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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayChaque matin, la collègue de Gabriella Adiwinata gare son véhicule à l'une des trois places faisant directement face à la garderie Shining Light Montessori de Vaughan, puis dépose des petits cônes à sa droite jusqu'à l'arrivée de Mme Adiwinata, la directrice de l'établissement.
Objectif : protéger les enfants du centre de garde d'un accident impliquant un véhicule. Mais c'est le plus que puisse faire la directrice de garderie depuis la tragédie qui a provoqué ce changement, soit la mort du jeune Liam Riazati lorsqu'un véhicule a percuté une garderie de Richmond Hill.
Et cette routine ne satisfait pas Gabriella Adiwinata.
Six mois après l'accident de Richmond Hill, les exploitants de centres de garde d'enfants en Ontario, comme Gabriella Adiwinata, attendent toujours de pouvoir installer des mesures de sécurité permanentes afin de mieux protéger les enfants sous leur supervision et réclament de la clarté de la part du gouvernement Ford.

La garderie Shining Light, à Maple, a une configuration semblable à celle de First Roots Early Education Academy, où l'accident a eu lieu.
Photo : Radio-Canada / Michael Cole
Mme Adiwinata se souvient d’avoir eu des frissons le 10 septembre 2025 lorsqu’elle a pris connaissance de ce qui s'était déroulé à la garderie First Roots Early Education Academy, située près de sa propre garderie, dans le quartier Maple de Vaughan, en banlieue de Toronto.
Je me suis sentie un peu coupable, car je n’ai jamais pensé que ce type de chose pourrait se produire. Évidemment, ça n'arrive pas souvent, mais il faut faire quelque chose.
La garderie gérée par Mme Adiwinata a une configuration semblable à celle de la First Roots Early Education Academy : un stationnement fait face à un côté de l’immeuble et les fenêtres sont fixées au ras du sol.
Mme Adiwinata a cherché à agir rapidement pour protéger ses bambins. Dès le lendemain de l’accident, elle a contacté la région de York, qui chapeaute le programme fédéral de garderies à 10 $ dont sa garderie est membre. La directrice voulait confirmer que l’installation de bornes serait remboursée par l'entremise du programme.
Ce faisant, elle prenait les devants sur une mesure que le ministre ontarien de l’Éducation exigera lui-même dans les jours qui suivent. Six mois plus tard, cependant, les bornes ne sont toujours pas installées, au désarroi de la directrice, qui demande à la province de simplifier la tâche des exploitants de garderies.
Une première lettre du ministre
Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a fait part de son intention de renforcer la sécurité autour des garderies dès le lendemain du drame. Il en a ensuite fait la demande officiellement aux responsables de centres de garde par écrit le 15 septembre.
Dans sa missive, le ministre a demandé aux responsables de garderies d’empêcher l’utilisation des places de stationnement qui posent un risque pour la sécurité des enfants.

Le ministre de l'Éducation, Paul Calandra, a écrit aux exploitants de garderie dans les jours suivant l'accident mortel. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui/CBC
Il a expliqué que toute place attenante aux installations de la garderie devait être bloquée, soit par des cônes ou par des véhicules appartenant aux membres du personnel, jusqu’à ce que des barrières spécialement conçues pour véhicules soient installées de façon permanente.
Il a aussi déclaré que tout titulaire de permis de service de garde d’enfants qui n’est pas propriétaire de ses locaux devait discuter avec [son] propriétaire. Si vous faites face à de la résistance ou si vous rencontrez des embûches, je vous demande de bien vouloir en faire part au ministère, a-t-il ajouté.
Le ministre Calandra a conclu sa lettre en offrant aux exploitants de garderies de joindre le Service d’assistance pour les services de garde d’enfants de la province s’ils avaient des questions ou des préoccupations. Les réactions ont été nombreuses, a constaté Radio-Canada.
Des dizaines de questions… et de photos
Entre le 15 septembre et le 6 octobre 2025, des dizaines de responsables de garderies de l’Ontario, dont Mme Adiwinata, ont répondu au ministre Calandra, s’interrogeant déjà sur le processus de remboursement, le type de barrière requise, envoyant même, dans certains cas, des photos de leur centre pour connaître la marche à suivre.
Radio-Canada a mis la main sur ces réponses à la lettre du ministre grâce à une demande d’accès à l’information.
Une exploitante de Kanata, dans la région d’Ottawa, remarque par exemple que le ministère ne précise pas quelles sont les exigences en matière de hauteur des barrières physiques. Comme vous savez, cela va avoir un impact sur TOUS nos stationnements, souligne Esther Seaman, du Kanata Research Park Family Centre. Je ne sais pas où je suis censée demander à nos parents de se garer.
La directrice de la garderie Oshi's Daycare d'Oakville raconte qu’elle a parlé à son propriétaire et que ce dernier lui a dit que la lettre du ministre est une suggestion, pas une exigence. Ils aimeraient qu’on leur dise [aux propriétaires] sur papier que c’est obligatoire, dit Nadia Cueva, selon le courriel obtenu par Radio-Canada.
Même les deux plus grandes municipalités de la province — Toronto et Ottawa — ont posé des questions à la province par courriel. Que voulez-vous dire par "attenante" dans ce contexte? demande une représentante de la Ville de Toronto, qui a aussi demandé la définition de barrières spécialement conçues pour véhicules.
Deux jours après l’accident, Nelson Yik, qui dirige une garderie à moins de 3 km de la First Roots Early Education Academy, en compagnie de sa conjointe, Jessica Yik, a lui aussi communiqué avec la province. Comme Gabriella Adiwinata, les Yik attendent toujours d’installer des mesures de sécurité.
Je me rappelle avoir paniqué
Jessica Yik est à la garderie EYES Childcare Richmond Hill Montessori presque tous les jours. Mais le jour des événements, le 10 septembre, le hasard a fait en sorte qu’elle avait quitté le centre d’avance pour se rendre à un rendez-vous. Elle n'a été informée de l’accident que vers 16 h 30, quand un ami l’a contactée. Mme Yik a ensuite immédiatement appelé sa superviseure.
Je me souviens d'avoir paniqué. Mais elle m’a dit que tout était en règle, que tout le monde était correct.

Jennifer Yik est directrice de la garderie EYES Childcare Richmond Hill Montessori.
Photo : Radio-Canada / Étienne Lajoie
Jessica Yik et son conjoint se rappellent avoir été ravis d’aménager en 2024 dans les locaux d’environ 604 mètres carrés à cause des grandes fenêtres qui permettaient aux enfants de baigner dans la lumière naturelle. Soudainement, ce qui devait être un atout pour la garderie s'est métamorphosé en faiblesse.
Qu’allons-nous faire? Comment allons-nous garder nos bambins en sécurité? s’est interrogée Mme Yik.
Nelson Yik a contacté le gouvernement l'après-midi du 17 septembre pour connaître les exigences du ministère pour les bornes et pour savoir si les mesures de sécurité feront l’objet d’inspections de la province.
Pour l’instant, pour répondre aux directives du ministère, la garderie place des cônes sur certaines places de stationnement sur le côté de l’édifice. Le reste des places directement adjacentes aux installations de la garderie — qui comprennent une cour arrière, où jouent les enfants — sont occupées par les véhicules du personnel.

Jessica et Nelson Yik ont, pour l'instant, placé des cônes sur certaines places de stationnement.
Photo : Radio-Canada / Michael Cole
Nous avons un trottoir de 25 cm et de 45 à 60 centimètres de mur sous la fenêtre, mais ce n’est pas suffisant pour notre paix d’esprit, décrit Jessica Yik.
Les réactions devant l’obstruction des places de stationnement ont été mitigées parmi la clientèle du centre commercial où se situe la garderie, admet Mme Yik : certains clients ont retiré les cônes pour se garer ou se sont tout simplement stationnés entre eux. Mais d’autres lui ont dit qu'ils étaient heureux que les enfants soient en sécurité.
Les parents [de la garderie] étaient satisfaits que nous ayons une solution temporaire, mais ils veulent une solution permanente, explique Jessica Yik.
Quelle solution permanente?
Jessica Yik et Gabriella Adiwinata naviguent maintenant dans une certaine incertitude par rapport aux prochaines étapes, six mois après l’accident, maintenant qu’elles ont répondu aux demandes de la lettre du 15 septembre.
Mme Yik attend d’obtenir l’autorisation du gouvernement et de son propriétaire pour installer des bornes d'un côté de ses locaux. Nous attendons encore les plans de la part du propriétaire, explique-t-elle. Nous devons savoir exactement ce que nous installerons pour nous assurer que le ministère donnera son feu vert, explique-t-elle.
La directrice attend aussi de déterminer comment la garderie paiera pour ces bornes, dont la facture s'élèvera à environ 30 000 $. C’est une somme importante, admet Jessica Yik. La garderie veut évidemment se faire rembourser. La direction de l'établissement espère obtenir plus de renseignements quant au financement provincial.
La garderie pensait avoir déniché une solution quand, en décembre, la province a envoyé une nouvelle lettre aux exploitants concernant la sécurité des garderies, mais le document n’offrait pas la résolution espérée.
Dans cette plus récente missive, l’Ontario informe les garderies qu’un fonds de 20 millions $ a été créé afin de financer l’installation de barrières de sécurité temporaires en béton et que ces dernières seront installées sans frais par un fournisseur préapprouvé. Dans un courriel ultérieur, envoyé en mars, la province fait finalement référence à plus d’un fournisseur.
L’initiative, dit la province en décembre, vise les centres qui n’ont pas encore été en mesure d’installer des barrières de sécurité. En revanche, les garderies qui ont déjà installé des barrières ne seront pas remboursées, indique alors la sous-ministre adjointe à l’Éducation, Holly Moran.
La garderie de Jessica Yik ne peut toutefois pas installer ce type de barrière temporaire (aussi appelées barrières Jersey) devant son édifice en raison de la largeur du trottoir. Mme Yik estime qu’il aurait été préférable de toucher du financement pour une solution permanente que de l’argent pour des barrières temporaires.
La situation à Toronto
La Ville de Toronto gère directement 39 centres de la petite enfance. La Municipalité a évalué le niveau de sécurité de chacun et déterminé que la configuration de 25 d’entre eux posait un risque moyen ou élevé. La Ville a augmenté la sécurité de 16 d’entre eux avec des panneaux et des barrières temporaires. Les neuf restants nécessitent soit l’approbation des propriétaires ou des changements plus importants. La Ville envisage des améliorations à long terme pour certains centres, comme des bornes ou des clôtures, écrit Kate Lear, une porte-parole.
Les mesures ont jusqu’à maintenant coûté près de 25 000 $.
Garder les choses simples
Gabriella Adiwinata ne comprend pas pourquoi la province ne permet pas aux garderies de se faire rembourser les barrières par l’entremise du système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (le programme de garderies à 10 $), qui permet déjà aux exploitants d'être indemnisés certaines dépenses.
À la fin septembre, Mme Adiwinata a obtenu une estimation de quelques milliers de dollars pour les travaux d'installation de bornes de la part d'un entrepreneur local. Elle juge qu'il serait plus simple de payer elle-même l'entrepreneur, puis de se faire rembourser, plutôt que de miser sur un fournisseur sélectionné par le gouvernement ontarien.
Elle estime aussi que la province devrait présenter une mesure législative afin d’encourager les propriétaires à installer des barrières. Cela aiderait beaucoup, dit-elle.

Gabriella Adiwinata est la directrice de la garderie Shining Light Montessori School, à Maple.
Photo : Radio-Canada / Étienne Lajoie
Le 16 mars, l’Ontario a présenté une proposition de modification réglementaire qui exigerait que les centres de garde d'enfants agréés veillent à ce que le centre et son espace de jeu extérieur soient protégés par des barrières physiques. Si l’utilisation de telles barrières est impossible, les titulaires seraient tenus de faire appel à un professionnel agréé pour effectuer une évaluation de la menace, lit-on en ligne.
Cependant, les centres de garde d'enfants existants ne seront pas visés par ces modifications proposées, indique la proposition.
Nous sommes en mars, six mois après l’accident, et il n’y a rien de nouveau.
Dans un courriel, une porte-parole du ministre Calandra, Emma Testani, affirme que la sécurité des enfants et du personnel demeure la priorité absolue du gouvernement. Elle rappelle le lancement imminent du fonds de 20 millions $.
Plus complexe qu’on le pense
Andrea Hannen, directrice générale de l'Association des exploitants de garderies de l'Ontario, affirme qu’il pourrait être plus complexe qu’on le pense d'établir un processus de remboursement lié au programme de garderies à 10 $.
Elle exprime une certaine inquiétude par rapport aux retombées possibles d’exigences de sécurité particulières pour les garderies. Elle estime qu’il serait préférable d’avoir des contraintes s’appliquant, par exemple, à tous les petits centres commerciaux, sans quoi les propriétaires pourraient être moins tentés de louer leurs espaces à des centres de garde.
Nous devons attendre et voir [ce que fera le gouvernement]. Pour l’instant, ce sont des hypothèses, dit-elle.
Mme Adiwinata, de la garderie Shining Light, explique qu'elle a discuté de l’installation des bornes avec son propriétaire à l’automne, mais qu’une fois l’hiver arrivé, il n’était plus possible de planter les poutres de toute façon en raison du froid.
Je sais que le gouvernement a beaucoup de pain sur la planche. Ce n’est pas de mon ressort, mais je pense qu’ils pourraient simplifier les choses, conclut-elle.


2 months ago
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