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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC’est à L'Islet, un village d’environ 4000 habitants dans Chaudière-Appalaches, qu’Éric Trépanier et Caroline Lévesque, alors dans la vingtaine, achètent leur maison en 2001.
En 2024, Éric est en forme et s’entraîne régulièrement dans la salle de gym qu’il a aménagée dans son sous-sol. En effectuant des travaux dans son garage, il se blesse légèrement. Il doit consulter un médecin et passer quelques examens.
Une radiographie révèle une importante masse près d'une bronche. Le diagnostic tombe : cancer du poumon, inopérable et incurable. Les médecins ne peuvent que prolonger sa vie. À 46 ans, Éric est condamné.
Quand l’oncologue m’a appris que j’avais le cancer du poumon, et en plus au stade 4 de non-fumeur, je ne croyais pas à ça, raconte Éric Trépanier dans une capsule enregistrée pour l’Association pulmonaire du Québec.

Éric Trépanier et Caroline Lévesque
Photo : Caroline Lévesque
Puisqu’Éric n’est pas fumeur, son médecin évoque quelques hypothèses pour tenter d’expliquer son cancer, mais il ne mentionne pas l’exposition au radon. En faisant des recherches sur Google, par hasard, Éric tombe là-dessus : "Le radon, la première cause de cancer chez les non-fumeurs", se souvient Caroline Lévesque.
Le couple achète un détecteur de radon numérique et découvre une concentration inquiétante de 881 becquerels par mètre cube (Bq/m3). C’est quatre fois plus que la limite maximale recommandée par Santé Canada.
Santé Canada suggère l’installation d’un système d’atténuation du radon à partir de 200 Bq/m3. Aux États-Unis, la limite maximale est de 148 Bq/m3, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi le seuil à 100 Bq/m3.
Le couple réalise que, pendant 23 ans, il a respiré de l’air radioactif. En menant des tests à d’autres endroits dans la maison, il découvre que les concentrations élevées ne se limitaient pas au sous-sol, mais se trouvaient également au salon et dans la chambre à coucher au rez-de-chaussée.
Comme Éric ne travaillait pas à l’extérieur, il était exposé 24 heures sur 24 à ce gaz invisible, incolore et inodore, et pourtant radioactif. Il est décédé à 48 ans.
Bien qu’il ne soit pas possible de déterminer avec certitude qu'un cancer du poumon a été causé uniquement par le radon, c’est l’hypothèse que le couple avait retenue.

Éric Trépanier, à la maison de soins palliatifs, quelques jours avant de mourir.
Photo : Caroline Lévesque
Qu'est-ce que le radon?
Le radon est un gaz qui provient de la dégradation de l'uranium présent naturellement dans le sol. On le trouve partout dans l’air extérieur, ce qui ne pose aucun risque pour la santé puisqu’il est dilué. Il devient dangereux quand il s’accumule dans les bâtiments.
Le radon s'infiltre dans les habitations par les ouvertures en contact avec le sol, comme les fissures dans les fondations et les dalles du plancher ou les espaces autour de la tuyauterie.
Aaron Goodarzi, professeur à l’Institut sur le cancer de l’Université de Calgary, explique que le radon est particulièrement sournois du fait qu’en se dégradant, il s’attache à la poussière de maison. Des particules de radon se collent à nos voies respiratoires et restent dans notre corps. Radioactives, elles endommagent à la longue l’ADN de l’organisme.
C’est en effet l’exposition prolongée à des concentrations élevées de radon qui fait augmenter le risque de développer un cancer du poumon. Toutefois, Santé Canada estime qu’aucune concentration de radon n'est considérée comme totalement sans danger.
Si vous fumez et êtes exposé au radon, vous avez davantage de risques de développer un cancer du poumon.
Des données alarmantes
Une enquête pancanadienne sur le radon publiée en 2024, menée par l'équipe du Dr Goodarzi, brosse un portrait préoccupant de la situation. On y estime que 4,4 millions de Canadiens, soit une personne sur 10, vivent dans des résidences qui dépassent la limite de 200 Bq/m3.
Si on utilise la norme plus stricte de 100 Bq/m3 recommandée par l'OMS, plus de 10,3 millions de Canadiens, donc le quart de la population, vivent dans des maisons présentant un risque élevé de développer un cancer du poumon dû à l’exposition au radon.
Mathieu Brossard, spécialiste en rayonnement à Santé Canada, explique que tous devraient mesurer la concentration de radon dans leur résidence, et ce, qu'on soit dans une zone où il y en a peu ou dans une zone où il y en a beaucoup. On ne peut pas dire que ça va être seulement dans certains secteurs ou dans certains types de sols. Quand on essaie de prédire les niveaux de radon avec une cartographie, on y arrive très mal. Il y a un faux sentiment de sécurité.
L’Association pulmonaire du Québec, qui compile les résultats de tests depuis des années, confirme qu’il y a des taux de radon élevés dans toutes les régions de la province. En Gaspésie, par exemple, les données montrent qu’une maison sur deux dépasse le seuil de référence de Santé Canada.
La directrice générale de l'Association, Dominique Massie, qui tente depuis 20 ans de mettre la population en garde contre le radon, trouve que le gouvernement n’en fait pas assez. On ne fait rien au Québec pour parler du radon, déplore-t-elle. Et pourtant, ça amène des gens à avoir le cancer.
Est-ce que vous voyez des annonces à la télé? Est-ce que vous en entendez à la radio? se désole-t-elle. Elle aimerait que le gouvernement fasse de la sensibilisation à grande échelle.

Dominique Massie est directrice générale de l'Association pulmonaire du Québec.
Photo : Radio-Canada
Questionné à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux invoque la difficulté particulière que pose la communication sur le radon, un gaz invisible, inodore et insipide. À la différence du tabagisme ou des comportements à risque sur la route, le danger n’est ni perceptible ni immédiatement associé à un geste précis, indique-t-il dans un courriel.
Actuellement, le ministère alloue un budget de 8500 $ par année à des activités de communication numérique, et ce, pour tout le Québec. Il s’en remet aux villes et à d’autres organismes pour faire du travail de sensibilisation.
Comment mesurer le radon?
Pour tester l’air de sa maison, on peut opter pour l’achat d’un dosimètre, aussi appelé détecteur de traces alpha.
Ce petit appareil coûte environ 50 $ et Santé Canada recommande de le laisser en place au moins trois mois, de préférence entre novembre et avril, lorsque la maison est chauffée et que les fenêtres sont fermées. Grâce à une enveloppe incluse prévue à cet effet, le dosimètre doit ensuite être envoyé à un laboratoire, qui transmettra le résultat de son analyse.

Dosimètre permettant de mesurer la concentration de radon dans une maison.
Photo : Radio-Canada
Pour ceux qui veulent des données en temps réel, les détecteurs numériques de radon gagnent en popularité, mais la prudence est de mise.
Dans les laboratoires de Santé Canada à Ottawa, le spécialiste en coordination de la radiation Alexander Lemieux a testé une quarantaine de ces appareils vendus sur le marché. Il a découvert que la majorité des modèles testés donnent de faux résultats.
Le ministère a dû procéder au rappel de plusieurs détecteurs, vendus notamment sur la plateforme Amazon. Il insiste pour que les consommateurs se fient uniquement aux appareils approuvés par le Programme national de compétence sur le radon au Canada. Les modèles recommandés sont vendus entre 180 $ et 350 $.
Si les résultats dépassent la norme, il est possible de régler le problème en installant un système d’atténuation du radon. Il est recommandé de retenir les services d’un professionnel certifié par le Programme national de compétence sur le radon au Canada (PNCR-C).
Chez Éric et Caroline, l'installation de ce système a fait chuter le taux de radon de 881 à seulement 5 Bq/m3 très rapidement. Le système a coûté 3500 $.
Ça vaut la peine, parce que je me dis : une vie, ça n’a pas de prix.


2 months ago
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