célébration de sa propre personne, plutôt qu'en une célébration de la manière dont ce pays a été fondé, constate Edward Lengel, ancien historien en chef de l’Association historique de la Maison-Blanche.
Le meilleur exemple est peut-être ce gala d’arts martiaux mixtes organisé sur le parterre de la Maison-Blanche, près d’un édifice qui devait symboliser la dignité et la retenue, estime l’historien. Un espace qui se voulait rassembleur et apolitique, à un moment où le pays était politiquement très divisé.

Ancien historien en chef de l’Association historique de la Maison-Blanche, Edward Lengel montre un laissez-passer des parcs nationaux américains sur lequel le visage de Donald Trump côtoie celui de Georges Washington.
Photo : Radio-Canada / Louis Blouin
C'est un affront direct, pour ne pas dire brutal. Je pense qu'il rejette délibérément et spécifiquement la symbolique et la vision des fondateurs, au moment même du 250e anniversaire, estime Edward Lengel.
La Constitution comme cadre légal
Donald Trump n’est pas le seul élu américain à avoir tenté de s’approprier plus de pouvoirs, symboliques ou réels. Des ardeurs souvent freinées par les tribunaux qui s’appuient sur la Constitution.
Ainsi, la Cour suprême a rejeté en juin une interprétation restrictive du 14e amendement, qui garantit la citoyenneté américaine à tous ceux qui sont nés sur le territoire américain.
Cet épisode illustre le pouvoir du plus haut tribunal du pays, mais aussi les limites de la Constitution, un document rédigé à l’été 1787, quand ce pays de 3,5 millions d’habitants était composé de seulement 13 États.
Les rédacteurs de la Constitution américaine ont été influencés par les idéaux européens des Lumières. Le fruit de leur délibération a inspiré plusieurs pays, dont l’Australie et le Mexique.
Le 14e amendement (ajouté il y a 160 ans) vient d’une époque où il était bien difficile d'émigrer aux États-Unis. Rien à voir avec la situation qui a poussé Donald Trump à vouloir restreindre les voies légales de naturalisation.
Autre mesure issue de la Constitution et qui montre ses limites à notre époque : le collège électoral. À deux reprises en une génération, des politiciens (Donald Trump en 2016 et George W. Bush en 2000) ont été désignés présidents sans avoir obtenu la majorité des voix des citoyens.
Les élus ont bien tenté d’améliorer leur Constitution au fil du temps : près de 12 000 propositions ont été soumises. Seuls 27 amendements ont été retenus.
Puisque la barre est aussi placée très haut pour entamer une réécriture complète, il revient à la Cour suprême de guider l’évolution du droit américain, en se basant sur un document vieux de près de 240 ans.

Michel Rosenfeld, spécialiste du droit constitutionnel américain. Photographié dans son bureau de la Cardozo School of Law de New York, au printemps 2026.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
Le poids de la Cour suprême
Spécialiste du droit constitutionnel américain à la Cardozo School of Law de New York, Michel Rosenfeld souligne que les Pères fondateurs n’avaient anticipé ni la création de partis politiques hégémoniques ni l’extrême partisanerie qui pollue aujourd’hui les débats publics.
Lorsque le même parti politique contrôle la présidence et le Sénat, il n'y a aucune limite pour les nominations à la Cour suprême. Ça peut être n'importe qui, un fasciste, un communiste… il n'y a aucune façon de s'y opposer, malgré l’importance du rôle qui revient à ces juges.
Le constitutionnaliste estime que, dans sa composition actuelle, la Cour suprême ne représente pas la nation ni les intérêts de sa majorité. Les récents assauts contre le droit à l’avortement et les droits civiques des Afro-Américains en offrent, à ses yeux, de bons exemples.
La plus importante des libertés garanties par la Constitution, c’est la liberté d’expression, rappelle Michel Rosenfeld. Un droit chéri, compris dans le premier amendement.
Or, depuis une vingtaine d’années, la portée de cet important amendement a été modifiée par les tribunaux.
Plusieurs y voient une instrumentalisation de ce droit par les puissants (entreprises, groupes de pression) pour se soustraire aux obligations imposées par les autorités au nom de la majorité.
La conséquence de ces décisions, souligne Michel Rosenfeld, c’est un affaiblissement du principe d’égalité, surtout lorsque des questions morales ou identitaires sont en jeu.
Il estime que les groupes comme les homosexuels, les femmes ou les minorités raciales doivent céder (des droits). On dilue les droits à l'égalité en augmentant les droits à la liberté d'expression.
Michel Rosenfeld cite le cas d’une conceptrice de sites web de mariages qui souhaitait pouvoir refuser d'en faire lorsqu'il s'agissait de mariages homosexuels. La Cour suprême a confirmé qu’elle était dans son droit, en raison de ses principes religieux et de sa liberté d’expression.

Manifestation devant la Cour suprême des États-Unis à Washington pour l'anniversaire du renversement de la décision Roe v. Wade en 2022, qui garantissait le droit à l'avortement.
Photo : Reuters / Evelyn Hockstein
Quand la Cour suprême suit les principes originaux
Évidemment, la Cour suprême ne réinterprète pas toujours la Constitution. En février, elle a plutôt fait tomber un pan du mur tarifaire de Donald Trump en rappelant que le pouvoir de taxer revenait au Congrès.
Mais peu de temps après cette défaite symbolique, le président s’est appuyé sur une autre loi pour imposer de nouvelles barrières tarifaires.
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a multiplié les tentatives d’étendre le pouvoir présidentiel : démantèlement de la fonction publique, rafles anti-immigration et déportations controversées, attaques contre des juges, changements aux règles entourant le vote.
Autant d’assauts qui testent aussi les limites de la Constitution. Pour plusieurs observateurs, les agissements du président soulignent l'urgence de rafraîchir le texte.
L’expert Michel Rosenfeld juge que des corrections sont nécessaires, notamment pour mieux équilibrer les libertés individuelles, comme le droit d’expression, avec les droits des groupes minoritaires.
Mais c’est un chantier à long terme. À plus court terme, les Américains doivent composer avec les bouleversements imposés par l’administration Trump, qui n’épargnent pas toujours la Constitution.
En pensant aux combats d'arts martiaux mixtes tenus sur le parterre de la Maison-Blanche à Washington, Edward Lengel croit que les projets de Donald Trump sont plutôt hostiles à la vision fondatrice de ce pays, qu’ils s’apparentent davantage à de la démolition qu'à des rénovations.
C’est un rejet délibéré de l'intention originelle qui sous-tend toute cette structure, toute cette ville et l'ensemble de notre gouvernement. [La présente administration] estime que ce modèle n'est plus efficace et qu’il doit être démantelé, croit Edward Lengel.


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