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Le Japon préfère-t-il de lointains princes à une impératrice?

5 hours ago 8

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Le gouvernement de la première ministre Sanae Takaichi souhaite faire adopter une réforme d'ici le mois prochain afin d'assurer la pérennité de la plus ancienne monarchie héréditaire du monde et de préserver son aspect patriarcal.

La loi proposée autoriserait l'adoption de descendants masculins issus d'anciennes branches impériales afin qu’il y ait davantage d’héritiers potentiels.

Le débat actuel au pays du Soleil Levant met à l’avant-plan les tensions entre tradition et modernité ainsi que la place des femmes dans une société encore marquée par de fortes valeurs conservatrices.

Selon la loi actuelle datant de 1947, seuls les hommes issus de la lignée paternelle peuvent accéder au trône du Chrysanthème, ce qui limite considérablement le nombre d'héritiers.

L'empereur Naruhito est âgé de 66 ans et il règne depuis 2019. Il n'a qu'une fille, la princesse Aiko, âgée de 24 ans.

Malgré sa forte popularité auprès du public, elle est exclue de l'ordre de succession en raison de son sexe.

Seulement trois hommes sont admissibles au trône actuellement, soit le prince héritier Fumihito, frère de l'empereur et âgé de 60 ans, son fils Hisahito, âgé de 19 ans, et le prince Hitachi, oncle de Naruhito, âgé de 90 ans.

Le prince Hisahito du Japon quitte le Palais impérial à bord d'une calèche après avoir assisté à la cérémonie de sa majorité, le « Kakan no gi », à Tokyo, le 6 septembre 2025.

Le prince Hisahito du Japon quitte le Palais impérial à bord d'une calèche après avoir assisté à la cérémonie de sa majorité, le « Kakan no gi », à Tokyo, le 6 septembre 2025.

Photo : pool/afp via getty images / DAVID MAREUIL

Une famille impériale qui rétrécit

Le problème ne touche pas que la succession, puisque la famille impériale compte désormais seulement 16 membres, contre 67 au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

La situation s'explique notamment par les réformes imposées sous l'occupation américaine après 1945 qui ont retiré leur statut impérial à 11 branches collatérales de la famille.

Les princesses doivent de plus quitter la famille impériale japonaise lorsqu'elles épousent un citoyen ordinaire, ce qui a également contribué à réduire le nombre de membres actuels.

De nos jours, il est anachronique d'exclure quelqu'un simplement parce que c'est une femme, disait un répondant d’une vingtaine d’années à un sondage réalisé par le quotidien Mainichi Shimbun la semaine dernière.

Les parlementaires japonais étudient deux mesures proposées par les chefs de partis, dont celle sur l’adoption.

L’autre mesure permettrait aux femmes de conserver leur statut impérial après leur mariage avec de simples citoyens.

Une population favorable, mais un sujet tabou

Pour plusieurs observateurs, ces mesures évitent d’aborder l’enjeu fondamental, qui est la possibilité qu’une femme puisse accéder au trône.

Les sondages montrent pourtant un appui massif de la population à cette idée au Japon.

Selon un récent sondage du quotidien Asahi Shimbun, 72 % des Japonais se disent favorables à une impératrice.

Un autre, réalisé par l'agence Kyodo News, indiquait que 83 % des répondants appuient cette possibilité.

 Des sympathisants agitent des drapeaux nationaux alors que l'empereur Naruhito du Japon (3e à droite en haut) fait son apparition aux côtés de l'impératrice Masako (2e à droite), de leur fille la princesse Aiko (à droite), du prince héritier Akishino (3e à gauche), la princesse héritière Kiko (2e à gauche) et leur fille, la princesse Kako (à gauche), sur le balcon du Palais impérial à l'occasion du 65e anniversaire de l'empereur, à Tokyo, le 23 février 2025.

Des sympathisants agitent des drapeaux nationaux alors que l'empereur Naruhito du Japon (3e à droite en haut) fait son apparition aux côtés de l'impératrice Masako (2e à droite), de leur fille la princesse Aiko (à droite), du prince héritier Akishino (3e à gauche), la princesse héritière Kiko (2e à gauche) et leur fille, la princesse Kako (à gauche), sur le balcon du Palais impérial, à l'occasion du 65e anniversaire de l'empereur, à Tokyo, le 23 février 2025.

Photo : afp via getty images / RICHARD A. BROOKS

Cette tendance s'explique en partie par la popularité de la princesse Aiko.

La fille unique de l'empereur Naruhito assume de plus en plus de fonctions officielles et apparaît pour plusieurs comme une héritière naturelle.

Beaucoup de citoyens veulent une femme empereur dès maintenant. Des gens viennent m’en parler chaque jour, affirmait récemment au New York Times Kiyomi Tsujimoto, députée du Parti démocrate constitutionnel qui s’oppose aux propositions actuelles.

Cette option demeure cependant absente des discussions parlementaires.

La première ministre Sanae Takaichi, la première femme à diriger le gouvernement japonais, défend le maintien de la succession masculine.

Selon les médias japonais, elle a déclaré qu'il était approprié de limiter l'admissibilité aux descendants masculins de la lignée impériale.

Pour plusieurs analystes, cette controverse révèle les contradictions du Japon contemporain.

Le pays a déjà connu plusieurs impératrices au cours de son histoire, la plus récente étant Go-Sakuramachi au XVIIIe siècle.

Les conservateurs japonais considèrent cependant la transmission patrilinéaire comme un élément essentiel de la légitimité impériale.

L'empereur Naruhito du Japon prononce un discours lors de la session extraordinaire de la Diète à Tokyo, le 24 octobre 2025.

L'empereur Naruhito du Japon prononce un discours lors de la session extraordinaire du parlement à Tokyo, le 24 octobre 2025.

Photo : afp via getty images / KAZUHIRO NOGI

Le professeur Hideya Kawanishi, spécialiste de la famille impériale à l'Université de Nagoya, estime que le refus d'envisager une femme empereur traduit la persistance de préjugés profondément ancrés.

Même si la société a changé, il y a encore des hommes âgés qui se lamentent lorsqu'une fille naît. À long terme, la pérennité du système impérial sera impossible à maintenir, affirmait-il au New York Times.

La question s'inscrit également dans le contexte plus large de la crise démographique japonaise.

Le vieillissement rapide de la population et la chute des naissances touchent désormais toutes les institutions du pays, y compris la monarchie.

Pour plusieurs éditorialistes, la réforme gouvernementale actuellement envisagée ne constitue qu'une solution temporaire.

En évitant le débat sur les femmes et la succession, le gouvernement japonais règle le problème immédiat du manque de membres de la famille impériale sans pour autant répondre à la question de fond sur la possibilité d’avoir une impératrice à la tête du pays.

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