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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEnviron la moitié des MRC et des agglomérations du Grand Montréal n'auront pas terminé à temps l'inventaire du patrimoine bâti commandé par Québec.
Le gouvernement leur avait pourtant donné un délai de 5 ans, soit jusqu'au 1er avril 2026, pour inventorier tous les bâtiments construits avant 1940 sur leur territoire.
C'est pour éviter la destruction de bâtiments patrimoniaux que Québec avait demandé en 2021 aux villes de se doter d'un règlement pour encadrer la délivrance de permis de démolition et d'un autre règlement sur l'entretien et l'occupation des bâtiments. Les MRC et les agglomérations avaient de leur côté hérité de la lourde tâche d'inventorier tous les bâtiments sur leur territoire.
La ministre de la Culture à l'époque, Nathalie Roy, répondait ainsi au rapport dévastateur de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc, qui avait dénoncé en juin 2020 la négligence du Québec envers son patrimoine bâti. Ce rapport faisait suite à une série de démolitions médiatisées, dont l'épicentre avait été la destruction de la maison du patriote René Boileau à Chambly en novembre 2018.

La maison Boileau quelques minutes avant sa destruction en 2018.
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
Dans la MRC de la Vallée-du-Richelieu, où se trouve la ville de Chambly, un inventaire partiel a été adopté par le conseil des maires, mais il reste du travail à faire. En fait, la MRC a commencé son inventaire. Pour l'instant, on a 1360 bâtiments qui ont été inventoriés. Il manquerait à peu près 700 bâtiments qui n'ont pas encore été analysés, soutient la coordonnatrice à l'aménagement du territoire à la MRC, Marie-France Jacques.
Les MRC de Deux-Montagnes, de Roussillon, des Moulins et de L'Assomption, de même que l'agglomération de Longueuil, sont dans la même situation.
Notre inventaire, on ne sera pas en mesure de l'adopter au 1er avril. On espère le faire dès que possible. C'est une question de quelques semaines afin qu'on puisse compléter tout le travail qui est quand même un travail d'envergure avec une méthodologie en fait assez imposante que le ministère de la Culture a proposée.
Les MRC de Vaudreuil-Soulanges et d'Acton ont même formellement demandé un délai supplémentaire au gouvernement du Québec.
Ce n'est pas de la délinquance. On a officiellement, par résolution, fait une demande de prolongation de délai de 5 mois pour adopter le premier inventaire du patrimoine immobilier de la MRC d'Acton. La MRC s'est quand même engagée dans sa résolution à le réaliser avant le 1er septembre 2026, précise le directeur du service de l'aménagement de la MRC d'Acton, Serge Dupont.
Les MRC ont utilisé des ressources externes pour faire leurs inventaires, par exemple l'Usine à histoire(s). Cet OBNL spécialisé dans la recherche en histoire et en patrimoine a travaillé sur sept inventaires.
Il y a eu un moment très occupé. Là, ça s'est un peu calmé, parce que je pense que tout le monde remarque qu'on ne va pas arriver au 1er avril avec tous les inventaires.

Julie Allard est directrice générale de l'Usine à histoire(s).
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
Les MRC de Marguerite-d'Youville et de Beauharnois-Salaberry ont de leur côté complété leur inventaire à temps. La Ville de Laval, qui a les compétences d'une MRC, l'a fait il y a déjà deux ans. L'agglomération de Montréal, de son côté, a adopté les derniers inventaires des arrondissements et des villes de l'île le 26 mars et peut donc dire mission accomplie.
Un retard sans conséquence?
Par courriel, le ministère de la Culture et des Communications rappelle que l'obligation de réaliser un inventaire est connue depuis plus de cinq ans et prévient que tant qu'ils n'auront pas été complétés, les municipalités seront privées de financement en rapport avec le patrimoine. Les immeubles qui ne sont pas inscrits dans un inventaire admissible ne seront pas admissibles au programme d’ententes en patrimoine à partir du 1er avril 2026.
En l'absence d'inventaire, les municipalités devront aussi aviser le ministère de la Culture et des Communications 90 jours à l'avance avant de délivrer tout permis de démolition pour des bâtiments construits avant 1940.
Le ministère signale que les immeubles inventoriés sont maintenant soumis à une réglementation particulière qui vise à les protéger.
D’abord, le règlement sur l’occupation et l’entretien des bâtiments vise à préserver l’intégrité, la sécurité et la salubrité en imposant des normes minimales d’entretien et de protection contre le dépérissement et les intempéries. Ensuite, le règlement sur la démolition d’immeubles donne un meilleur contrôle aux municipalités pour baliser la démolition des immeubles qu’elle a identifiés comme patrimoniaux, indique-t-il.

Ces maisons construites avant 1940 figurent à l'inventaire patrimonial de la MRC de la Vallée-du-Richelieu.
Photo : MRC de la Vallée-du-Richelieu
Un travail colossal
L'inventaire d'une seule MRC peut représenter 5000 heures de travail, précise la directrice générale de l'Usine à histoire(s), Julie Allard. Un travail de terrain est nécessaire pour photographier les bâtiments, car plusieurs MRC souhaitent rendre publics les immeubles les plus significatifs de leur inventaire.
Cela n'a pas toujours été facile, reconnaît Julie Allard. Même si les citoyens avaient été prévenus pas leur Ville que des employés pourraient passer photographier l'extérieur de leur résidence, certains ne voient pas cette démarche d'un bon œil.
Il y a deux grands types de réactions. Ceux qui ouvrent la porte pour nous donner des renseignements, puis ceux qui la referment parce qu'ils ne veulent pas être à l'inventaire pour toutes sortes de raisons, la crainte d'être classé. Puis là, on confond souvent un immeuble inscrit à l'inventaire [par rapport à] un classement : ce n'est pas du tout les mêmes conditions. D'autres craignent pour les assurances, car certains ont des difficultés à s'assurer.
Bien que l'inventaire soit terminé dans la MRC de Beauharnois-Salaberry, on se demande encore comment le mettre en valeur. Il reste, selon la responsable des communications, Marie-Andrée Gagnon, un travail de communication et de pédagogie à faire.
La mise en ligne de l’inventaire représentera des défis importants : structurer l’information, choisir la plateforme adéquate, s’assurer de respecter la vie privée tout en rendant le contenu accessible et compréhensible pour le grand public. Pour le moment, nous n’avons pas pris position quant à ces aspects, affirme-t-elle.

Dans plusieurs vieux quartiers de Montréal, comme ici sur le Plateau-Mont-Royal, ce sont presque tous les bâtiments qui ont été construits avant 1940 et qui figurent donc à l'inventaire (en mauve).
Photo : Capture d'écran de l'inventaire de Montréal
Dans plusieurs MRC, le montant investi pour faire ces inventaires dépasse les 100 000 $. Un fonds du gouvernement, le Programme d’ententes en patrimoine, permet d'aller chercher jusqu'à 60 % de la facture en subvention. Le ministère de la Culture et des Communications précise qu'à ce jour, plus de 10,7 millions $ ont été investis à cette fin.
Le gouvernement reconnaît que ces travaux d’inventaires sont les plus importants jamais menés au Québec, mais il affirme que l'effort en vaut la peine.
Les Québécois et les Québécoises bénéficieront d’un panorama complet du patrimoine immobilier sur leur territoire pour la première fois de leur histoire.
Pour Mathieu Dormaels, conseiller en patrimoine à la Ville de Laval et professeur associé au Département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM, ce travail d'inventaire est essentiel.
Le rapport du vérificateur général en 2020 était très éloquent à ce sujet. [....] C'est vraiment quelque chose qu'on apprend à l'université. Les premiers cours que l'on donne sur le patrimoine à nos étudiants, c'est qu'il faut d'abord connaître pour pouvoir protéger. Il n'y a pas de conservation du patrimoine efficace sans inventaire qui en permet la connaissance.

Cette grange-étable figure à l'inventaire de la MRC de la Vallée-du-Richelieu.
Photo : MRC de la Vallée-du-Richelieu
Pour la directrice générale de l'Usine à histoire(s), Julie Allard, le choix d'un critère de départ neutre, l'année 1940, permet de passer le patrimoine à travers le même tamis.
On ne part pas avec un présupposé, est-ce que l'immeuble a un intérêt ou pas? On détermine si l'immeuble est construit avant 1940 et, ensuite, on regarde les critères : est-ce qu'il est centenaire, est-ce qu'il est associé à un personnage important pour la localité, est-ce qu'il utilise des matériaux traditionnels, est-ce qu'il est témoin d'un savoir-faire particulier? Ce qui fait que tous les immeubles se retrouvent un peu sur le même pied d'égalité.
Cette démarche permet, selon elle, de ne pas oublier des bâtiments plus modestes qui ont un intérêt historique mais qui sont peut-être moins flamboyants d'un point de vue architectural.


2 months ago
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