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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Libéré », « fier » et « serein » malgré sa fracassante démission de décembre dernier, l'ex-ministre de la Santé Christian Dubé dit regretter que la Coalition avenir Québec (CAQ) n'ait pas réussi, au terme de ses pourparlers avec les fédérations médicales, à « trouver une façon de prendre 100 % de la population en charge ».
M. Dubé, qui termine ces jours-ci son mandat de député à titre d'indépendant, brise le silence en lançant le document de réflexion Transformer le réseau de la santé (nouvelle fenêtre), avec l'espoir que ce dernier aide le prochain gouvernement à se préparer à la ronde suivante de négociations avec les médecins et les infirmières, en 2028.
L'homme fort du réseau de la santé de 2022 à 2025 souhaite que celui ou celle qui reprendra le bâton du pèlerin établisse un meilleur rapport de force. Contre les médecins, on a perdu l'opinion publique, concède-t-il en entrevue avec Patrice Roy, sa première depuis décembre. Les fédérations ont bien joué leurs cartes.
Le gouvernement manquait de données, selon M. Dubé. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) savait par exemple que les omnipraticiens offraient 30 % moins de rendez-vous le vendredi par rapport au reste de la semaine, mais les négociateurs de leur fédération protestaient, se rappelle-t-il.
Quand on est arrivé pour discuter, justement, du vendredi, ils ont dit : "C'est parce que les médecins font de la recherche et de l'enseignement". Mais ces données-là, on ne les [avait] pas!

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Christian Dubé a rencontré Patrice Roy vendredi dernier, au dernier jour des travaux parlementaires de la 43e législature.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Le mandat que lui avait confié François Legault n'était pas simple, analyse Christian Dubé avec le recul, six mois après avoir quitté ses fonctions. De 2023 à 2024, on me demandait de négocier à coût zéro, confirme-t-il.
L'ancien ministre se rappelle que, pour affilier 100 % de la population à un milieu de soin, il fallait convaincre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) de renoncer au principe sacré du volontariat, selon lequel il revient au médecin – et à lui seul – d'accepter ou non la prise en charge d'un patient.
M. Dubé œuvrait, lui, pour convaincre ses interlocuteurs d'abandonner ce modèle au profit d'un mécanisme d'imputabilité et de responsabilité collective. Mais François Legault en a finalement décidé autrement.
L'entente conclue avec la FMOQ en décembre, déplore l'ancien ministre, repousse ces changements structurants à 2028 au profit d'une solution à court terme, soit le maintien du Guichet d'accès à la première ligne (GAP) et la promesse de 500 000 rendez-vous supplémentaires.
Je pense qu'on a abandonné des principes. Le principe de trouver une façon de prendre 100 % de la population en charge.
C'est cet accord avec les médecins de famille et l'intervention du premier ministre Legault qui l'a convaincu, à la surprise générale, de quitter le gouvernement, une décision que le principal intéressé, six mois plus tard, ne regrette pas, estimant qu'il n'aurait pas eu la crédibilité [nécessaire pour] poursuivre cette négociation-là.
Selon Christian Dubé, il est aussi dommage que le Québec ait encore une fois accepté d'augmenter la masse salariale des médecins en espérant que ces fonds supplémentaires règlent les problèmes du réseau de la santé, alors que celui-ci accapare déjà plus de 40 % du budget de l'État.
D'autant plus qu'une étude des HEC – dont les conclusions, mises de l'avant par M. Dubé pendant les négociations, avaient fait rager les médecins – montre que, lorsque les tarifs des actes médicaux augmentent, l’offre de services tend à diminuer. Plus vous montez les honoraires, moins il y a d'accès, résume l'ex-ministre.
Faire tomber les tabous
Pour cette raison, M. Dubé propose dans son document de réflexion d'imposer un plafond aux actes médicaux posés en dehors du réseau de la santé. Il faut, dit-il, maximiser les tarifs qui peuvent être chargés, sans quoi les médecins continueront de partir pour le privé, où la pratique est souvent plus lucrative.
Il est aussi urgent de revoir les sources de financement du réseau, plaide M. Dubé, selon qui le MSSS s'est privé d'importants revenus en refusant d'indexer de 3 % les loyers des CHSLD comme il aurait pu le faire. À un moment donné, on se tire dans le pied nous-mêmes!, fulmine-t-il.
M. Dubé va jusqu'à se demander s'il ne faudrait pas redéfinir le panier de services gratuits couverts par l'État. L'hébergement des malades, par exemple, devrait selon lui être soumis à des tarifs pour lesquels il devrait être possible de s'assurer, ce qui n'est pas le cas actuellement, la Loi canadienne sur la santé étant trop restrictive.

Christian Dubé a quitté la vie politique après un passage au gouvernement, de 2022 à 2025, et un autre, dans l'opposition, de 2012 à 2014.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
La tarification des services de santé, cela dit, n'est pas le seul tabou auquel s'attaque Christian Dubé. Dans son document de réflexion, qui s'apparente à un testament politique, l'ancien ministre s'en prend aussi aux conventions collectives des syndicats qui, selon lui, offrent des conditions plus qu'avantageuses.
Le régime de congés d'invalidité des infirmières, par exemple, permet à celles-ci de toucher 80 % de leur salaire pendant deux ans, tandis que la norme, dans les autres provinces canadiennes, est de 60 % pendant un an, dit-il.
De telles conditions, estime M. Dubé, contribuent à ce que 50 000 des 350 000 employés du réseau soient en congé prolongé, un ratio hallucinant de presque 15 %, alors que les bonnes moyennes, dans les grandes organisations de santé, se situent entre 5 % et 7 %.
Ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas les protéger, nuance l'ex-ministre. Mais divisez ça en deux, c'est 25 000 personnes de plus, si on fait la bonne transition, pour être disponible, calcule-t-il.
Optimiste malgré tout
Bref, le système de santé n'est pas condamné, plaide Christian Dubé, qui garde espoir en l'avenir, en dépit des écueils auxquels il a fait face à la tête du MSSS. Ce qui me déplaît le plus, c'est que les Québécois ont l'air d'avoir abandonné l'espoir que c'est réglable. Et ça, ça me dérange, confie-t-il en entrevue.
L'ex-ministre assure ne pas ressentir d'amertume après son passage en politique. Au contraire, terminer son mandat de député en publiant un tel document de réflexion lui donne l'impression de finir sur une bonne note.
M. Dubé dresse aussi un bilan positif de ses années aux côtés de François Legault, même si les deux hommes ne se sont toujours pas reparlé depuis décembre. Le Canadien de Montréal a eu une saison extraordinaire; ils n'ont pas gagné la Coupe Stanley, mais ça n'empêche pas de dire qu'ils ont eu une belle saison, illustre-t-il.
Moi, j'ai eu avec M. Legault des moments difficiles, mais très valorisants. Est-ce que ça a fini à mon goût et à son goût? Ni l'un ni l'autre. [Mais] mon père disait toujours que le temps arrange les choses. Il était très philosophe, mon père.


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