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Les femmes toujours moins considérées dans la toponymie des villes malgré les efforts

1 month ago 176

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Malgré des améliorations notables, notamment à Montréal, les femmes restent peu choisies quand il s’agit de trouver un nom pour une nouvelle rue, un parc ou un aréna, selon des données fournies à Radio-Canada. Mais plusieurs villes du Québec s'activent à redresser la barre.

Un peu plus du cinquième (22 %) des 6917 nouvelles désignations officialisées au Québec au cours des cinq dernières années visaient à honorer des personnes marquantes. Les autres étaient des références neutres, comme parc des Deux-Gares ou rue au Fil-de-l'Eau.

Quand il s'agit de rendre hommage à une personne qui a marqué la société, les trois quarts (75 %) des nouvelles désignations effectuées depuis 2021 ont souligné les contributions d’un homme et seulement le quart (25 %), celles d’une femme, selon des données fournies à Radio-Canada par la Commission de toponymie du Québec (CTQ).

Malgré un écart persistant, ces données révèlent toutefois une amélioration. Entre 2009 et 2019, les femmes ne représentaient en effet que 11 % des nouvelles désignations rendant hommage à une personne, contre 89 % pour les hommes.

À qui la faute? Les noms commémoratifs officialisés chaque année sont en très grande majorité attribués par des administrations municipales, mentionne François Laberge, porte-parole de la CTQ. Il ajoute que la Commission travaille à les outiller afin de réduire l’important écart constaté entre les noms d’hommes et de femmes dans la toponymie québécoise.

Ces outils prennent par exemple la forme de rapports personnalisés envoyés aux municipalités sur l’état de leur toponymie, d'une carte interactive (nouvelle fenêtre) ou de banques de noms disponibles.

Parmi ces banques, on trouve Toponym’Elles, un répertoire de noms de femmes que la Ville de Montréal a créé à partir de suggestions de la société civile, qui fête cette année ses 10 ans d’existence.

Créée pour le 375e anniversaire de Montréal avec 375 noms féminins, la banque Toponym’Elles a permis à la Ville de dépasser la parité en faveur des toponymes féminins ou liés à l’histoire des femmes dans les noms de lieux qu’elle a adoptés au cours des dix dernières années, souligne Dominic Duford, conseiller en aménagement à la Division du patrimoine et responsable de la banque Toponym'Elles.

Depuis 2016, Montréal a ainsi honoré 83 femmes de plus dans sa toponymie contre 63 hommes, mentionne la Ville. Des femmes qui risquaient, sinon, de rester au purgatoire de l’Histoire.

Nous avons invité M. Dufort et l’élue responsable de la culture et du patrimoine à la Ville de Montréal, Andréanne Moreau, à donner des exemples de femmes au destin aussi incroyable que méconnu :

  • Marie-Louise Sirois. Cet homme fort au féminin, capable de soulever une charge de 400 livres, a fait plusieurs tournées en Amérique du Nord autour des années 1900, mettant même au défi le célèbre Louis Cyr à deux reprises (sans réponse de sa part).
  • Elsie MacGill. Cette Vancouvéroise a été la première femme à obtenir une maîtrise en génie aéronautique en 1929. Elle a dirigé la production des avions de chasse Hawker Hurricane durant la Deuxième Guerre mondiale.
  • Éva Circé-Côté. La toute première bibliothécaire de Montréal a été journaliste, écrivaine et fervente militante pour l’émancipation des femmes. Elle s'est opposée parfois frontalement à l’Église, en décidant de proposer des livres mis à l'index par le clergé, comme ceux d'Émile Zola ou de Victor Hugo.

À ceux qui pourraient croire que les occasions de créer de nouvelles rues – et d’honorer plus de femmes – sont rares dans une ville comme Montréal, déjà bien urbanisée, Andréanne Moreau souligne que d’autres occasions peuvent se présenter.

À Verdun, dans mon arrondissement, on a nommé la bibliothèque en l’honneur de Jacqueline De Repentigny. La Maison symphonique a nommé son foyer en l’honneur d’Antonia Nantel et un Salon Kathleen-Fisher a été nommé à l’hôtel de ville en l’honneur de la première femme à présider le conseil municipal en l’absence du maire Camillien Houde, souligne Mme Moreau.

J’ai même vu des portions de pistes cyclables ou des sentiers pédestres être nommés.

Aux villes qui songent à féminiser leur toponymie, Mme Moreau suggère à ses homologues de vérifier avec les groupes communautaires et les sociétés d’histoire de leur coin pour qu'ils dégotent des pépites locales méconnues. C’est important aussi d’avoir un portrait de la toponymie de notre secteur. À Verdun, on s’est notamment rendu compte qu’un ancien maire avait nommé plusieurs rues avec le prénom de ses filles et de ses proches.

Ailleurs au Québec

Montréal n’est pas la seule municipalité du Québec à faire plus de place aux femmes dans sa toponymie. Ainsi, la Ville de Laval est celle qui a honoré le plus de femmes depuis cinq ans. Depuis 2018, elle a en effet déployé une politique de rééquilibrage.

De son côté, Gatineau peut s'enorgueillir d’avoir privilégié une toponymie féminine dans 59 % des cas. En 2024, la Ville avait reçu le prix Mérite en toponymie pour s’être distinguée grâce à la vitalité de son comité de toponymie [...] qui accorde, entre autres, une place importante aux femmes et aux Premières Nations.

Toutefois, cette orientation ne se fait pas toujours sans heurt, comme peut en témoigner la Ville de Sherbrooke.

Les lecteurs les plus attentifs auront peut-être remarqué que les données fournies par la Ville divergent de celles fournies par la Commission de toponymie du Québec, qui, elle, n’arrive pas à la conclusion que Montréal octroie plus de nouveaux noms féminins que masculins.

C’est parce que la Ville de Montréal inclut dans son calcul les toponymes neutres rappelant l'action de femmes.

C'est le cas de la nouvelle place du Pain-et-des-Roses, en référence à la marche de 10 jours contre la vie chère organisée en 1995 par la Fédération des femmes du Québec. Par contre, elle n’inclut pas dans ses calculs des toponymes masculins similaires comme, par exemple, le parc des Ferronniers.

L'administration montréalaise précise que chaque ville ou municipalité est libre d'organiser la catégorisation de sa toponymie comme elle le souhaite.

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