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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ l'image de leurs grands-parents qui, à leur âge il y a 50 ans, se sont battus pour aboutir à la Convention de la Baie James et du Nord québécois, bien des jeunes Cris s'impliquent pour trouver ensemble des solutions aux crises qui les touchent et pour réfléchir à la gouvernance, à la justice, à l'éducation, au développement économique et à la protection de la langue et du territoire de leur nation.
Du haut de ses 22 ans, Bob E. Diamond est le plus jeune élu au conseil de bande de Waskaganish. Il représente d’ailleurs sa communauté au Conseil des jeunes de la Nation crie. Il a partagé son implication et sa passion avec les 275 personnes participant au deuxième Sommet du Conseil des jeunes de la Nation crie.

Bob E. Diamond, conseiller au conseil de la Nation crie de Waskaganish.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Dans une communauté isolée comme la sienne, les jeunes sont confrontés à de nombreux défis, a-t-il noté.
Ils sont témoins de crises engendrées par les traumatismes intergénérationnels, des problèmes qui les affectent profondément, même s’ils ne sont pas allés au pensionnat eux-mêmes. Pour lui, ce type de rencontre sert à réfléchir et à discuter des solutions possibles au sein des communautés.
Nous voyons l’alcool et la drogue ronger notre jeunesse et lui causer du tort à bien des égards, sans oublier la violence conjugale.
Ce n’est pas seulement dans ma communauté, mais dans tout l’Eeyou Istchee. Ce sont des phénomènes très courants dans chaque communauté.
Malgré la tourmente des effets négatifs du colonialisme, Bob E. Diamond a relaté qu’il y a une fierté et une motivation qui poussent les jeunes à vouloir se réunir.
C’est pourquoi nous sommes ici pour partager nos réflexions et nos préoccupations afin de trouver des solutions, en tant que leaders, jeunes leaders, et en tant que Cris, en particulier ceux d’Eeyou Istchee.
Une visionnaire pour le système de justice Eeyou
Carol-Ann Tanoush, originaire de Nemaska, a participé à un panel pour inspirer les participants à croire en eux, mais, surtout, pour rappeler l’importance de la place des aînés dans leur mode de gouvernance. Avant, en Eeyou Istchee, la loi, c’étaient les hommes et les femmes qui s’en occupaient ensemble. Le chef faisait office de policier, tel un chef de police, et l'aîné jouait le rôle de conseiller. Ils s’attaquaient aux conflits et aux injustices qui sévissaient sur le territoire.
Maintenant, avec la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, elle a voulu rappeler aux jeunes qu’ils ont l’occasion de s'impliquer dans l’évolution du système de justice pour l’adapter à leur culture une fois leurs études terminées. Malgré les imperfections, elle a tenu à reconnaître le travail des générations précédentes qui ont bâti un système selon leurs habiletés et leurs compétences.

Carol-Ann Tanoush et Johnny Saganash de Waswanipi
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
C’est un succès pour l’étudiante en criminologie, qui donne l’exemple des Forces de police Eeyou / Eenou, où la majorité du personnel est originaire des communautés desservies. Il n’est pas parfait, mais nous pouvons combler les lacunes, en consultant continuellement les aînés, a-t-elle précisé.
Carol-Ann Tanoush tenait à être accompagnée d’un aîné et c’est Johnny Saganash, un membre du Conseil des aînés de la Nation crie et un ancien policier, qui s’est prêté au jeu. Il partage les mêmes idéologies. En regardant évoluer celle qui espère un jour décrocher son doctorat, Johnny Saganash a confiance en l'avenir de la nation.
Nous encourageons les jeunes à viser plus haut [...] [Ses études] vont désormais nous aider, en tant que nation crie, à travailler ensemble. C'est très important de le comprendre. Nous ne voulons pas pousser les jeunes trop vite. Ils vont apprendre à leur rythme, comme nous, à le faire au jour le jour. Maintenant, eux, ils vont le faire avec un diplôme.
Alors qu’elle termine son baccalauréat dans quelques jours, elle entrevoit des pistes de solutions pour sa nation afin d’apporter des changements dans le système de justice.
Elle aimerait avant tout éliminer la perception que les Premières Nations et les Inuit ont d’eux-mêmes, c’est-à-dire d’être des victimes des institutions. Pour cette Eeyou de Nemaska, cette idée reçue doit changer et elle croit fermement pouvoir influer sur la perception qu'ont les Cris de la criminalité.

Les participants au Sommet des conseils des jeunes de la Nation crie
Photo : Radio-Canada
Si un policier entre chez vous, vous avez l’impression d’avoir fait quelque chose de mal, n’est-ce pas? Le pire sentiment qui soit, c'est celui de se sentir comme un criminel.
Le lien de confiance entre les services policiers et les Premières Nations est parfois fragile, parfois carrément rompu, en raison d’un passé marqué par l’usage des forces policières pour subjuguer les peuples autochtones. Il y a donc beaucoup de travail à faire pour bâtir une relation saine où le travail des policiers n’est pas seulement vu comme de la répression.
Carol-Ann Tanoush voudrait également repenser la manière de réhabiliter les criminels en réconciliant les réalités du système carcéral aux éléments traditionnels de la culture eeyou.
Elle se demande même pourquoi il n'y a pas de pénitencier en Eeyou Istchee.

Jade Mukash, grande cheffe du Conseil des jeunes de la Nation crie, avec son grand-père, Matthew Mukash
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Avec son grand sourire et ses longs cheveux noirs, la grande cheffe du Conseil des jeunes de la Nation crie, Jade Mukash, monte sur la scène et en redescend avec prestance, un trait qui l’a sans doute aidée à décrocher le titre de Miss Eeyou Eenou Iskwau cette année.
Cette jeune mère prend son rôle de cheffe très au sérieux afin que les membres des conseils des jeunes cris ne soient pas considérés comme de simples organisateurs d’événements.
Car chaque communauté a son propre conseil de jeunes élus qui, à leur tour, sont représentés par le Conseil des jeunes de la Nation crie auprès du Grand conseil de la Nation crie. Nous avons clairement un rôle d’observateurs lors des différentes réunions, a-t-elle indiqué, mais elle voudrait que la voix des jeunes pèse davantage dans la balance.
Comme des leaders, des responsables politiques et des élus, nous militons activement en faveur [de notre légitimité] au sein des communautés afin que nous soyons pris en compte dans les décisions.
Selon Jade Mukash, la jeunesse représente plus de 50 % de la population crie, d’où l'importance d’avoir voix au chapitre. Nous constituons clairement une part importante de la population. Nous pensons que, compte tenu de la croissance démographique très rapide, nous atteindrons probablement les 60 % d’ici peu.
Être leader et militant, d’une génération à l’autre
Jade Mukash a invité son grand-père, Matthew Mukash, à venir partager son histoire auprès des participants du sommet.
Mon grand-père et la famille Mukash ont toujours été reconnus pour être des manifestants, des militants et des défenseurs de toutes sortes de causes. [...] Je trouve que nous sommes vraiment une famille à part. Nous nous comportons différemment et nous défendons nos convictions.

Jade Mukash a invité son grand-père à s'adresser aux délégués de la jeunesse crie afin de les inspirer à se battre pour leur conviction.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
La grande cheffe de la jeunesse voulait montrer aux délégués l’importance de se battre pour ses croyances.
Matthew Mukash est un ancien grand chef de la Nation crie qui a été élu pour un mandat en 2005. Il a grandi sur le territoire selon le mode traditionnel de ses ancêtres.
Il a fait partie de ceux ont lutté pour protéger l’une des dernières grandes rivières au Québec, la Grande rivière de la Baleine, aux côtés de Matthew Coon Come et Billy Diamond. Accompagnés de ces hommes et d’autres Cris, il a pagayé jusqu’au siège des Nations unies à New York pour mettre en lumière l’opposition de son peuple à la construction d’un grand barrage hydroélectrique.
Le projet Grande-Baleine, proposé durant les années 1980, était un projet majeur d’Hydro-Québec qui comportait la construction de trois centrales sur la Grande rivière de la Baleine. Il a été annulé en 1994.
L’aîné de la communauté de Whapmagoostui est fier de sa petite fille, qu’il qualifie de leader naturelle. Elle a toujours été comme ça, même quand elle était adolescente, a-t-il raconté.
Bien qu’engagée, Jade Mukash n’a pas encore déterminé si elle suivra exactement les traces de son grand-père, car elle souhaite trouver un équilibre entre son engagement politique et ses responsabilités envers sa famille, qu’elle désire d’ailleurs agrandir.

Autumn Peltier, militante pour la protection de l'eau, est un Anishinaabe de l'île Manitoulin.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Les organisateurs du sommet ont aussi invité la jeune militante et Anishinaabe de la Première Nation de Wikwemikong Autumn Peltier qui, un peu comme Matthew Mukash, s’est rendue jusqu’aux Nations unies pour livrer un plaidoyer sur la protection de l’eau.
J'ai l'impression que les peuples autochtones ont longtemps été marginalisés et en quelque sorte mis de côté lorsqu'il s'agit des questions autochtones, des communautés autochtones, et notamment des droits à l’eau potable, a relaté Autumn Peltier en entrevue à Espaces autochtones.
Son allocution n’a duré que quelques minutes, mais sa notoriété et la portée de son message n’ont pas manqué de charmer les délégués, avec qui elle s’est fait photographier par la suite.
Aucune action n’est trop modeste [...] et je suis convaincue que la voix des jeunes autochtones est la plus forte qui soit; il est donc essentiel de donner à nos jeunes les moyens de s'exprimer.
L’intérêt de voter aux élections provinciales
Bien des membres de cette jeunesse autochtone auront l’occasion de voter lors des prochaines élections provinciales, certains pour la première fois, d’ailleurs. Participer aux élections générales n’est pas forcément populaire dans les communautés autochtones, mais pour Louisa-Pearl Einish, une jeune Naskapie de Kawawachikamach, se rendre aux urnes est primordial.
Je pense qu'il est très important que les jeunes Autochtones votent au Québec, car notre vote compte, et beaucoup de jeunes doivent comprendre qu'il est essentiel de choisir la bonne personne pour représenter les Premières Nations au Québec.

(De gauche à droite) Louisa-Pearl Einish, jeune Naskapie de Kawawachikamach, Brent « Mooselegs » Edwars et Louise Nattawappio.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Bob E. Diamond n’est pas aussi catégorique à l’idée d’aller voter au prochaines élections provinciales. C’est discutable pour moi, souligne-t-il, mais je crois que notre génération doit réellement y réfléchir.
Dernièrement, le projet de loi pour créer une constitution du Québec a suscité un sentiment d’inquiétude chez lui. C’est sans aucun doute un élément dont nous devons tenir compte lors de ces élections, dit-il.
Il croît que ça va être difficile pour les Premières Nations et les Inuit d’adapter cette constitution à leurs réalités, surtout ceux d’Eeyou Istchee. Il s’interroge sur la façon dont leurs préoccupations peuvent être prises en compte dans le projet de constitution, mais surtout sur la manière dont les jeunes Cris peuvent faire partie du débat lors de la prochaine campagne électorale.


1 month ago
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