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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPar un samedi après-midi d’automne à Taichung, Lin Tseng-Hsiung donne affectueusement une généreuse portion de foin à un cheval, pendant que, derrière lui, des cavaliers participent à une compétition nationale.
À 77 ans, celui que plusieurs considèrent comme le père de l'équitation moderne à Taïwan continue de passer ses journées au bord des terrains de compétition équestre.
Mais chaque concours hippique lui rappelle les Jeux olympiques de 1976 auxquels on l’a empêché de participer.
Cinquante ans plus tard, c'est encore le plus grand regret de ma vie, raconte Lin Tseng-Hsiung. Participer aux Jeux olympiques est le but ultime d'un athlète.
Cette année-là, Lin Tseng-Hsiung était l'un des deux cavaliers sélectionnés pour représenter la République de Chine, le nom officiel de Taïwan, aux Jeux de Montréal. Ce sport est à l’époque très peu pratiqué à Taïwan.
Pendant six mois, il s'est entraîné à Madrid avec son cheval My Memory, afin de se préparer à la compétition. Son cheval est ensuite envoyé au Canada, où Lin Tseng-Hsiung doit le rejoindre. Mais il doit d’abord pour cela transiter par les États-Unis avec la délégation, le temps d’obtenir l’autorisation d’entrée au Canada. Elle ne viendra pas.
Mon cheval était déjà arrivé au Canada. Le cheval pouvait entrer, mais pas nous. Nous avons dû rentrer à Taïwan à cause de la politique, dit Lin Tseng-Hsiung.

Lin Tseng-Hsiung, un des deux cavaliers sélectionnés pour représenter Taïwan aux Jeux olympiques de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Afore Hsieh
Un conflit diplomatique qui rattrape les Jeux
En 1970, le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau établit des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine de Mao Zedong dans le cadre de sa politique d’une seule Chine.
Ottawa reconnaît désormais Pékin comme le seul gouvernement légitime de la Chine et cesse du coup de reconnaître comme tel le gouvernement nationaliste, en exil à Taïwan depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949.
Six ans plus tard, ce choix diplomatique d’Ottawa s’invite aux Jeux olympiques de Montréal.
Le gouvernement canadien refuse que la délégation taïwanaise participe sous le nom de République de Chine, estimant qu'il serait incompatible avec sa politique.
Après d’intenses négociations en coulisses, le Comité international olympique propose un compromis, malgré les protestations de Pékin. Il propose que les athlètes taïwanais participent aux Jeux sous le nom de Taïwan ou de Formose La délégation aurait même pu conserver son drapeau et son hymne.
Mais le gouvernement nationaliste autoritaire de Chiang Ching-kuo refuse, estimant qu’il faut défendre l’honneur de la République de Chine.
Aujourd'hui, beaucoup de Taïwanais diraient que participer sous le nom de Taïwan aurait été une bonne chose. Mais à l'époque, le gouvernement insistait pour utiliser le nom de République de Chine. Quel que soit le nom proposé, ni le Canada ni la Chine ne pouvaient l'accepter, se souvient Lu Ping-wen, qui faisait partie de la direction de la délégation olympique taïwanaise.

Lu Ping-wen (à droite) fait à l'époque partie de la direction de la délégation olympique taïwanaise.
Photo : Lu Ping-wen
À moins de 24 heures de la cérémonie d'ouverture, les 42 athlètes taïwanais qui attendent, dispersés dans les aéroports de New York, Détroit et Los Angeles, doivent rebrousser chemin.
Chaque fois que la politique s'immisce dans le sport, tout le monde y perd. J'espère qu'un jour les athlètes n'auront plus à vivre ce genre de situation, dit Lin Tseng-Hsiung.
Lu Ping-wen, aujourd’hui âgé de 83 ans, se souvient de l'incertitude qui régnait avant le départ vers le Canada.
Nous avions préparé neuf scénarios différents en vue des Jeux, allant d'une participation normale à un retrait complet de la délégation, explique-t-il.
Craignant que les membres de l'équipe soient séparés de leurs bagages en raison des escales et des retards forcés par ce climat de tension, il a pris des précautions pour ne pas perdre le drapeau officiel taïwanais.
J'avais caché le drapeau de la délégation dans mes sous-vêtements. Nous ne voulions prendre aucun risque, se souvient-il, sourire aux lèvres.
Aujourd'hui, Lu Ping-wen assure qu'il ne garde aucune rancune envers le Canada, même s’il a mis 50 ans à digérer cette ingérence.
Selon lui, il s'agissait avant tout d'un conflit politique qui a dépassé le cadre sportif.
À vrai dire, nous n'avons jamais compris la décision du gouvernement Trudeau. À l'époque, nous étions profondément en colère, dit-il.

Lu Ping-wen, aujourd’hui âgé de 83 ans.
Photo : Lu Ping-wen
Des conséquences encore aujourd'hui
La crise de Montréal a marqué un tournant dans l'histoire olympique de Taïwan.
Après avoir boycotté les Jeux de Moscou en 1980, la délégation se rend aux Jeux de Los Angeles en 1984, mais doit le faire sous un nouveau nom, celui de Taipei chinois.
Encore aujourd'hui, les athlètes taïwanais ne peuvent pas participer aux grandes épreuves ou aux fédérations internationales sous le nom officiel de Taïwan.
Ils doivent défiler sous le drapeau de leur comité olympique et non sous leur drapeau national, et ils n’ont pas droit à leur hymne national.
Tous les autres pays ont leur propre drapeau. C'est vraiment une sensation très étrange, dit Lin Tseng-Hsiung.
Cette appellation de Taipei chinois est issue d'un compromis conclu à la fin des années 1970 entre le Comité international olympique et Taïwan, et elle demeure encore aujourd'hui une source de frustration pour plusieurs athlètes de l'île démocratique autonome menacée d’annexion par Pékin.
Pour un athlète, il n'y a rien de plus honorable que de représenter son pays sous son propre nom, estime Lin Tseng-Hsiung.
Même si son rêve olympique s'est arrêté avant de se rendre à Montréal, Lin Tseng-Hsiung n'a jamais quitté le monde équestre.
De retour à Taïwan, il a décidé d’aider à développer un sport encore peu pratiqué sur l'île.
Il a formé des cavaliers, des entraîneurs, des juges, et a contribué à mettre sur pied les premières compétitions nationales.
Aujourd'hui, Taïwan organise plus d'une dizaine de concours équestres chaque année et trois cavaliers ont réussi à se qualifier aux Jeux olympiques depuis 1976.


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