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Le philosophe allemand Jürgen Habermas est mort à l’âge de 96 ans

2 months ago 16

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Le philosophe Jürgen Habermas, décédé samedi à l'âge de 96 ans, a été l'intellectuel allemand le plus influent de sa génération, impliqué dans tous les grands débats de l'après-guerre et voyant en l'Europe le seul remède à la montée des nationalismes.

Il est décédé à Starnberg, dans le sud de l'Allemagne, a précisé une porte-parole à l'AFP en se fondant sur des informations de la famille de cet intellectuel.

L'engagement public était, selon lui, la tâche la plus importante de la philosophie.

C'est à promouvoir un projet fédéral européen, seul remède à ses yeux pour éviter au Vieux Continent de retomber comme au XXe siècle dans les rivalités nationalistes, qu'il a consacré ses dernières années.

De Starnberg, en Bavière, où il vivait depuis des décennies, Habermas s'exprimait régulièrement, jusqu'à son décès.

Deux tribunes publiées dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung à propos de l'invasion russe de l'Ukraine avaient été particulièrement remarquées : il y plaidait pour des négociations avec la Russie.

Outre les événements contemporains tels que la crise migratoire de 2015, c'est aussi et toujours l'état de l'Europe qui inspirait à Habermas commentaires, interjections ou mises en garde. Concernant l'Union européenne, il avait critiqué à plusieurs reprises ses élites politiques et se prononçait pour une plus forte implication des citoyens dans le processus d'intégration européenne.

Handicap d'élocution

Jürgen Habermas est né le 18 juin 1929 à Düsseldorf. Opéré à deux reprises pour un bec-de-lièvre, il a conservé de cette malformation un handicap d'élocution qui lui a valu d'être rejeté par ses camarades d'école.

De là naîtront l'intuition de la nature profondément sociale de la vie humaine et son intérêt pour la communication, au centre de toutes ses réflexions.

Le climat politique dans lequel il a grandi est l'autre fondement de sa pensée philosophique et sociologique.

Incorporé aux Jeunesses hitlériennes mais trop jeune pour avoir participé activement à la guerre, l'adolescent a été profondément marqué par l'effondrement du nazisme.

La société et le régime sous lesquels nous avions vécu avec un sentiment de semi-normalité étaient – ce qui arriva pour ainsi dire du jour au lendemain – démasqués pour ce qu'ils étaient : une société et un régime pathologiques et criminels, a-t-il raconté.

De cette rupture brutale est née une inquiétude qui a guidé les vingt premières années de ses recherches : la démocratie peut-elle s'enraciner en Allemagne?

À partir de 1949, Habermas a étudié la philosophie, l'histoire, l'économie, la psychologie et la littérature allemande à Göttingen, à Zurich et à Bonn. Il était le père de trois enfants.

En 1956, il a été invité par Theodor W. Adorno à l'assister à l'Institut de recherche sociale, le noyau institutionnel de l'École de Francfort, qui venait de rouvrir.

Héritier de cette école de pensée, il l'a dépassée en y intégrant des éléments du pragmatisme américain et de la théorie du langage.

L'agir communicationnel

À la fin des années 1970, il conçoit la pierre angulaire de son œuvre, la théorie de l'agir communicationnel.

Pour Habermas, le prétendu argument d'autorité est inacceptable, d'où un rejet constant du pouvoir des experts. Tout aussi inacceptable est le discours des valeurs, qui relève de la subjectivité culturelle.

Au cours de sa carrière, il succède à Max Horkheimer (un des fondateurs de l'École de Francfort) à la chaire de philosophie de l'Université de Francfort (1964-1971), dirige l'Institut Max Planck des sciences sociales à Starnberg (1971-1983), avant d'enseigner, jusqu'à sa retraite en 1994, la philosophie à Francfort.

Après avoir été le porte-voix de la contestation étudiante allemande dans les années 1960, il en devient la cible trente ans plus tard, ayant dénoncé les risques d'un fascisme de gauche pour l'État de droit.

Au milieu des années 1980, il est parmi les plus virulents contradicteurs de l'historien conservateur Ernst Nolte, qu'il accuse de vouloir banaliser les crimes nazis.

En 1989, il critique les modalités de la réunification allemande, essentiellement guidée par les exigences du marché et qui fait du deutsche mark son étendard.

Il théorise un patriotisme constitutionnel, estimant que les individus ne doivent pas se sentir attachés à un État-nation mais aux institutions démocratiques.

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