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Le milieu communautaire québécois réclame une table de négociation d’« urgence »

2 months ago 14

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À la veille du déclenchement d'une grève de onze jours, le milieu communautaire québécois s'impatiente. Insatisfait des sommes qui lui sont réservées dans le nouveau budget Girard, il exige la création d'une table de négociation « d'urgence » avec le gouvernement du Québec.

Des conditions de travail difficiles découlent de ce sous-financement, plaide le front commun formé par le mouvement Le communautaire à boutte et par le Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA).

Je suis à boutte de voir le gouvernement saccager notre filet social et notre filet communautaire. Le gouvernement nous traite comme un sous-secteur, estime Caroline Toupin, coordonnatrice et porte-parole du RQ-ACA.

Malgré tout ce qu'on fait au quotidien, notre travail est invisible et n’est pas reconnu à sa juste valeur, insiste-t-elle tout en ajoutant qu'un écart salarial moyen de 43 % sépare actuellement les travailleurs du milieu communautaire, majoritairement des femmes, de ceux de l'ensemble des secteurs d'activité au Québec.

Pour combler cet écart, Caroline Toupin évalue qu'un réinvestissement annuel massif de 2,6 milliards serait nécessaire. C'est ça, la valeur de notre contribution à la société, soutient-elle.

Un portrait de Sophie Tétrault-Martel et Mathieu Gélinas dans un studio de Radio-Canada.

Sophie Tétrault-Martel et Mathieu Gélinas, porte-parole du mouvement « Le communautaire à boutte ». (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Kim Bouchard

En descendant dans la rue, les acteurs du milieu communautaire incarneront cette fois-ci un changement de posture historique, croit le porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte, Mathieu Gélinas.

Ce dernier juge inacceptable que les organismes communautaires soient appelés à œuvrer avec moins de 1 % d'augmentation de leur part du budget provincial, dont le dépôt a eu lieu mercredi dernier.

On ne se remettra plus à genoux, assure-t-il.

Rouleau, Duranceau et Girard critiqués

Si les groupes communautaires souhaitent s'entretenir avec les représentants du gouvernement du Québec pour rectifier le tir, tous ne sont pas pour autant les bienvenus à la table de négociation.

Caroline Toupin accuse directement la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau, la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, et le ministre des Finances, Eric Girard, d'avoir laissé tomber le milieu communautaire dans l'exercice de leurs fonctions.

Ils ne nous ont pas aidés au cours des quatre dernières années, bien au contraire. Ils nous ont ignorés et même nui à plusieurs égards.

La ministre Rouleau en conférence de presse.

Chantal Rouleau, ministre responsable de l’Action communautaire et de la Solidarité sociale. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Devant cette critique, la ministre Rouleau rétorque par écrit que le milieu communautaire a récemment bénéficié d'un rattrapage financier attendu depuis plus de 15 ans à hauteur de 1,1 G$ grâce à la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental en action communautaire.

Aujourd’hui, nous consacrons plus de 2,2 G$ annuellement au milieu communautaire, soit le double par rapport à notre arrivée au pouvoir, fait valoir Chantal Rouleau.

D’ailleurs, le budget déposé la semaine dernière prévoit 265 M$ pour renforcer les services liés à l’itinérance et à la santé mentale, 260 M$ pour lutter contre les violences conjugales et sexuelles ainsi que 257 M$ pour les services destinés aux personnes vulnérables. Au total, ce sont donc 782 M$ supplémentaires qui sont accordés en appui au milieu, affirme-t-elle également.

Néanmoins, ce sont plutôt les deux candidats à la chefferie de la CAQ qui aspirent au poste de premier ministre ainsi que les chefs des partis d'opposition que les acteurs communautaires souhaitent voir réunis avec eux autour de la table.

Par ailleurs, d'après Caroline Toupin, l'argent accordé au milieu communautaire ne représente pas une dépense mais bien un investissement souhaitable pour l'économie et la société québécoises.

On parle de 50 000 travailleuses et travailleurs au Québec, on parle de 2 milliards de masse salariale, on parle de 1,6 % des emplois au Québec [...]. Pour chaque [tranche de] 100 M$ investie dans le communautaire, c'est 185 M$ qui retournent dans l'économie, calcule la porte-parole.

Les 17 régions se mobilisent

À Québec, des organismes communautaires comme Le Piolet et le PECH participeront à la grève au sein de la cellule de la Capitale-Nationale.

Le premier offre des services d’encadrement auprès d’une clientèle âgée entre 16 et 35 ans, tandis que le second vient en aide aux personnes ayant des enjeux de santé mentale, d’itinérance, de toxicomanie et de pauvreté.

On est rendus vraiment fatigués, on n’est plus à l’étape de la colère, constate Dominique Deblois, qui agit comme travailleuse sociale et coordonnatrice clinique du Piolet.

On est de moins en moins de gens qui s'occupent de plus en plus de gens qui vont eux aussi de moins en moins bien.

L'année passée, [...] je faisais la file pour de l'aide alimentaire avec une personne que j'accompagnais. Derrière nous, il y avait un couple d'intervenants qui étaient là aussi pour venir chercher leur panier de Noël, pour être capable de se faire un Noël qui avait du sens, raconte-t-elle pour illustrer la détresse financière de certains travailleurs communautaires.

Portrait de Dominique Deblois et Marie-Pier Boudreault.

Dominique Deblois, du Piolet, et Marie-Pier Boudreault, du PECH, se mobilisent dans le mouvement « Le communautaire à boutte » au sein de la cellule de Québec.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Bien que certains des bénéficiaires du PECH appréhendent quelque peu les impacts de la grève, la plupart d’entre eux accueillent tout de même favorablement l’initiative de leurs intervenants. Quand on leur explique les raisons qui motivent ces actions-là, ils sont vraiment derrière nous , souligne Marie-Pier Boudreault, coordonnatrice de l’organisme.

À Longueuil, des organismes comme la Corporation de développement communautaire (CDC) et le Centre des femmes de Longueuil ont également rejoint le mouvement.

Quand j’ai commencé il y a 12 ans, on me disait le communautaire en fait beaucoup avec peu de moyens. Aujourd’hui, on essaie de faire ce qu’on peut avec pas de moyens, caricature le directeur général de la CDC de Longueuil, Martin Boire.

Au-delà les diverses mobilisations à venir dans les 17 régions administratives du Québec, la grève des deux prochaines semaines culminera avec une manifestation devant l'Assemblée nationale le 2 avril prochain.

Le regroupement communautaire rappelle qu'une personne sur trois au Québec bénéficie de services communautaires.

D’après des entrevues de Flavie Sauvageau et de l’émission D’abord l’info

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