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Le gouvernement Carney lance un nouveau Conseil sur l’IA qui inclut Yoshua Bengio

1 hour ago 3

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Ottawa mettra sur pied un Conseil national sur l'intelligence artificielle (IA), composé de 13 experts issus des secteurs public et privé. Le nouvel organisme aura pour objectif « de formuler des conseils indépendants et pratiques » sur les transformations liées à l'IA au Canada, selon un communiqué publié par le cabinet du premier ministre Mark Carney, vendredi.

Le nouveau Conseil national sur l’intelligence artificielle informera et conseillera le gouvernement sur la manière la plus efficace de déployer l’IA au Canada, notamment la façon de gérer les risques, de saisir les occasions et de veiller à ce que l’IA serve à améliorer la vie de l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, a déclaré M. Carney, cité dans le communiqué.

L'équipe mise sur pied regroupe des analystes, concepteurs, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et fonctionnaires canadiens.

On y retrouve notamment l'un des pionniers du domaine, le chercheur québécois Yoshua Bengio, la présidente et cheffe de la direction de l'institut Mila, Valérie Pisano, ainsi que l'ancien PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon.

Mme Pisano s'est dite honorée de faire partie du Conseil national. Nous avons une occasion unique de façonner une IA sécuritaire, de faire émerger des champions nationaux et de mettre ces grandes avancées au profit d’un monde meilleur pour les citoyens canadiens, a-t-elle déclaré par courriel à Radio-Canada.

Le conseil aura comme mandat de formuler des recommandations sur la stratégie d'IA du gouvernement canadien, notamment en ce qui concerne l'accélération de l'adoption de la technologie, le soutien des leaders nationaux dans le domaine et l'implantation d'une infrastructure technologique souveraine.

Il sera également chargé de formuler des suggestions pour rendre l’IA plus sûre et protéger notre démocratie.

Un montage de photos de Valérie Pisano et de Yoshua Bengio, l'une à côté de l'autre.

Mme Pisano (à gauche) et M. Bengio (à droite) sont quelques-uns des francophones figurant sur le Conseil national sur l'IA. (Montage d'archives)

Photo : Avanti Groupe

Des grands absents

Pour Frédérick Plamondon, professeur au département de management de l'UQAM, l'annonce du gouvernement Carney se résume simplement : C'est un bon plan, mais il y a beaucoup de grands absents.

Il salue l'idée de créer un Conseil national d'experts dans le contexte actuel. Ça prend un comité conseil pour informer correctement les élus. Ça, il n'y a pas de doute. À mon avis, ce n'est pas une mauvaise chose du tout qu'il y ait un comité proche du bureau du premier ministre.

L'expert en éthique de l'IA déplore en revanche que certains profils soient trop représentés au sein du Conseil. Il pointe notamment le secteur plus industriel de l'IA, dont le capital de risque, qui est amplement représenté parmi les membres.

M. Plamondon reconnaît que la proximité avec ces secteurs ainsi que les parcours professionnels similaires de certains membres soulèvent des questions.

Le message envoyé par la création de ce conseil est clair pour lui : C'est vraiment un conseil qui est tourné vers l'industrie de l'intelligence artificielle et qui vise clairement des résultats économiques, d'abord et avant tout, remarque-t-il en entrevue avec Radio-Canada.

Parmi les grands absents du Conseil, M. Plamondon note les arts et la culture. Pour un gouvernement qui vient d'annoncer qu'il allait protéger la souveraineté culturelle […] ne pas voir personne de la culture et des arts, je trouve ça étonnant.

Il souligne aussi l'absence de représentants des travailleurs, alors que la protection et la création d'emplois étaient centrales à la stratégie sur l'IA dévoilée en juin. Le manque d'intervenants avec une expertise indépendante sur l'éthique de l'IA, l'éducation et l'environnement le déçoit également.

Dans les faits, il y a beaucoup de connaissances, il y a beaucoup d'amis, il y a des gens qui se parlaient déjà au départ [...] Ça va être une belle place d'influence pour pousser leur agenda. Moi, j'aurais voulu voir plus de place pour le public, pour des chercheurs indépendants dans les domaines mentionnés qui ne sont pas là du tout, observe-t-il.

On veut une souveraineté, mais on ne veut pas nécessairement un regard indépendant sur la forme et les modalités qui permettraient sa mise en œuvre, ajoute M. Plamondon.

Malgré tout, le professeur ne se dit pas très surpris de la tournure des événements. Même si, personnellement, je peux être en désaccord ou avoir des inconforts avec ça, il reste que je comprends pourquoi c'est fait comme ça. Mais il n'y a que des experts de l'industrie [sur le Conseil], dit-il avec déception.

Il dénonce aussi une consultation publique sur cette stratégie plus cosmétique que d'autre chose.

Je comprends qu'il y a des enjeux plus urgents que d'autres, mais si c'est une technologie qui mène à une révolution sociale importante, il faut qu'on soit consulté quelque part, insiste M. Plamondon.

Stratégie nationale

La création du conseil s'inscrit dans la stratégie fédérale sur l'IA dévoilée en juin dernier, nommée L'IA pour tous. Son plan quinquennal promet de favoriser l'adoption responsable de l'IA avec un accent sur la protection des données personnelles et sur la création d'emplois.

La souveraineté technologique du Canada et la volonté que l'ensemble de la population puisse tirer profit de l'IA sont parmi les lignes directrices de la stratégie.

Le plan établit comme objectifs une croissance économique de 200 milliards de dollars et la création de 250 000 emplois dans le domaine sur cinq ans. Il compte aussi augmenter fortement le niveau d'adoption de la technologie par les entreprises canadiennes d'ici 2034, faisant passer son taux d'adoption auprès de ces dernières de 12 % à 60 %.

Patrick Pichette parle.

Patrick Pichette a été nommé membre d'office du Conseil national sur l'IA. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Qui sont les membres du Conseil national sur l'IA?

  • Yoshua Bengio – Professeur d'informatique à l'Université de Montréal, coprésident et directeur scientifique de LoiZéro, ainsi que fondateur et conseiller scientifique de Mila. Le Québécois est considéré comme l'une des sommités de l'intelligence artificielle à l'échelle mondiale.
  • Valérie Pisano – PDG de Mila, un centre de recherche montréalais sur l'IA. Elle a auparavant travaillé comme consultante au sein de McKinsey Canada.
  • Louis Vachon – Ex-PDG de la Banque Nationale du Canada pendant presque 15 ans.
  • Ajay Agrawal – Professeur de gestion stratégique à l'Université de Toronto. Il est aussi chercheur associé au National Bureau of Economic Research (NBER), aux États-Unis.
  • Sanja Fidler – Professeure associée slovéno-canadienne à l'Université de Toronto, Mme Fidler est aussi vice-présidente de la recherche en IA chez le géant de la Silicon Valley Nvidia.
  • John Graham – PDG de l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada. La société d'État gère 793,3 milliards de dollars d'actifs.
  • Gillian Hadfield – À l'Université Johns Hopkins, elle travaille dans la recherche sur l'alignement éthique et la gouvernance de l'IA. Elle a aussi travaillé plusieurs années chez OpenAI.
  • Jordan Jacobs – Cofondateur de Radical Ventures, une société de capital de risque spécialisée dans l'IA.
  • Eric Lamarre – Le directeur de McKinsey Digital en Amérique du Nord, une section de la firme multinationale de conseil en stratégie McKinsey & Co. Dans l'exercice de ses fonctions chez McKinsey, il a régulièrement conseillé certaines des plus grosses entreprises au sujet de l'IA.
  • Thomas Pitfield – Sénateur canadien et ancien entrepreneur dans le domaine technologique. Avant son arrivée au Sénat, il était secrétaire principal du premier ministre Mark Carney et l'un de ses principaux conseillers en matière d'IA.
  • Jody Thomas – Ancienne conseillère à la sécurité nationale et au renseignement auprès du premier ministre et ex-sous-ministre de la Défense.
  • Michelle Zatlyn – Originaire de la Saskatchewan, elle est la cofondatrice et présidente de l'entreprise de cybersécurité Cloudflare.
  • Patrick Pichette – Le Québécois a occupé des postes à la haute direction chez Bell, Google, Twitter, McKinsey et Bombardier. Il a été nommé PDG de Transformation numérique par le premier ministre, début septembre. M. Pichette est le membre d'office du Conseil national.
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