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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayQue se passe-t-il avec les droits de télédiffusion du Canadien de Montréal? Parce que cette question englobe des enjeux sportifs et sociétaux (la force des médias francophones), cette question revient sans cesse dans le monde du hockey par les temps qui courent. Et plus le temps passe, plus le mystère s’épaissit.
Dans le monde de la télévision, les choses se préparent longtemps à l’avance. Peu importe leur créneau, les dirigeants des chaînes doivent se projeter assez loin dans le temps pour meubler leur programmation.
À titre d’exemple, pour bâtir sa grille horaire, une chaîne généraliste doit acquérir les droits sur des séries qui nécessitent ensuite beaucoup de temps pour être écrites, tournées, montées, vendues aux agences publicitaires et promues auprès du public avant de se retrouver à l’écran.
À Radio-Canada/CBC, la préparation de la diffusion d’un grand événement comme les Jeux olympiques – qui ne durent que deux semaines – mobilise des dizaines d’employés à temps complet et nécessite au moins deux ans de préparation minutieuse.
Pour les chaînes sportives, les opérations quotidiennes ne peuvent pas être improvisées non plus. L’acquisition des droits de télédiffusion des ligues et des équipes coûte un bras, une jambe et un rein. En même temps, cet exercice est essentiel pour remplir une grille horaire valable et maintenir l’intérêt des abonnés.
Une fois que ces ententes totalisant des centaines de millions de dollars sont conclues, les équipes de vente des chaînes sportives doivent se virer de bord et vendre cette programmation aux annonceurs. Or, négocier de multiples contrats publicitaires à coups de millions nécessite aussi beaucoup de temps.
Pour toutes ces raisons, il est énormément question des droits de télévision du Canadien par les temps qui courent. Dans le milieu, les gens ne parlent que de ça.
Les droits francophones du Tricolore figurent parmi les plus précieux dans le monde du hockey. Pourtant, alors que s’écoulent les dernières semaines de la saison 2025-2026, la moitié de ces droits sont encore invendus en vue de la saison prochaine et des années subséquentes. C’est du jamais vu.
Comment a-t-on pu en arriver là?
Le 2 avril 2025, il y a près d’un an, Rogers Communications et la LNH ont annoncé une nouvelle entente de 12 ans, d’une valeur de 11 milliards de dollars, qui fera de Sportsnet le télédiffuseur national canadien pour 12 ans, soit à compter de la saison 2026-2027 jusqu’à la conclusion de la saison 2037-2038.
Cette nouvelle entente succédera au contrat de 12 ans, couvrant les saisons 2014-2015 à 2025-2026, qui lie Rogers Communications et la LNH pour encore quelques semaines. Il y a 12 ans, Rogers avait déboursé 5,2 milliards de dollars pour détenir les droits de télédiffusion canadiens de la LNH. Si l’on tient compte de l’inflation, Rogers vient donc d’accepter de payer près de 60 % plus cher pour se les réapproprier.
Quand Rogers avait acquis les droits de télédiffusion nationaux de la LNH il y a 12 ans, le contrat comprenait les droits francophones. Rogers avait ensuite revendu cette portion de son catalogue à TVA Sports pour une somme estimée à quelque 800 millions de dollars. TVA Sports avait ainsi acquis les droits de présentation de 22 matchs du Canadien en saison (principalement les samedis soirs) ainsi que des matchs des séries.
Le marché francophone étant plus restreint, et le phénomène du débranchement du câble s’étant accentué, cette entente s’est avérée catastrophique pour TVA Sports. À l’assemblée des actionnaires du Groupe TVA en mai 2025, le président Pierre Karl Péladeau a fait valoir que son réseau avait cumulé des pertes de 230 millions de dollars dans cette aventure et qu’il n’avait pas l’intention de récidiver.
TVA Sports n’aura pas les moyens ni les modèles économiques pour payer les montants colossaux que la Ligue nationale de hockey demande pour les droits nationaux de diffusion des matchs de hockey, selon ce que nous comprenons de l’entente récemment intervenue entre Rogers/Sportsnet et la direction de la LNH, avait alors déclaré M. Péladeau.
Quelques mois après cette déclaration, en novembre 2025, le Groupe TVA a procédé à une vague de 87 licenciements qui portait à près de 800 le nombre de postes abolis au sein de l’entreprise depuis 2023. Pour optimiser les opérations de Groupe TVA, le siège social de la rue Maisonneuve a par ailleurs été délaissé et les activités ont été relocalisées dans l’ancien édifice du Journal de Montréal, sur la rue Frontenac.
Beaucoup de gens croient que Groupe TVA ne serait pas devenu déficitaire si l’entreprise n’avait pas vidé ses coffres pour remplir ceux de la LNH.
Peu importe, le prix des droits nationaux détenus par Sportsnet étant passé de 5,2 à 11 milliards de dollars, il apparaît effectivement surréaliste que TVA Sports puisse suivre cette spirale inflationniste.
En ce qui concerne les droits de télédiffusion régionaux du Canadien (60 matchs de saison ainsi que les rencontres préparatoires), ils sont détenus depuis 2014 par RDS. Cette entente de 12 ans viendra à échéance dans trois semaines avec la présentation du dernier match de calendrier du Canadien.
Avant la naissance de TVA Sports, la chaîne spécialisée de Bell Média jouissait d’un monopole et s’avérait l’une des plus rentables au Canada. Or, en raison de la féroce concurrence de TVA Sports, RDS a dû depuis 2014 débourser deux fois plus d’argent pour présenter moins de matchs du Canadien.
Aussi aux prises avec le phénomène du débranchement du câble, RDS a vu ses profits s’étioler au fil des ans. Si bien qu’en 2024, pour la première fois de l’histoire, RDS a vu son déficit (20,3 millions de dollars) surpasser celui de TVA Sports (15,4 millions de dollars). Ces chiffres étaient rapportés en juillet dernier par l’excellent confrère Richard Dufour, de La Presse.
La situation de RDS diffère toutefois de celle de TVA Sports en ce sens que la chaîne sportive anglophone de Bell Média, TSN, dégage encore des profits importants.
Le 10 octobre 2025, Bell Média (RDS et TSN) et le Canadien ont annoncé le prolongement à long terme de leur entente de diffusion des matchs régionaux du Canadien.
À partir de la saison prochaine, RDS ne diffusera toutefois que quatre matchs préparatoires et 45 matchs de saison. Si l’on tient compte du fait que le calendrier comportera 84 matchs à compter de la saison prochaine, il y a donc 39 matchs de saison (en langue française) qui n’ont encore été attribués à personne! Sans oublier les matchs de séries qui sont ceux qui génèrent les plus grands auditoires.
TSN diffusera pour sa part 50 matchs régionaux du Canadien à compter de la saison prochaine.
Dans le reste du Canada, la question des droits de télédiffusion nationaux et régionaux des autres équipes est entièrement réglée pour de nombreuses années à venir. À une seule exception : les Sénateurs d’Ottawa, qui ne sont pas encore parvenus à conclure d’entente pour leurs droits en français et en anglais.
Certains estiment que la situation des Sénateurs ne sera résolue que lorsque l’impasse concernant les droits du Canadien sera dénouée. Les deux équipes qui ont des matchs en français à vendre peinent donc à régler cet important aspect de leurs activités commerciales.
Au bout du compte, il n’est pas nécessaire de faire une longue enquête pour comprendre que Sportsnet et la LNH ont frappé un mur lorsque la question du renouvellement des droits nationaux a été abordée avec les dirigeants de Quebecor et de Groupe TVA.
Mais quel genre de mur?
Pierre Karl Péladeau a-t-il l’intention de mettre la clé sous la porte de TVA Sports comme il l’avait laissé entendre le printemps dernier? Ou essaie-t-il de négocier une meilleure entente que celle conclue il y a 12 ans?
Dans le milieu, certains spéculent par ailleurs sur la possibilité que TVA Sports soit vendue à Sportsnet. Ce scénario, qui reproduirait la situation prévalant chez Bell Média avec RDS et TSN, avait été évoqué dans cette chronique en 2023.
Rogers, qui possède Sportsnet et toutes les équipes professionnelles de Toronto, est à la tête de l’un des plus grands empires sportifs sur la planète. Mais sa présence est plutôt restreinte au Québec.
Chose certaine, avant de faire mordre la poussière à TVA Sports, la LNH doit y réfléchir par deux fois. Gary Bettman a intérêt à ce que les réseaux compétiteurs restent en vie pour maximiser la valeur des droits qu’il a à offrir.
Aux yeux de la plupart des observateurs, le fait que RDS ait accepté de se porter acquéreur de seulement 45 matchs de saison du Canadien, soit seulement 75 % des matchs qu’il détenait auparavant, témoigne de la situation financière de la chaîne de Bell Média.
Il y a sans doute du vrai là-dedans.
Toutefois, une source bien au fait du dossier fait valoir que la LNH et le Canadien semblent enclins à explorer un modèle d’affaires différent de la traditionnelle répartition (60 matchs régionaux et 22 matchs nationaux auxquels s’ajoutent les séries) préconisée depuis toujours.
Après tout, les matchs dits nationaux n’ont pas la même valeur au Québec que dans le reste du Canada.
Le samedi soir, Sportsnet peut facilement meubler six heures d’antenne en présentant successivement des matchs des Maple Leafs de Toronto et des Oilers d’Edmonton. Et durant les séries, le niveau d’intérêt des Canadiens anglais reste quand même assez élevé tant qu’une équipe canadienne reste en vie.
Au Québec, c’est le sort du Canadien qui intéresse les amateurs. En suivant cette logique, et compte tenu des ressources financières des diffuseurs francophones, il est peut-être avantageux de répartir la tarte différemment et de faire entrer de nouveaux joueurs dans le portrait.
Il y a quelques semaines, juste avant les Jeux olympiques de Milan-Cortina, le PDG de Bell, Mirko Bibic, se disait toujours intéressé, à un prix acceptable, à mettre la main sur les droits nationaux des matchs du Canadien.
M. Bibic a ensuite expliqué que Bell estimait que RDS n’allait pas perdre d’abonnés s’il conservait 45 matchs du Tricolore au lieu de 60. Les abonnés constituant la plus importante portion des revenus des chaînes câblées, ce calcul n’est pas insignifiant.
D’autant plus que Bell possède une autre chaîne, Crave, qui a connu une hausse de popularité particulièrement forte au Québec au cours des dernières années. Si le nombre d’abonnés de RDS est sécurisé, ne serait-il pas judicieux de faire croître encore davantage le nombre d’abonnements à Crave en y transférant des matchs?
Ce scénario a aussi flotté dans l’air ces derniers temps.
Un vieil adage veut que la patience soit une vertu essentielle dans le cadre de négociations. Si c’est le cas, on peut probablement en déduire que les parties impliquées dans les négociations des droits de télédiffusion du CH ont été poussées dans leurs derniers retranchements.
Interrogé à ce sujet en Floride ces derniers jours dans le cadre d’une réunion des directeurs généraux, le commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly, a déclaré à un confrère du 98,5 FM que la ligue espère annoncer très bientôt la conclusion d’une entente.
Les partisans du Canadien n’ont pas à s’inquiéter. Ils auront accès aux matchs de l’équipe en français. C’est certain, a précisé Daly, avant d’ajouter qu’il ne souhaitait pas entrer dans les détails.
Du côté du Canadien, on reprend exactement la même formule. Il n’y a pas d’inquiétude à y avoir. Tous les matchs continueront d’être diffusés en français.
Et tout cela nous ramène à la question qui tue : qui a les moyens de s’offrir les droits du Canadien?
Chose certaine, il est temps que cette conversation se termine. Parce qu’il se fait tard, estiment des gens bien au fait du dossier.


2 months ago
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