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Négociations commerciales avec les États-Unis : vers une entente pour le 19 août?

3 hours ago 3

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L’entrée en vigueur de droits de douane supplémentaires de 50 % sur les exportations canadiennes, prévue pour le 19 août, constitue une « ligne rouge » pour le Canada dans les négociations avec les États-Unis, selon Jean Charest, ex-premier ministre du Québec et membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis.

Ottawa répliquerait à ces tarifs, a-t-il affirmé, même si la réponse n’a pas encore été déterminée.

D'ici à cette date, les négociateurs canadiens et américains ont prévu de se rencontrer quotidiennement pour tenter de parvenir à une entente.

En entrevue à l’émission Les faits d’abord samedi, M. Charest a expliqué que les négociateurs canadiens ont dit à leurs homologues américains être prêts à regarder des sujets qui [les] intéressent.

En retour, a-t-il ajouté, les États-Unis doivent bouger sur les tarifs spéciaux [qu'ils ont] mis sur l’acier, l’aluminium, les voitures, sur le bois d’œuvre et les produits dérivés du bois.

Idéalement, on veut qu’ils les enlèvent, a-t-il dit. Il faut qu’ils bougent là-dessus. S’ils ne bougent pas là-dessus, il n’y aura pas de concessions additionnelles.

Un homme gesticule dans un bureau devant un drapeau du Canada.

Jean Charest faisait déjà partie du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis lors de sa première mouture, sous Justin Trudeau. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

En revanche, M. Charest admet que l’imprévisibilité du président américain accroît l'incertitude quant à la conclusion d'un accord pour faire annuler ou réduire ces tarifs.

On tempère notre enthousiasme, parce que c’est Donald Trump, a-t-il déclaré, questionné sur les chances de parvenir à une entente avant le 19 août.

Au cours des derniers mois, Ottawa a fait des concessions, notamment en acceptant de payer, à la place des diffuseurs numériques, sa propre taxe pour le contenu canadien, et en cédant la moitié des profits nets du péage sur le nouveau pont Gordie-Howe. Celles-ci n’ont tout de même pas été suffisantes pour empêcher l’annonce de nouveaux tarifs le 20 juillet.

Non, ça n’a pas donné les résultats qu’on espérait. On a fait des choses de bonne foi, mais on a quand même fait des contre-tarifs. On est le seul pays, avec la Chine, à avoir fait des contre-tarifs contre les Américains.

Cette stratégie d'effectuer des concessions sans obtenir en retour de garanties de Washington a été décriée par le chef de l’opposition, Pierre Poilievre. De passage à Terre-Neuve-et-Labrador plus tôt cette semaine, le chef conservateur a déclaré que le premier ministre devrait se concentrer sur des résultats.

D’un côté, M. Carney continue de faire des concessions. De l’autre côté, M. Trump continue d’augmenter les tarifs sur le Canada. Je ne comprends pas, on ferait des concessions avant même d’arriver à la table de négociation. M. Carney est en train de gaspiller nos leviers de négociation même avant de commencer des négociations, a-t-il ajouté.

Pierre Poilievre.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, de passage aux 208e Régates royales de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 5 août 2026. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

M. Charest reconnaît également que ces contre-tarifs peuvent faire mal à certains secteurs de l’économie canadienne. Cependant, il nuance en déclarant que, malgré les désaccords économiques actuels, le Canada tire son épingle du jeu dans les négociations avec Washington.

Le Canada est le pays qui, sur l’ensemble de l’œuvre, a quand même le meilleur traitement de tous les autres pays sur la planète avec les Américains. Encore une fois, pas une consolation si vous perdez votre job, mais c’est ça la réalité, a-t-il affirmé.

Pas d’alcool américain sur les tablettes sans résultats concrets

Afin de parvenir à une entente d’ici le 19 août, Ottawa est notamment ouvert à lever l’interdiction de la vente des alcools américains et à faire des concessions dans le secteur laitier.

Mais la première ministre du Québec, Christine Fréchette, et son homologue du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, exigent de voir des résultats avant de remettre l’alcool américain sur les tablettes.

La vente d’alcool étant une compétence provinciale, M. Charest a déclaré que le gouvernement fédéral reconnaît que les provinces prendront la décision de remettre ou non l’alcool américain sur leurs tablettes. Il note toutefois l’importance de coordonner nos décisions de négociation entre le fédéral et les différents gouvernements provinciaux.

Christine Fréchette ne remettra pas les produits américains sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ) sans entente équitable avec les États-Unis. La vente d’alcool relève exclusivement du gouvernement du Québec. C’est le Québec, et seul le Québec, qui prendra une décision, a ajouté le cabinet de la première ministre québécoise dans un courriel vendredi.

Christine Fréchette sourit devant un décor aux couleurs de la Coalition Avenir Québec.

La première ministre du Québec insiste qu'il est « essentiel de défendre les intérêts économiques du Québec » dans cette guerre commerciale avec les États-Unis. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, a remis en question le plan de Mme Fréchette sur l'ensemble du dossier des négociations avec les États-Unis et des relations avec le reste du Canada. Il ne s’est pas dit fermé à l'idée de remettre en vente l’alcool américain à la SAQ.

Je veux savoir c’est quoi le grand plan canadien et je veux participer au grand plan canadien, et c’est là qu’on ne se rejoint pas. C’est-à-dire que [Christine Fréchette] fait un pas pour les médias, mais ne fait pas les autres pas pour être à la table de négociation, parce que ça n’intéresse pas la CAQ, le Canada.

De son côté, la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, veut obtenir des résultats favorables pour sa province avant de réautoriser la vente d’alcool américain dans sa province. Le Nouveau-Brunswick est prêt à participer, tant qu’il y a un retour pour nous autres. Alors, on cherche l’élimination des tarifs, particulièrement du bois d’œuvre. On veut voir cette réduction des tarifs, a-t-elle affirmé.

Plus tôt cette année, Doug Ford avait exprimé une position similaire, soulignant qu’il n’autoriserait pas la vente d’alcool américain en Ontario tant qu’un accord commercial n’aura pas été conclu ou que les tarifs ne seront pas levés.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, avait déclaré le mois dernier qu’il n'y a absolument aucune chance de revoir les produits américains dans sa province.

M. Charest a également souligné que des provinces pourraient utiliser la vente d’alcool comme levier sectoriel dans les négociations.

David Eby devant des drapeaux de plusieurs provinces canadiennes.

Alors que l'administration Trump justifie ses nouveaux tarifs par l'interdiction de vente des alcools américains au Canada, plusieurs premiers ministres, dont David Eby, n'ont pas l'intention de remettre ces produits sur les tablettes pour l'instant.

Photo : Radio-Canada

Si les progrès dans le secteur de la forêt et du bois d’œuvre n’étaient pas suffisants pour une province comme la Colombie-Britannique, [elle] pourrait très bien réagir en refusant de remettre les produits américains sur des tablettes, avait-il donné en exemple lorsque questionné sur la possibilité que certaines provinces ne suivent pas le fédéral dans les négociations.

Les producteurs d’alcool québécois s’attendent à un retour éventuel des produits américains à la SAQ, mais souhaitent tout de même consolider les acquis qu’ils ont faits depuis début 2025.

Ce qu'on espère et ce qu'on demande à la SAQ, c'est de garder la belle place pour les vins québécois, parce que c'est ce que les clients ont eu envie de boire dans la dernière année et demie, a déclaré Matthieu Beauchemin, président du Conseil des vins du Québec et vigneron au Domaine du Nival.

Je pense qu'on a convaincu des gens qu'ils pouvaient mettre du Québec dans leur verre, peu importe le contexte, avec ou sans produits américains sur les tablettes, a-t-il ajouté, soulignant que la vente de vins québécois à la SAQ a augmenté de 50 % lors de la dernière année.

Avec des informations de Marjorie April.

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