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Grand format

Signé par Rosalie Gosselin-Couture et
Isabelle Larose

Des adeptes de baignade se rencontrent chaque semaine, même en hiver, pour s’immerger dans les eaux glaciales et se laisser envelopper par la nature qui les entoure.

Au-delà des bienfaits corporels, cette pratique peut devenir une source d'inspiration ou même d'apaisement, pour des personnes qui traversent une maladie ou un deuil.

« Mon frère a été pris dans son corps toute sa vie. Maintenant, il est libre avec moi dans la mer. »
– Pamela Lauzière-Desrochers

Pamela a perdu son frère en 2024 de complications liées à son handicap. Âgé de 35 ans, il était quadriplégique depuis un accident de voiture survenu à la fin de son adolescence. Au premier anniversaire de son décès, elle a décidé de disperser une partie de ses cendres dans la mer.

« C’était le 4 octobre. Je suis allée le mettre à l’eau et je lui ai dit : "Aujourd’hui, tu te baignes avec moi, t’es fou, toi aussi". À chaque fois que je me baigne, il y a peut-être un petit grain de lui quelque part. Ça me fait beaucoup de bien de penser à ça. »

Pamela Lauzière-Desrochers fait partie d’une communauté de baigneurs et de baigneuses nordiques dans la région de Rimouski. La baignade lui a apporté une aide précieuse dans son deuil, affirme-t-elle. Le contact avec la nature et les autres membres du groupe ont eu un immense impact sur sa santé mentale et sur sa guérison.

L'autrice et comédienne Stéphanie Pelletier fait partie du même groupe qui brave les glaces entre Rimouski et Métis-sur-Mer.
Avec la baignade, je retrouve une puissance avec mon corps, comme une espèce de force que j’ignorais. [...] Mentalement, on dirait que je suis plus zen devant tout.
La baignade est devenue un outil précieux dans le processus de création de Stéphanie. La connexion avec le paysage, le choc de l’eau froide et l’apaisement qui s’ensuit lui permettent de se libérer l’esprit et de reprendre la plume avec les idées claires.

« C’est sûr que tu ne vois plus le territoire de la même manière, parce que tu le vois sous tous ses angles. Je me suis déjà baignée sous des aurores boréales. Tu vois les moindres changements, tu t’habitues aux glaces et à leurs déplacements. J’ai jamais connu le fleuve comme je le connais maintenant. »

De l’autre côté de la péninsule gaspésienne, le groupe Les pas frileuses de la Baie, se prépare à pénétrer les eaux de la baie des Chaleurs. Se baigner en compagnie de plusieurs personnes est recommandé et plus sécuritaire. Cette pratique favorise aussi la création de petites communautés.

Luc Bourdages fait partie des rares hommes qui prennent part à ces baignades à Carleton-sur-Mer. Le policier a commencé à se baigner en eau glacée après avoir combattu un cancer. Il estime que l’activité l’a aidé à retrouver l'énergie physique et cognitive nécessaire pour recommencer le travail à temps plein.

« Ça m'aide énormément à passer à travers certaines difficultés au travail, certaines frustrations. Ça diminue ma réactivité à certaines choses qui, normalement, me fâcheraient ou me décevraient plus. Ça atténue ces émotions négatives-là chez moi. »

Luc est souvent le premier à l’eau et le dernier à en sortir. Il peut y rester jusqu’à 25 minutes, sans broncher. Sa tolérance au froid est exceptionnelle; la plupart des adeptes de baignade nordique restent dans l’eau seulement quelques minutes, voire quelques secondes.

Luc affirme que la baignade l’aide à vivre pleinement le moment présent. Il considère que la force mentale qu’il a développée en eau froide fait de lui un meilleur papa, tout comme un meilleur policier.


Photo : Martin Fiset
La baignade nordique a aussi été salvatrice pour Pauline-Gervaise Grégoire et sa mère, Nicole Grégoire, aux Îles-de-la-Madeleine.
Photo : Martin Fiset
Affligée par les symptômes de la COVID de longue durée, Pauline-Gervaise s’est immergée dans les eaux glaciales du golfe du Saint-Laurent pour la première fois en 2022, en espérant améliorer son sort. Sa mère l’a suivie et plusieurs autres Madeliniennes les ont rejointes. Elles sont devenues Les baigneuses de La Grave.

« La baignade a fait que j'ai pas lâché. J'étais isolée. J'étais dans mon lit tout le temps. La petite communauté qu'on s'est créée, pour moi, c'était la seule activité sociale que je pouvais avoir. »

Grande sportive, Pauline-Gervaise a retrouvé dans la baignade nordique le même genre de sensations fortes qu’elle avait l’habitude de vivre en bougeant intensément. C'était comme un espoir que j'étais encore capable d'aller chercher cette énergie-là en dedans de moi. La baignade m’a donné la sensation que j'étais encore en vie, carrément.

La baignade nordique a aussi contribué à briser l’isolement de sa mère. En raison de sa santé fragile, elle avait pris l’habitude de se confiner à la maison.

À 79 ans, Nicole Grégoire ressent une grande fierté d’avoir l’audace et la capacité de se baigner en plein hiver. Je me sens bonne, ça donne l'impression de se sentir un petit peu plus jeune, lance en riant celle qui s’est aussi fait de nouvelles amies.

De retour dans le Bas-du-Fleuve, aucun sujet n’est tabou, autour du feu, après la baignade. L’effet euphorique de l’eau froide a fait tomber les inhibitions. Le deuil, l’amitié, l’amour… Les confidences sont faciles.

Si Pamela vit au rythme de la mer depuis qu’elle a déménagé dans la région, c’est aussi sur ses berges qu’elle y a trouvé l'amour avec Jean-Christophe, un autre membre du groupe.

La première fois que je l’ai vu, il était dans un maillot Speedo rose, ça m’a beaucoup impressionnée, raconte Pamela. Je me suis dit qu’il devait être très ouvert d’esprit… J’ai eu envie de le revoir.
Les deux amoureux ont rapidement développé des sentiments et ont même acheté une maison. C’est comme un rêve.
Les baigneurs et baigneuses échangent des breuvages chauds et de la nourriture. Ils rêvent que toutes et tous aient un accès à l’eau et à des saunas communautaires, comme dans les pays scandinaves.


On entend les échos des rires dans la grande baie. Réchauffés par les flammes, les baigneurs et baigneuses sont dans un état second. Ils semblent avoir été massés par la mer pendant des heures. Un état extatique qu’ils comparent, sourire aux lèvres, à celui que procure la drogue. Ce bien-être les enveloppera pour plusieurs heures, voire plusieurs jours. Un antidote puissant pour tous les creux de vague de la vie.

Crédits
- Texte : Rosalie Gosselin-Couture et Isabelle Larose
- Photos : Andréanne Lebel, Isabelle Larose et Rosalie Gosselin-Couture
- Vidéos : Maxence Matteau, Luc Manuel Soares et Claude Bellemare (drone)
- Prise de son : Antoine Proulx
- Édition et intégration : Laurence Gallant
- Design : Olivia Lapierre-Roy
- Révision : Louis Émond
- Cheffe de projet : Marylène Têtu
Avis : Il est préférable de consulter des professionnels de la santé avant de pratiquer la baignade nordique, car cette activité peut présenter des risques pour la santé. Il est recommandé de ne jamais se baigner seul.


1 month ago
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