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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa Société de transport de Montréal (STM) teste l’intelligence artificielle afin de détecter les personnes qui « s’éternisent » dans les stations de métro à l’approche de leur fermeture. La solution, discrètement à l’essai depuis plusieurs mois et développée par une jeune pousse montréalaise, suscite des critiques.
Depuis janvier, les bandes vidéo des caméras de surveillance des stations Papineau et Place-Saint-Henri sont analysées par l’intelligence artificielle, dans le cadre d’un projet pilote. La preuve de concept, élaborée par la firme Lipslogics, permet d’identifier les flâneurs lorsque vient le temps de fermer les stations de métro, à la tombée de la nuit.
Par exemple, lorsqu'un individu est détecté dans une station une heure avant sa fermeture, une notification est envoyée à la centrale de répartition de visio opérationnelle, qui avise par la suite les constables spéciaux afin qu'ils puissent le guider vers la sortie. L'objectif est d'accélérer la fermeture des stations pendant la nuit, durant laquelle se déroulent des travaux d'entretien.

Les signalements seront toujours validés au préalable par un humain avant d'être transmis aux constables spéciaux, précise la STM. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
On est vraiment très primitif en termes de ce qu'on veut faire. C'est vraiment [pour détecter] une présence humaine dans une heure donnée et une station donnée, assure le chef de division en sûreté corporative à la STM, Zakaria Hajji. La solution n'est pas associée à une base de données permettant d’identifier les personnes et les bandes vidéo sont détruites après 72 heures, ajoute par écrit la Société de transport de Montréal.
La technologie pourrait être implantée dans quatre stations supplémentaires d’ici la fin de son élaboration, prévue en avril. Ensuite, la STM évaluera si la solution d’IA peut générer des gains opérationnels qui justifieraient un investissement. Cette collaboration s'est faite sans coût pour la Société, mais elle a dû octroyer un contrat de gré à gré de 103 477 $ à la firme le mois dernier pour poursuivre le développement de la solution.
Justifié?
La Ligue des droits et libertés (LDL), qui surveille le déploiement de ce genre de technologie, croit que l'usage de l'IA pour détecter les flâneurs dans le métro va trop loin.
La surveillance à des fins de gestion, ce n'est pas un motif qui justifie ce genre de surveillance, affirme Dominique Peschard, membre du comité Surveillance des populations, intelligence artificielle et droits humains pour la LDL.
Malgré les propos rassurants de la STM, il craint que la solution puisse être utilisée à d'autres fins, par exemple pour appliquer sa politique d'interdiction du flânage dans les stations de métro, en vigueur depuis l'an dernier. Qu’est-ce qui va empêcher le logiciel d’être utilisé à d’autres moments que la fermeture simplement pour expulser des itinérants du métro? s'interroge M. Peschard.

En mars 2025, la Société de transport de Montréal a mis en place une obligation de circulation dans ses stations de métro afin d'y réduire le nombre de personnes « sans objectif de déplacement » et d'améliorer le sentiment de sécurité. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
En 2025, les constables spéciaux ont raccompagné plus de 11 000 personnes à la sortie du métro à sa fermeture, selon le dernier rapport annuel de la STM. Il s'agit d'une tâche longue et complexe dans un réseau de 68 stations qui regorge de couloirs et de recoins.
Il y a des nuits, en toute transparence, [où] on n’arrive même pas à faire tous les raccompagnements [avant] que les stations soient en train de rouvrir.
Un manque de transparence dénoncé
La preuve de concept est à l'essai depuis le début de l'année, mais n'a fait l'objet d'aucune annonce publique de la part de la STM. Une erreur, selon Sébastien Gambs, professeur d'informatique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
Ce qui serait important d'abord, c’est la transparence. D'avertir les gens quand ils rentrent dans ces stations-là, de leur dire qu’au-delà des caméras classiques de surveillance, on teste un nouveau système, cite en exemple celui qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives.

Sébastien Gambs est professeur d'informatique à l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives.
Photo : Radio-Canada / Édouard Beaudoin
Sébastien Gambs se questionne également sur l'accès aux données colligées par la solution. Par écrit, la STM assure qu'elles ne circulent que sur ses serveurs. Le fait qu’elles soient stockées localement, c’est bien, mais la question c’est : qui a accès à ces données-là pendant les 72 heures? se demande le professeur à l'UQAM.
Les données sont actuellement à la disposition des employés de la firme parce qu'ils doivent faire des tests, reconnaît Zakaria Hajji. Mais à terme, elle n'y aura plus accès, assure-t-il.
Tant la Ligue des droits et libertés que le professeur Gambs s'inquiètent des biais algorithmiques que pourrait générer la solution d'IA. Une crainte que partage aussi le Réseau Solidarité Itinérance Québec, qui appréhende que certaines personnes fassent davantage l'objet de signalements que d'autres.
Est-ce qu’il y a une équité? Si quelqu’un d’un peu sale avec une tuque est assis, est-ce qu'on y va? Alors que si c’est un monsieur en veston qui parle au téléphone et qui traîne dans un coin avec exactement le même comportement, est-ce qu'on va lui laisser une chance?

Aucun nouveau dispositif physique n'a été nécessaire pour élaborer cette preuve de concept, selon la STM.
Photo : Radio-Canada / Martin Hazel
La STM réitère que son objectif est strictement d'optimiser ses opérations. Peu importe votre race, votre couleur, votre poids, votre coupe de cheveux, ce n'est pas important pour nous. C'est vraiment cette présence humaine dans les installations qui compte aujourd'hui, rassure M. Hajji.
La firme qui conçoit la solution n'a pas répondu à nos questions. Notre mission est d’accroître la productivité des entreprises à l’échelle mondiale grâce à la recherche opérationnelle et aux systèmes de décision intelligents, tout en offrant des transformations complètes, peut-on lire sur le site web de Lipslogics.

8:28
Le reportage d’Édouard Beaudoin, suivi d’une entrevue avec Catherine Dupont-Gagnon, experte en cybercriminalité et cofondatrice de Cyber citoyen


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