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La semaine des mauvaises questions… et des mauvaises réponses

2 months ago 23

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Les relations entre les acteurs du sport professionnel et les membres de la presse prennent parfois d’étranges tournures. On en a eu quelques exemples cette semaine.

Jeudi, à Suzuka, Max Verstappen a exigé qu’un journaliste du réputé quotidien britannique The Guardian quitte la salle avant de commencer une conférence de presse organisée en vue du Grand Prix du Japon. La raison de cette expulsion? Le pilote de Red Bull n’avait toujours pas digéré une question que ledit journaliste, Giles Richards, lui avait posée à la fin de la saison 2025!

En décembre dernier, malgré une exceptionnelle remontée au classement, Verstappen a raté le championnat des pilotes par deux minuscules points. Quand Lando Norris a remporté le titre au dernier GP de la saison, Giles Richards a rappelé à Verstappen qu’il avait reçu une pénalité de 10 secondes au Grand Prix d’Espagne (disputé en juin) pour être entré en collision avec la monoplace de George Russell. Cette pénalité avait aussi fait perdre neuf points de classement à Verstappen. Et maintenant qu’il s’avérait que cette incartade lui coûtait également le championnat, le journaliste souhaitait savoir si Verstappen regrettait cet épisode.

Il regarde devant lui, l'air sévère.

Max Verstappen s'est adressé à la presse à Suzuka après que le journaliste Giles Richards eut quitté la salle.

Photo : Getty Images / AFP/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Sur le coup, Verstappen avait reproché au journaliste du Guardian de ne pas tenir compte des nombreuses bonnes choses qu’il avait faites durant cette longue saison. Et il avait reproché à Richards son sourire niais.

Quatre mois plus tard, visiblement, Verstappen n’a toujours pas décoléré.

Giles Richards a publié un texte dans lequel il a donné sa version de l’histoire.

Je ne suis pas sûr que j’affichais un sourire niais (en décembre). J’étais certainement surpris par la véhémence de la réponse de Verstappen et elle avait peut-être provoqué un sourire nerveux de ma part. Mais je ne trouvais pas sa situation amusante et je ne m’amusais pas à ses dépens, a écrit Richards.

Philosophe, le journaliste estime qu’il y a des problèmes beaucoup plus graves dans le monde que le fait de savoir qu’un pilote de F1 vous en veut.

J’admire encore Verstappen et j’espère que je pourrai entretenir une meilleure relation avec lui à l’avenir. Mais parfois, des questions étranges ou difficiles doivent être posées. Ce sont les exigences du métier et elles viennent avec le privilège (de couvrir la F1), a-t-il conclu.


Plus près de nous, Martin St-Louis a aussi fait preuve d’incivilité, jeudi, après l’entraînement matinal de son équipe.

Dès les premières secondes de sa conférence de presse, l’entraîneur du Canadien s’est offusqué quand le descripteur des matchs du CH, Martin McGuire, lui a demandé s’il envisageait des modifications à sa formation pour le match qui était prévu en soirée contre les Blue Jackets de Columbus.

Il n’y avait rien d’extravagant là-dedans. Les journalistes posent machinalement cette question avant la quasi-totalité des matchs. McGuire, qui décrit les rencontres du CH à la radio depuis 23 ans, ne demandait donc pas qu’on lui révèle un secret d’État.

Next question!, a lancé St-Louis après avoir demandé où se trouvait le journaliste Eric Engels, du réseau Sportsnet. (NDLR : Pour la petite histoire, dans un très bref échange en anglais survenu 48 heures plus tôt, St-Louis avait répondu à Engels qu’il souhaitait dorénavant se montrer moins transparent avec les médias quant à la composition de sa formation. Mais l’entraîneur du CH semblait croire que tout le monde avait entendu ou noté cette réponse et que tout le monde considérait désormais la composition de la formation comme un sujet tabou.)

La prochaine question est venue de l’un des plus talentueux et méticuleux journalistes affectés à la couverture de l’équipe, Guillaume Lefrançois, de La Presse. Lefrançois tentait de savoir si St-Louis avait décidé de changer sa façon de communiquer à propos des formations à l’approche des séries quand l’entraîneur l’a interrompu.

J'en ai parlé la dernière fois! J'en ai parlé. Pourquoi on parle de ça, là? Y a-t-il des bonnes questions à matin? Posez-moi des bonnes questions!, s’est impatienté St-Louis en élevant le ton.

La scène telle qu’on la voit sur vidéo ne permet pas de mesurer à quel point le niveau de tension était élevé dans la salle, ont témoigné quelques confrères.

Les relations professionnelles entre les employés de l’équipe et les représentants des médias étant généralement très civilisées, tout le monde s’est évidemment demandé quelle mouche avait bien pu piquer l’entraîneur.

St-Louis croyait-il vraiment que les Blue Jackets allaient modifier leur plan de match en apprenant que Joe Veleno allait remplacer Alexandre Texier? Ça lui appartient. Mais son rôle ne consiste certainement pas à juger de la pertinence des questions qui lui sont posées.

Quand il est arrivé dans la salle, on sentait qu'il était un peu à fleur de peau. Le ton qu’il a employé pour répondre, c'est une chose. Autant avec Martin St-Louis qu’avec d’autres entraîneurs, ces choses-là arrivent parfois. En revanche, ça m’a davantage surpris quand il a critiqué la pertinence des questions. C'est plus ce bout-là qui m'a dérangé, explique Guillaume Lefrançois.

(…) Je ne pense pas qu'on va s'en sortir si ça devient ça, le discours de l’entraîneur du Canadien. Il y a une façon de répondre aux questions. Qu’il réponde. Et nous, on fera avec.

Les points de presse de l’entraîneur du Canadien étant largement diffusés et suivis par les partisans, Martin McGuire et Guillaume Lefrançois se sont donc retrouvés sur la sellette pour un incident créé à partir d’absolument rien.

Quand ce genre de chose arrive, j'essaie de me rappeler que j'ai des collègues qui couvrent le crime organisé et qu’il y a des photographes qui se pointent à des mariages de membres du crime organisé pour prendre des photos. Dans le grand ordre des choses, il y a quelques affaires qui sont pas mal pires que de se faire crier après par un coach de hockey, estime Lefrançois.


Chez le Canadien, une autre situation inhabituelle est par ailleurs survenue cette semaine en ce qui a trait aux relations avec les médias. Depuis mardi, le gardien Jakub Dobes ne rencontre plus les journalistes parce que ses réponses, semble-t-il, le placent trop souvent dans l’embarras.

C’est probablement du jamais vu. Et si j’en parle ici, ce n’est pas pour mal faire paraître l’organisation ou l’athlète. C’est une situation qui, humainement, vaut la peine qu’on s’y intéresse.

Un gardien de hockey arrête une rondelle.

Jakub Dobes

Photo : imagn images via reuters connect / Eric Bolte

Jakub Dobes est un garçon affable et intelligent. Il n’a pas de problème avec les représentants des médias et il n’est pas aux prises avec un problème d’anxiété ou de santé mentale comme certains l’ont laissé entendre.

Cependant, même s’il n’est pas animé de mauvaises intentions, Dobes s’étend parfois sur des sujets d’une manière qui froissent ses patrons, ses coéquipiers ou des tiers.

Il m’est arrivé en quelques occasions de sourciller en assistant à des points de presse de Dobes parce qu’il répondait avec candeur et moult détails à des questions menant vers un terrain glissant.

Le dernier exemple est survenu lundi dernier, quand le jeune gardien a raconté à un journaliste de TVA qu’il avait entendu un joueur tenir des propos inacceptables le samedi précédent (le 21 mars) lors du match opposant le Canadien aux Islanders de New York. Dobes était alors posté entre les bancs des deux équipes parce que le filet du CH était défendu par Jacob Fowler.

Les propos qu’il a entendus l’ont à ce point choqué, a raconté Dobes, qu’il a jugé bon de prévenir un officiel et qu’il a fait connaître sa façon de penser au joueur fautif. Dobes n’a toutefois jamais nommé le joueur en question ni l’équipe dont ce dernier faisait partie.

Cette histoire laissait place à toute l’imagination du monde. Qu’avait-il entendu de si scandaleux? Des insultes racistes ou homophobes? Allez savoir. Et qui exactement avait pu tenir un langage aussi choquant?

Il est facile de comprendre que cette histoire inusitée, racontée 48 heures après un match, de surcroît par un joueur qui n’y participait pas, ait indisposé ses patrons et certains de ses coéquipiers.

Dobes souffre-t-il d’un trouble de la communication sociale? Ou est-il simplement insouciant? Chose certaine, il semble parfois ne pas posséder ce fameux filtre — standard chez la plupart des joueurs de la LNH — qui leur conseille une certaine retenue lorsqu’ils s’expriment publiquement.

À force de se faire rappeler à l’ordre par son entourage, il est par ailleurs fort compréhensible que Dobes ait moins envie de rencontrer les journalistes.

Et comme l’équipe est engagée dans une période cruciale de la saison et que Dobes contribue de façon importante aux succès de l’équipe, la décision de lui accorder une pause de relations médiatiques s’avère sans doute la meilleure solution pour l’instant.

Cela dit, si ce n’est déjà fait, l’organisation devrait peut-être examiner davantage cette situation. Qui sait, cela pourrait peut-être lui permettre de mieux accompagner son jeune gardien dans cet aspect de son métier.

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