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Réalisatrice d’un film finaliste aux Oscars en 1993, Joyce Borenstein n’est pourtant pas, par la suite, devenue votante pour les Oscars, comme c’est habituellement le cas. Cette injustice a été réparée et cette cinéaste d’animation a enfin pu participer au choix des lauréats cette année.
Joyce Borenstein a passé des heures dans son appartement de la région de Montréal, entourée des tableaux de son père, le célèbre peintre Sam Borenstein, à visionner attentivement tous les films nommés aux Oscars.
Nouvellement élue membre de l'Académie des arts et des sciences du cinéma, elle a pu voter dans les 24 catégories, contribuant ainsi à désigner les lauréats des statuettes de bronze plaquées or 24 carats, qui seront remises dimanche lors de la 98e cérémonie des Oscars.
Si Joyce Borenstein n’est qu’une des 11 000 personnes à être membres de l’Académie, voter pour les Oscars revêt une immense importance symbolique pour elle.
Le court documentaire d’animation Les Couleurs de mon père, qui retrace la vie de son père, Sam Borenstein, avait été nommé aux Oscars en 1993.
Normalement, les personnes en nomination aux Oscars sont automatiquement invitées à rejoindre l'Académie, l'organisme des professionnels de l'industrie cinématographique qui décerne les prix.
Toutefois, Joyce Borenstein n'a pas été invitée à en faire partie dans les années 1990, car, bien qu'elle soit la réalisatrice de ce documentaire, seuls les deux producteurs du film figuraient au générique. De nature introvertie, elle n'avait pas protesté à l'époque.
J'ai été très déçue, a-t-elle confié lors d'une récente entrevue à son domicile de Westmount. C'était une grande déception, une source de tristesse.
Un sentiment de revanche et d'apaisement
Trente-trois ans plus tard, Mme Borenstein revient aux Oscars en tant que membre de l'Académie avec un sentiment de validation et d'apaisement après une carrière émotionnellement difficile.
C'est un événement positif parmi toutes les expériences moins agréables que j'ai vécues, a-t-elle expliqué, précisant qu'elle était très timide quand elle était plus jeune.
Joyce Borenstein a pris un grand soin – et beaucoup de temps – à choisir pour qui voter aux Oscars.
Alors qu'auparavant, les membres recevaient une pile de DVD par la poste, les films sont désormais mis en ligne sur une plateforme de diffusion en continu dont le serveur est hautement sécurisé, ce qui permet à l'Académie de vérifier quels films ont été visionnés par ses membres.
Désormais, il est obligatoire d’avoir vu l’ensemble des films nommés dans chacune des catégories dans laquelle un membre vote.
La liste complète des 11 000 membres habilités à voter aux Oscars que compte l’Académie dans le monde n'est pas publique.
Les professionnels du cinéma non nommés aux Oscars peuvent néanmoins être autorisés à voter s'ils sont parrainés par deux membres de leur profession. Les pairs de Joyce Borenstein, eux-mêmes membres de l'Académie, l'ont ainsi encouragée à constituer un portfolio de son travail et lui ont proposé de parrainer sa candidature.
Et voilà, c'est arrivé! s'exclame-t-elle avec fierté. Cela a vraiment tout changé dans mon bonheur, car ma carrière est très importante pour moi, et mes films sont comme mes enfants.
À l'Office national du film, Joyce Borenstein a notamment réalisé des adaptations animées du poème Travellers Palm (1969) de la poétesse canadienne P.K. Page. Au fil des ans, elle a poursuivi avec de courts métrages documentaires biographiques animés et, en 2017, elle a sorti Lida Moser, photographe : odyssée en noir et blanc, un film d'animation qui retraçait le voyage de cette photographe new-yorkaise à travers le Québec des années 1950.
Une vague de nominations montréalaises dans les années 1990 et 2000
Le professeur David Douglas, de l'École de cinéma de l'Université Concordia, estime qu'environ 9000 membres de l'Académie votent chaque année pour les Oscars. Plusieurs de ses collègues, comme Joyce Borenstein, qui a enseigné à Concordia dans les années 1990 et 2000, ont rejoint l'Académie ou ont eux-mêmes été nommés, notamment les cinéastes indépendants Wendy Tilby et Chris Hinton.
Il y a eu une vague de nominations soudaines autour de Concordia [dans les années 1990 et 2000]. C'était vraiment excitant, a expliqué M. Douglas.

Denys Arcand lors de la cérémonie des Oscars en 2004.
Photo : AFP / Laura Rauch
En 2004, Denys Arcand est devenu le premier et unique réalisateur québécois à remporter un Oscar pour un long métrage avec Les Invasions barbares. Parmi les Canadiens notables qui ont remporté un Oscar, on compte Mary Pickford, James Cameron, Christopher Plummer, Sarah Polley et Paul Haggis.
L'ONF, en tant qu'institution, a certainement reçu de nombreuses nominations. Nous en avons reçu une autre cette année, a ajouté M. Douglas en faisant référence à La jeune fille qui pleurait des perles, ce film de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski en lice cette année pour l’Oscar du meilleur court métrage d’animation.
M. Douglas affirme que si l'Académie a su préserver le mystère qui entoure ses membres, elle a aussi assaini ses pratiques après des scandales, notamment lorsqu'il a été révélé que certains votants n'avaient pas vu les films en lice. L'Académie fait également davantage de place au cinéma non américain en acceptant un nombre croissant de films indépendants et en devenant plus inclusive, a ajouté M. Douglas.
Joyce Borenstein partage cet avis et se réjouit de voir les Oscars s'internationaliser. Elle espère que les jeunes cinéastes canadiens trouveront l'inspiration nécessaire pour persévérer dans ce qu'elle décrit comme une industrie difficile et compétitive.
Soyez dévoués. Soyez passionnés. Nous avons besoin d'autant d'expressions et de films qu'il y a de cinéastes, a-t-elle affirmé.
Avec les informations de La Presse canadienne


2 months ago
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