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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDes travailleurs de l'industrie culturelle québécoise dénoncent une situation financière de plus en plus précaire. Dans le milieu de la musique classique, des interprètes et des orchestres peuvent s'appuyer sur une tradition philanthropique bien ancrée pour traverser cette tempête. Cette pratique pourrait-elle aider d'autres secteurs artistiques?
Selon les plus récentes données tirées du recensement de 2021, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec révèle que le revenu d’emploi médian des artistes pour l’année 2020 était de 26 631 $, soit près de 15 000 $ de moins que le revenu médian de tous les Québécois cette année-là.
Je n’ai jamais compté l’argent que je ne me suis pas versé, mais si je compte l’argent que j’ai dû débourser, l’argent visible, ça dépasse 100 000 $, lance l’auteur et acteur Steve Gagnon.

L'auteur et acteur Steve Gagnon était de passage dans les studios d'ICI Musique.
Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon
La carrière de l’artiste de 40 ans va bien : une quinzaine de ses œuvres ont été publiées depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec, en 2008.
On l’entend à la radio, on le voit à la télévision, il joue au théâtre et présente aussi ses propres créations, notamment avec la compagnie qu’il a cocréée, le Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline. Mais tout cela n’est pas gage de succès financier.
C’est arrivé très rarement que je produise un spectacle et que j’arrive à me payer. Très, très rarement.
Steve Gagnon est conscient de sa chance : ses revenus lui ont permis d’investir de l’argent dans ses propres productions, ce qui n’est pas le cas de la majorité des créateurs québécois. Il confie avoir vu une collègue, une grande créatrice, metteuse en scène et autrice pleurer de joie en recevant une subvention de quelques milliers de dollars pour un projet.
Elle se disait : "En ce moment, je ne fais pas de voix, je ne fais pas de télé, je vais faire 15 000 $ cette année, je ne peux pas faire la mise en scène d'un spectacle qui, en plus de ne pas me payer, va peut-être me coûter de l'argent", raconte-t-il.
L’impact d’une mécène
Le violoncelliste québécois Stéphane Tétreault a une réputation internationale. En plus de se produire avec de grands orchestres partout dans le monde, il a joué sur des dizaines d'albums depuis le début de sa carrière.
Son succès, il le doit en partie à sa mécène aujourd’hui décédée, Jacqueline Desmarais, qui a acquis, spécialement pour lui, un instrument de grande qualité.

Le violoncelliste québécois Stéphane Tétreault et son stradivarius.
Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon
C'est un violoncelle stradivarius de 1707, un violoncelle absolument magnifique, que j'ai la chance de jouer depuis 2012, explique-t-il. Un prêt qui a compté pour beaucoup, selon le virtuose.
Ça a complètement changé ma carrière au niveau des médias, au niveau de la visibilité, au niveau des diffuseurs, des orchestres, des directeurs musicaux qui se sont intéressés à moi et à ma carrière davantage, parce qu’il y avait une carte de visibilité hors norme avec un stradivarius comme ça.
Le professeur de marketing à HEC Montréal et cotitulaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux, Renaud Legoux, confirme que les pratiques philanthropiques sont mieux ancrées dans certains milieux, comme celui de la musique classique. Il estime toutefois que ce n’est pas seulement une question de tradition.
L’un des enjeux qu’on a, c’est que, pour faire de la philanthropie, il faut dédier des ressources. Ça demande une certaine gestion administrative et fiscale, puis ça fonctionne mieux quand on a des professionnels de la philanthropie.
Par exemple, en musique classique, un orchestre symphonique, c’est une organisation de grande taille, comparativement à une troupe de théâtre qui fonctionne plus par projet. Donc, la compagnie théâtrale a plus de difficulté à développer une capacité philanthropique, à avoir une personne à temps plein, par exemple, qui s’occupe de philanthropie, détaille-t-il.
Faire plus avec moins
Selon Steve Gagnon, les théâtres institutionnels sont aussi aux prises avec une situation financière précaire, ce qui ne leur laisse pas la marge de manœuvre pour aider des productions à boucler leur budget et payer décemment ceux et celles qui donnent vie aux spectacles. Il estime pourtant que les sommes nécessaires pour permettre à ces créateurs d’être payés décemment ne seraient pas très élevées.
En théâtre, ça ne coûte pas très cher. On est loin du spectacle d'opéra qui coûte un million de dollars, on est loin du déplacement de l'artiste, on est loin du stradivarius qu'on achète. Je veux dire, 50 000 $, des fois, ça change tout. Ces mécènes-là n'auraient pas de grands, grands dons à faire, plaide-t-il.
Le créateur reste quand même frileux à l’idée de donner plus de place au secteur privé dans l’écosystème culturel québécois, de peur de voir les gouvernements réduire les investissements publics. Le professeur Renaud Legoux ne partage pas cette crainte.
La philanthropie évincerait le financement public? Il n’y a pas d’études qui ont été faites au Québec en tant que telles, mais, globalement, la littérature ne supporte pas ce principe d’éviction-là.
Au Québec, il existe des fonds privés – et publics – qui fonctionnent grâce à des incitatifs fiscaux qui visent à faciliter les dons des particuliers. Par exemple, le programme privé Mécénat Musica, ou celui du gouvernement du Québec, Mécénat Placements culture.
Toutefois, pour que ces mesures changent réellement la donne, il faut d’abord que la philanthropie, le mécénat, suscite l’intérêt.


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