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Les doubleurs des Simpson retrouvent leurs personnages

4 hours ago 5

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Après avoir été menacé de disparition, le doublage québécois des Simpson a repris cet été à Montréal grâce à une entente entre Bell et Disney. Un vrai bonheur pour les interprètes de Marge, Homer, Bart et Lisa, qui évoquent une industrie du doublage plutôt en santé, malgré la crise dans l’audiovisuel québécois et les craintes liées à l’intelligence artificielle.

C’est une joie exceptionnelle, parce qu’on ne savait pas si on revenait. On est tellement heureux de retrouver nos personnages! confie Thiéry Dubé, interprète d'Homer, rencontré entre deux prises de voix dans les studios de l’entreprise québécoise Difuze, qui assure le doublage des Simpson depuis 1989.

Comme ses collègues, Thiéry Dubé a été touché par l’appui du public, qui s’est manifesté pour sauver le doublage québécois des Simpson, notamment dans une pétition en ligne qui a récolté plus de 30 000 signatures.

La mobilisation est survenue après que Télétoon, dont la maison mère, Corus, finançait le doublage québécois des Simpson depuis plus de 35 ans, eut retiré la série de sa grille de l'automne 2025, faute d'une entente avec Disney.

Bell a finalement repris le flambeau en concluant une entente de diffusion et de doublage au mois de mai avec Disney. La 36e saison des Simpson en français québécois sera diffusée cet automne à Noovo et sur Crave, avec un léger retard sur la version originale, dont la 38e saison est attendue en septembre aux États-Unis.

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De grands absents

La reprise des doublages au Québec est toutefois marquée par de grandes absences, la distribution originale ayant perdu plusieurs vétérans dans les dernières années, à commencer par Hubert Gagnon, interprète d'Homer pendant 27 ans, qui nous a quittés en 2020.

Thiéry Dubé avait repris son personnage en 2017, après le départ à la retraite d’Hubert Gagnon. Il y a des mégafans qui entendent les différences, mais dans le cas d'Homer, c’est un peu particulier, parce qu'Hubert n’était pas décédé quand j’ai commencé à le faire. Donc il m’a coaché un peu, ça m’a inspiré, a-t-il expliqué.

Homer n’est pas le seul personnage à avoir hérité d’un nouvel interprète. Chantal Baril, qui prête sa voix à plusieurs personnages, dont Milhouse, Patty et Selma, a ajouté Marge à son éventail en 2023, après le départ à la retraite de la grande Béatrice Picard, décédée en décembre 2025.

Puis, en avril dernier, il y a eu le décès à 66 ans de Benoît Rousseau, qui était l’adaptateur principal des textes des Simpson en plus d’incarner divers personnages, comme Lenny, Duffman, M. Burns et Abraham Simpson.

Ce fut une lourde perte pour l’équipe originale des Simpson québécois, particulièrement pour Johanne Léveillée, interprète de Bart, qui était la femme de Benoît Rousseau. C’était un peu spécial de faire des auditions pour trouver les neuf personnages qu’il faisait, mais la vie avance et on continue, par respect aussi pour les 30 000 signataires de la pétition, dit-elle.

Les deux femmes s'expriment devant un écran géant.

Lisette Dufour et Johanne Léveillée, interprètes respectives de Lisa et Bart Simpson depuis 1989.

Photo : Radio-Canada

Les interprètes de Lisa et de Bart, complices depuis 37 ans, se réjouissent de la survie de la version québécoise, affirmant que la traduction réalisée en France ne résonne pas de la même manière de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce n’est pas crédible pour nous, du tout, du tout, explique Lisette Dufour. Les textes [de la version québécoise] sont vraiment adaptés à ce qui se passe chez nous, on nomme des gens d’ici.

Ce qui fait que la magie des Simpson et de [leur créateur,] Matt Groening, c'est d'être capable de prendre cet univers-là, puis de donner la liberté à chacun des marchés de l'adapter exactement comme ils sont.

Un secteur en expansion

Alors que le secteur de l’audiovisuel québécois est dans une impasse et que l’ombre de l’intelligence artificielle (IA) plane sur le métier de doubleur, l’industrie du doublage se porte plutôt bien au Québec, notamment en raison de plus grands investissements du côté des plateformes de diffusion.

Netflix et Amazon commencent à nous donner beaucoup de travail, donc je pense que c’est très positif pour l’avenir du doublage, explique Chantal Baril. Une tendance qu’observe aussi Elizabeth Pélissier, vice-présidente des services de doublage chez Difuze, implantés à Montréal et à Toronto.

C’est un bon moment, on est en expansion. Ça va bien autant pour le doublage en français que le doublage vers l'anglais, parce qu’on a les studios américains qui font affaire avec nous. On a une quinzaine de studios qui roulent jour, soir et fin de semaine pour réussir à combler la demande.

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes (UDA), se réjouit aussi de la période faste que connaît le doublage québécois, mais elle reste prudente quant à l’avenir de l’industrie.

Évidemment, l’enjeu, c’est de voir si c’est momentané ou si ça va durer dans le temps. On va espérer que ça va durer, parce que du jour ou lendemain, l’IA peut débarquer dans ce milieu-là, explique-t-elle.

C’est une période qui est insécurisante, parce que l’IA nous pousse dans le derrière, il faut travailler avec des contraintes de plus en plus grandes et avec de moins en moins d’argent. Mais, en même temps, c’est une période stimulante, parce qu’il y a des défis à relever.

Une remorque pour les arts

Et même si l’industrie se porte bien, il faut multiplier les contrats pour arriver à vivre de son art. Thiéry Dubé tient des rôles au petit écran, notamment dans la série Les armes, et fait la voix de plusieurs acteurs américains et britanniques, dont Vin Diesel, Peter Dinklage et Bruce Willis.

Chantal Baril est également très active en tant que comédienne au petit écran et au théâtre, en plus de doubler des actrices comme Jacki Weaver et Catherine O’Hara, décédée en janvier dernier.

Tania Kontoyanni mentionne d’ailleurs l’importance du doublage pour une grande partie des quelque 13 000 membres de l’UDA, et non seulement pour ceux et celles dont c’est l’occupation principale.

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes.

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes.

Photo : Radio-Canada

C’est plus de 3000 artistes qui tirent des revenus du doublage et, là-dedans, il y en a plus de 1000 dont c’est l’essentiel de leurs revenus artistiques. Pensez à tous les studios que ça fait vivre, aux techniciens, aux producteurs qui mènent les maisons de doublage. C'est une remorque pour les arts, dit-elle.

Tania Kontoyanni compte d’ailleurs interpeller les différents partis politiques à l’approche de la prochaine élection provinciale, dans l’espoir de faire augmenter les crédits d’impôt pour les doublages réalisés au Québec.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier et de Louis-Philippe Ouimet

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