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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe 4 juillet, les Américains célèbrent la liberté. Ils se souviennent de la révolution, de la démocratie, de la naissance d’une république et d’un idéal de liberté. Ce sont des idées puissantes. Elles ont inspiré des peuples partout dans le monde.
Mais pour les peuples autochtones, l’histoire de la liberté américaine a toujours été plus complexe.
La liberté des uns a souvent signifié le déplacement forcé des autres. La construction d’une république a souvent signifié la destruction de nations autochtones. L’expansion de la démocratie est souvent arrivée avec des soldats, des traités brisés, des pensionnats et la prise de terres sacrées.
C’est pourquoi le décret présidentiel 14253 de Donald Trump, intitulé Restaurer la vérité et le bon sens dans l’histoire américaine, devrait inquiéter toute personne qui croit qu’une histoire nationale doit rester honnête. Ce décret cherche à transformer la manière dont les musées, les parcs et les institutions fédérales, y compris le Smithsonian, présentent l’histoire américaine. Son objectif déclaré est d’écarter ce qu’il qualifie d’idéologie inappropriée et de restaurer les monuments publics comme symboles de la grandeur américaine.
Mais qui décide de ce qu’est la vérité? Qui décide de ce qu’est le bon sens? Et à quel moment le patriotisme devient-il une forme d’oubli?
Un pays a parfaitement le droit de célébrer ses réussites. Les nations ont besoin de récits. Elles ont besoin de symboles. Elles ont besoin de cérémonies qui rassemblent les gens. Mais une nation a aussi besoin de mémoire. Sans mémoire, le patriotisme devient trop facile. Il devient une sorte de religion d’État, où seuls les récits héroïques sont permis et où les questions douloureuses sont traitées comme des signes de déloyauté.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Le patriotisme a-t-il peur de la mémoire?
Les peuples autochtones savent ce qui arrive lorsque les gouvernements contrôlent la mémoire.
La nation cherokee et d’autres nations autochtones du sud-est des États-Unis ont été arrachées de force à leurs terres au 19e siècle. La Piste des larmes n’est pas une note de bas de page malheureuse dans l’histoire américaine. Elle fait partie de la construction des États-Unis. Des familles ont été chassées de leurs territoires. Des personnes sont mortes en chemin. Des nations entières se sont fait dire que leur existence faisait obstacle au progrès.
Cela ne fait-il pas partie, aussi, de l’histoire américaine?
Pendant des générations, des enfants autochtones ont aussi été envoyés dans des pensionnats conçus pour effacer leurs langues, leurs cultures et leurs liens familiaux. Des enfants ont été punis, parce qu’ils parlaient les mots de leurs ancêtres. On leur a enseigné que, pour survivre, ils devaient devenir quelqu’un d’autre.
En 2024, vers la fin de sa présidence, Joe Biden a présenté des excuses pour le rôle du gouvernement américain dans ce système de pensionnats. Ce fut un moment important. Non pas parce qu’une excuse répare tout. Elle ne le fait pas. Mais parce qu’elle reconnaissait que la douleur était réelle, que la politique était délibérée et que les enfants comptaient.
Présenter des excuses, ce n’est pas haïr son pays. C’est croire qu’un pays peut devenir meilleur que ses pires gestes.
Voilà le danger de cette nouvelle approche de l’histoire américaine. Si le gouvernement affirme que les musées doivent seulement élever, inspirer et célébrer, alors où les enfants autochtones trouvent-ils leur place? Où trouvent-ils leur place, ces enfants qui ne sont jamais revenus des pensionnats? Où trouvent-elles leur place, les nations cherokee, lakota, dakota, cheyenne, arapaho et tant d’autres?

Le musée national de l'histoire américaine Smithsonian à Washington. (Photo d'archives)
Photo : Flickr / Victor R. Ruiz
Les terres sacrées derrière les grands symboles américains
Cette semaine, Donald Trump était aussi au Dakota du Nord pour des événements liés à la nouvelle bibliothèque présidentielle Theodore Roosevelt, à Medora. Roosevelt est présenté comme un défenseur de la nature, un président, un soldat et un champion des grands espaces américains. Mais du point de vue autochtone, l’histoire est plus complexe.
Les espaces sauvages que Roosevelt aimait n’étaient pas vides. Ils étaient habités par des lois autochtones, des mémoires, des cérémonies, des territoires de chasse, des lieux de sépulture et des relations sacrées avec la terre. Une grande partie du récit américain de la conservation de la nature s’est construite en retirant les peuples autochtones des terres qu’ils avaient pourtant protégées depuis des temps immémoriaux.
On peut dire la même chose du mont Rushmore. Beaucoup d’Américains y voient des présidents sculptés dans la pierre. Les Lakotas y voient les Black Hills, des terres sacrées prises malgré les promesses faites par traité. Ces deux histoires existent. Mais une seule est souvent considérée comme patriotique.
Voilà le véritable enjeu. L’Amérique n’a pas à choisir entre la grandeur et la culpabilité. Elle doit plutôt avoir le courage de tenir ensemble la grandeur et les torts dans une même mémoire nationale.
La question n’est pas de savoir si les Américains devraient aimer leur pays. Bien sûr qu’ils le peuvent, s’ils le souhaitent. La question est de savoir si cet amour doit dépendre de l’oubli des peuples autochtones.
Une nation mature n’a pas besoin d’une histoire parfaite. Elle a besoin d’une histoire honnête. Elle peut célébrer le 4 juillet et se souvenir de la déportation des Cherokees. Elle peut honorer Roosevelt et dire la vérité sur les terres autochtones. Elle peut construire des musées et parler encore des pensionnats.
Si l’histoire américaine doit être purifiée avant de pouvoir être aimée, alors ce n’est pas la vérité qu’on restaure. C’est la peur qui se déguise en patriotisme.
Décret 14253
Vérité d’État
Gros bon sens
Hérétiques, taisez-vous!


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