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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEntre les annonces d'attaques démesurées et de cessation des hostilités, les stratégies militaires qui régissent la guerre en Iran semblent changer d'un jour à l'autre. Un contexte qui rend encore plus difficile le décryptage des plans du régime iranien, connu pour son opacité.
Radio-Canada s’est entretenue avec un exilé iranien qui a, de 2003 à 2018, gravité près des pouvoirs militaires, religieux et politiques à Téhéran.
Exilé aux Émirats arabes unis, Jaber Rajabi a travaillé avec l’ancien président conservateur Mahmoud Ahmadinejad, de même qu'avec le général Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods, tué en 2020 dans une frappe américaine en Irak. Jaber Rajabi affirme même avoir étudié avec Mojtaba Khamenei, l'actuel guide suprême.
Yasmine Khayat a discuté avec lui des récents développements dans la guerre et de la stratégie iranienne.
Quelle lecture faites-vous de la situation en Iran depuis le déclenchement de la guerre, le 28 février?
Jaber Rajabi : Au terme de cette guerre, quiconque restera debout aura gagné. Si Mojtaba Khamenei survit à cette guerre et reste aux manettes du pouvoir, il sera vainqueur.
Durant les premières semaines de la guerre, le pouvoir a été fragilisé. La priorité du nouveau guide suprême était alors d'échapper aux infiltrations israéliennes, qui sont massives en Iran.
Ces derniers jours, il a tenté de prendre le contrôle de la situation, surtout après la mort d'Ali Larijani, le puissant chef de la sécurité. Je pense d’ailleurs que cette mort a rendu service à Mojtaba Khamenei, car Ali Larijani était un rival politique qui avait tissé des alliances solides avec de hauts dirigeants.
Désormais, Mojtaba Khamenei cherche à consolider son pouvoir en s'entourant d'alliés, comme le président du Parlement, Mohammed Ghalibaf, et le commandant du Corps des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi.
Il envoie quelques directives à caractère politique ou militaire, mais sa priorité pour le moment, c’est de ne pas mourir.
Les États-Unis et Israël ont attaqué un État souverain. Ne pensez-vous pas que l'Iran avait le droit de défendre ses frontières?
J. R. : Je ne reconnais pas la légitimité de l’actuel gouvernement iranien.
Il existait d’autres options que celle d’entrer en guerre, mais, puisque les États-Unis ont choisi de la faire avec un État terroriste, ils devraient cibler l'entité terroriste et non les infrastructures civiles de l'eau ou de l'énergie.
C’est un point extrêmement sensible pour l’ensemble des Iraniens. Le monde doit faire la distinction entre le pouvoir, basé sur le système de tutelle religieuse en Iran, et le peuple iranien.
Le régime iranien a franchi toutes les lignes rouges en tuant des milliers de personnes, en bloquant toutes les communications à l’intérieur du pays et vers l’étranger.
Croyez-vous que des négociations avec le pouvoir iranien actuel pourraient garantir la paix et la stabilité dans la région?
J. R. : Je pense que tout accord qui ne redonne pas le pouvoir au peuple iranien sera une perte pour tous. Malheureusement, l'avenir du peuple iranien n’est cité nulle part dans les plans de négociations proposés.
Le peuple iranien est cultivé et instruit. Il subit une crise économique profonde induite par ses propres dirigeants. Plus de 80 % de la population est opposée aux idées du régime, selon les sondages Gamaan (nouvelle fenêtre).
Mais quand Trump appelle le peuple iranien à s’emparer du pouvoir, soyons réalistes, comment ce peuple pourrait-il descendre dans la rue sous les missiles? Comment pourrait-il même coordonner des manifestations alors que les communications sont coupées?
Je fais partie de ceux qui ont interpellé les Américains et Elon Musk sur X pour fournir Internet aux Iraniens.
Un accord négocié entre les belligérants ne pourrait-il pas bénéficier à l’ensemble des peuples de la région?
J. R. : L'Iran a soutenu les attaques du 7 octobre 2023 orchestrées par le Hamas contre Israël. Il l’a fait essentiellement pour empêcher l'expansion des Accords d'Abraham – signés en 2020 sous l'impulsion des États-Unis pour normaliser les relations diplomatiques, économiques et sécuritaires entre Israël et plusieurs pays arabes – en prétendant vouloir changer le cours de l'histoire.
Mais a-t-il réellement soutenu cette cause? Vous savez très bien que l'État iranien s'oppose à la solution à deux États et prône uniquement la destruction d'Israël. Indépendamment de mon opinion sur Israël, est-ce que le peuple palestinien a vraiment profité des agissements de l’Iran et de ses mandataires?
L’Iran incendie quatre capitales arabes et musulmanes. A-t-il facilité la cohabitation pacifique entre ces peuples? Absolument pas, et le peuple iranien n’est pas dupe.
Vous décrivez des fragilités au sommet de l’État. Mais, jusqu’ici, l’Iran a montré que son programme balistique constitue toujours une menace pour la région. Qu'en pensez-vous?
J. R. : Tout d’abord, je tiens à préciser que je suis en total désaccord avec cette guerre, et je ne crois pas que les frappes aériennes américaines puissent détruire le programme balistique iranien. Cela fait 47 ans que le gouvernement vend les ressources du peuple iranien pour investir dans l’armement.
J’ai visité plusieurs villes de missiles en Iran; la plupart se situent dans des zones montagneuses et sont profondément enfouies à des centaines de mètres sous terre, les rendant quasi inatteignables. Ils testent leurs missiles de longue portée dans le désert de Semnan pour pouvoir atteindre même le continent américain.
Et qu’en est-il du programme nucléaire?
J. R. : C’est Mojtaba Khamenei qui a pesé de tout son poids sur son père, l'ayatollah Ali Khamenei (mort le 28 février dans une frappe), pour développer l’arme nucléaire. Il ne renoncera jamais à ce programme.
Si ce gouvernement aboutit à ses visées nucléaires, plus rien ne l’arrêtera. À ce moment-là, il n'hésitera pas à tuer des milliers d’Américains, d’Israéliens, ou encore les peuples des pays arabes de la région, ou encore à commettre des actes terroristes en Occident.
Si ce gouvernement maintient sa cohésion, il pourra se reconstruire et représenter un danger colossal, malgré toutes les conditions du président américain Donald Trump.
Vous dites avoir côtoyé l’actuel guide suprême. Comment le décririez-vous?
J. R. : J’estime que Mojtaba Khamenei est plus dangereux que son père, qu’il s’agisse de ses idées ou de ses alliances. C’est un sectaire, un extrémiste qui préfère rester mystérieux et dans l'ombre.
Durant les dix dernières années de sa vie, Ali Khamenei n'avait plus la force de diriger le pays, et c'est son fils Mojtaba qui gérait les affaires de l'Iran. La violente répression des manifestations en Iran depuis 2019 porte la marque des directives de Mojtaba Khamenei.
Vous avez rejoint les milices pro-iraniennes en Irak. Quel était votre rôle?
J. R. : Je n'aime pas trop parler du passé...
À l'âge de 16 ou 17 ans, j'ai entamé des études religieuses à Najaf, en Irak, où j'ai tissé des liens avec les forces chiites. J’ai rejoint l’armée du Mahdi de Moqtada Al Sadr et je suis devenu coordinateur entre certaines factions irakiennes et la Force Al-Qods, dirigée par le général Qassem Souleimani en Iran.
J’ai longtemps pensé servir la vérité en combattant le groupe armé État islamique (EI), et je suis fier de l'avoir combattu en Irak. Mais j’ai réalisé que, derrière la cause, il y avait des intérêts liés au terrorisme, au trafic de drogue, au banditisme et à la corruption.
Il m'est apparu évident que la création de l’EI, le chaos en Syrie et l'invasion américaine d’Irak constituaient non seulement une occasion en or pour l'expansion idéologique, mais aussi un moyen d’instrumentaliser les crises internes du pays en exportant l’instabilité dans les pays voisins.
Ce qu’ils appellent axe de la résistance – l'alliance militaire informelle entre l'Iran et ses mandataires – représente surtout un bras armé qu’ils entretiennent à faible coût et qu’ils peuvent actionner à tout moment pour imposer leurs idées.
(et article peut être consulté en arabe (nouvelle fenêtre)sur le site de RCI (nouvelle fenêtre))


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