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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayUn collectif de centaines de médecins dénonce « la négligence grave » du gouvernement du Québec, qui est resté passif après avoir été informé, dès 2023, que des milliers de camions circulaient avec un système antipollution désactivé, dégradant la qualité de l'air des Québécois.
L'opposition demande aussi des comptes depuis qu'une enquête de Radio-Canada a révélé au grand jour cette fraude à grande échelle, jeudi.
La semaine dernière, le gouvernement s'est engagé à « serrer la vis » aux contrevenants, mais sans préciser quand et comment. Actuellement, les autorités n'ont ni les outils ni la réglementation en place pour corriger le problème.
Le système antipollution met en colère beaucoup de camionneurs : il tombe souvent en panne, ce qui occasionne de coûteuses journées de réparation.
Aucun contrevenant pris en défaut depuis 2023
Des nouvelles données obtenues par Radio-Canada, en vertu d'une demande d'accès aux documents auprès du ministère de l'Environnement du Québec et de la Société d'assurance automobile (SAAQ), démontrent qu'aucun propriétaire de camion n'a été forcé de réactiver son système antipollution dans la province depuis 2023.
Or, autant le ministère que la SAAQ ont été avisés depuis plusieurs années que de nombreux propriétaires de camions et garages désactivaient ces systèmes antipollution obligatoires.

Les contrôleurs routiers de la SAAQ, mandatés par le ministère de l'Environnement, sont incapables de prendre en défaut les camions contrevenants.
Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron
C'est choquant
C'est un gouvernement qui a failli à ses obligations envers la population, estime Claudel Pétrin-Desrosiers, la présidente de l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME), un collectif qui regroupe 342 médecins.
C'est choquant, ajoute-t-elle. Je pense que c'est une négligence grave.
Selon une étude de l’Agence de protection de l'environnement des États-Unis, désactiver le système antipollution d’un camion, c’est l’équivalent d’ajouter 34 camions sur les routes.
Comme médecin, je trouve ça hautement préoccupant, parce qu'on peut émettre l'hypothèse assez sérieuse que ce contournement des lois contribue à des décès et à des maladies qui sont évitables.

Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin de famille au CLSC Hochelaga-Maisonneuve
Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron
La pollution atmosphérique, c'est nocif pour à peu près tous les organes du corps, explique la médecin de famille. On parle de maladies pulmonaires, de maladies rénales, de maladies de peau, de problèmes de fertilité, de maladies cérébrales, de démence prématurée, de maladies cardiaques, etc.
Elle craint que les données et les modélisations de Santé Canada sous-estiment la pollution atmosphérique et son impact, si elles s'appuient sur l'idée que les systèmes antipollution des camions fonctionnent.
Selon Santé Canada, la pollution atmosphérique contribue annuellement à 4000 décès prématurés au Québec. Les coûts des impacts sanitaires de cette pollution s’élèvent à environ 30 milliards $ pour la province.
Tout le monde pense au tabac, mais on pense très peu à la pollution atmosphérique, dit la médecin. Elle pense qu'il y a des économies à faire pour le réseau de la santé en s'attaquant à la pollution atmosphérique.
Le transport routier est un des principaux contributeurs à la pollution atmosphérique. Les camions comptent pour 3 % du parc de véhicules, mais pour le tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) du transport.
Que fera le gouvernement?
Jeudi, après la diffusion de notre enquête, le ministre des Transports Jonatan Julien a eu une discussion avec la SAAQ et il a assuré que le gouvernement allait prendre les mesures nécessaires et serrer la vis.
Depuis, le cabinet du ministre Julien n'a pas souhaité faire plus de commentaires et nous a renvoyé vers le ministre de l’Environnement.
Le bureau de Benoit Charette nous a répondu par courriel : Nous suivons la situation de près et avançons de manière structurée et progressive : des ajustements réglementaires sont envisagés afin d’assurer une mise en œuvre efficace et un suivi adéquat, a-t-il écrit.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
La qualité de l’air est très importante pour notre gouvernement. Nous poursuivons le travail avec la SAAQ et nos partenaires pour évaluer la situation, renforcer les contrôles et veiller au respect des normes, car toute pratique illégale est inacceptable et doit être sanctionnée.
Lundi, le ministre Charette a annoncé un projet pour réduire les GES d'une usine en mettant de l'avant que cela allait retirer l'équivalent de 840 voitures de la circulation, ce que les partis d'oppositions ont trouvé ironique.
Un camion lourd génère quatre fois les GES d’un véhicule utilitaire sport, a écrit la porte-parole libérale en matière d'Environnement, Virginie Dufour, sur le réseau social X. L’annonce du projet chez Nordic Paper est une bonne nouvelle, mais c’est une goutte d’eau face aux impacts de l’inaction du gouvernement dans le dossier des systèmes antipollution des camions lourds.
Que des usines s’adaptent et obtiennent le soutien de Québec visant la carboneutralité, voilà qui est bien, a ajouté le porte-parole du Parti québécois en matière d'Environnement, Joël Arseneau. N’empêche que si le gouvernement de la CAQ faisait respecter le règlement sur les systèmes antipollution des camions lourds, c’est l’équivalent de milliers de camions lourds que l’on retirerait de la circulation.

Un inspecteur de la SAAQ vérifie la conformité d'un camion.
Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron
Une première réaction concernant les garages partenaires de l'État
L'enquête de Radio-Canada a révélé que certains garages accrédités par le ministère de l'Environnement ou mandatés par la SAAQ pour vérifier la conformité des systèmes antipollution des camions participaient à la fraude en offrant de désactiver ces systèmes.
Vendredi, le ministère de l'Environnement a retiré de son site web la liste des garages accrédités pour vérifier l'antipollution des camions.
Il y a présentement [une] révision de l’approche visant à lutter contre la pollution des camions lourds. Celle-ci sera rendue publique dès que possible.
Quant à la SAAQ, son porte-parole Simon-Pierre Poulin nous a écrit par courriel. Nous nous engageons à poursuivre notre travail avec toutes les parties impliquées, dont notre réseau de garages mandataires, pour faciliter le respect des normes antipollution, répond-il.
Invité à réagir à notre enquête, le bureau du premier ministre François Legault n'a pas répondu à notre demande.
C’est consternant
Cette mauvaise gestion n’est bonne pour personne, a réagi le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal
Photo : Radio-Canada
Pour moi, cela ajoute au constat assez global de démission du gouvernement face au besoin d’une gestion plus responsable du transport de marchandises, explique M. Pineau, qui étudie l'impact du parc automobile sur les GES.
La pollution de l’air est hors contrôle.
L'expert rappelle que la flotte de camions n’a cessé de croitre avec les années, malgré le fait qu'ils transportent moins de marchandises qu'auparavant.
Selon M. Pineau, il faudrait privilégier les transports maritime et ferroviaire qui coûtent moins cher et polluent moins. Ils sont 90 % moins énergivore par tonne-kilomètre que le transport routier, souligne-t-il.


2 months ago
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