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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDimanche sera décerné le tout premier prix de la meilleure distribution de rôles de l’histoire des Oscars. La remise de cette statuette marque une reconnaissance pour ce métier de l’ombre, aux États-Unis comme au Québec, à l’heure où les directeurs et directrices de casting doivent composer avec des budgets de plus en plus serrés et avec la menace de l’intelligence artificielle.
Voter pour les Oscars s'est avéré émouvant cette année pour Nathalie Boutrie et Lucie Robitaille. Membres de l’Académie comme environ 10 000 professionnels du cinéma dans le monde, ces deux figures de la distribution de rôles au Québec ont pu voter pour la première fois afin de récompenser un ou une de leurs pairs.
J’étais très, très, très fière, explique Lucie Robitaille, qui a notamment travaillé sur des films comme La chute de l’empire américain, Viking et Il pleuvait des oiseaux.
C’est la première catégorie pour laquelle j’ai voté cette année, poursuit-elle. Je me suis dit : "si je n’ai qu’un seul vote à donner, c’est celui-là".
À l’image de cette profession majoritairement féminine, quatre femmes et un homme sont en lice pour décrocher l’Oscar de la meilleure distribution des rôles : Nina Gold pour Hamnet, Jennifer Venditti pour Marty Supreme, Cassandra Kulukundis pour Une bataille après l’autre, Gabriel Domingues pour L’agent secret et Francine Maisler pour Sinners.

La Britannique Nina Gold deviendra peut-être dimanche la première lauréate de l'Oscar de la meilleure distribution de rôles. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Monica Schipper
Une récompense longtemps attendue
La création de cette nouvelle catégorie survient près d’un siècle après la naissance des Oscars en 1929.
Enfin! se sont exclamés nombre de membres du milieu de la distribution des rôles aux États-Unis comme au Québec, à l’instar de Mélanie Ranger, présidente de l’Association des Directeurs de Casting du Québec (ADCQ).
C’est la première réaction que mes collègues et moi avons eue, dit-elle, ravie de voir briller sa profession.
Beaucoup de corps de métier sont représentés aux Oscars, alors c’était un peu incompréhensible que ce ne soit pas encore le cas [pour le nôtre], car on est quand même partie prenante des œuvres au même titre que tous les autres artisans.
Sans acteur, il n’y a pas de film, ajoute sa consœur Nathalie Boutrie, qui a notamment mis son expertise au service de films comme Mommy, Ru et Les oiseaux ivres.

Mélanie Ranger est à la tête de l'Association des Directeurs de Casting du Québec, qui existe depuis 40 ans. (Photo d'archives)
Photo : Isabelle Paradis
Ce retard reflète la lente reconnaissance, par Hollywood, du métier de responsable de la distribution des rôles. Ce n’est qu’en 1968 que le nom d’un directeur de casting – celui de Lynn Stalmaster, dont l’immense contribution au cinéma lui a valu de recevoir un Oscar d’honneur en 2016 – a été inscrit au générique d’un film, celui de L'affaire Thomas Crown.
Beaucoup de gens se sont battus pour faire accepter ce prix, ça a été long, observe Lucie Robitaille.
Au bout de la ligne, c’est le réalisateur qui choisit ses acteurs, explique-t-elle. Beaucoup de réalisateurs ne voulaient pas admettre que le directeur ou la directrice de casting fait une grande partie du travail avant qu’ils n’arrivent à leurs choix.
Avec l’ADCQ, Lucie Robitaille a bataillé pour qu’un prix de la meilleure distribution des rôles soit créé au Gala Québec Cinéma en 2017, après environ 20 ans d’efforts. Plusieurs fois nommée dans cette catégorie, elle a fini par être sacrée, avec Dandy Thibaudeau, en 2023 pour Viking.
On met vraiment toutes nos tripes
L’attribution de ce premier Oscar de la meilleure distribution de rôles braque le projecteur sur un métier peu visible et méconnu, qui tend à être confondu avec celui d’agent d’artistes.
Marie-Charlotte Aubin, qui travaille pour le cinéma et la télévision, déplore de se voir parfois être réduite à une organisatrice d’auditions. On est aussi là pour avoir un travail créatif avec les réalisateurs et un travail de recherche avec les agents, dit-elle. On met vraiment toutes nos tripes dans les scénarios qu’on lit, on veut que les acteurs qui vont obtenir les rôles représentent au mieux le film.

Marie-Charlotte Aubin a notamment cherché des acteurs et des actrices pour jouer dans les films « Kanaval » et « La femme cachée ». (Photo d'archives)
Photo : Julie Artacho
Un directeur de casting n’est pas quelqu’un qui, assis derrière son bureau, choisit des têtes sur des sites d’agences [de comédiens], ajoute Nathalie Boutrie. C’est une personne qui bouge, va au théâtre, essaie de faire changer les habitudes de vedettariat et de faire connaître de nouveaux acteurs.
Nommée presque chaque année à l’Iris de la meilleure distribution de rôles, elle a décroché deux fois ce prix pour Les rois mongols, avec sa mentore Emmanuelle Beaugrand-Champagne, et pour Les oiseaux ivres.
Faire vivre un film avec des acteurs que l’on ne voyait pas dans tel rôle, réussir à faire sortir l’exceptionnel de l’artiste, avoir pensé à telle personne au moment où elle n’était peut-être pas une évidence dans la tête de tout le monde… C’est la difficulté de ce que nous avons à trouver.
La création de l’Oscar de la meilleure distribution de rôles survient après plusieurs années de progrès réalisés en matière de diversité à l’écran, bien qu’ils restent insuffisants.
On ne peut pas s’en attribuer tout le mérite, mais je pense qu’on a quand même bien contribué à cette évolution, note Mélanie Ranger.
De moins en moins d’argent
Si la reconnaissance des responsables de la distribution des rôles s’est améliorée au sein du milieu du cinéma, elle reste fragile en raison de la précarité grandissante des industries cinématographique et télévisuelle. Il y a moins de travail, constate la présidente de l’ADCQ.
De plus en plus, nous avons à nous battre pour être engagés par des productions qui vivent des difficultés financières tellement grandes que le casting fait parfois partie des premiers départements coupés, déplore Nathalie Boutrie. On donne le travail de casting à la coordinatrice de production, qui va faire ce qu’elle peut.
La rémunération de ces professionnels fait l’objet de négociations plus âpres que par le passé. C’est de plus en plus difficile d’obtenir notre [tarif] minimum, ajoute-t-elle. Il y a 10 ans, la question ne se posait pas.
Nathalie Boutrie et ses collègues font également face à une accélération du rythme de travail. Nous avons de moins en moins de temps pour explorer et aller sur le terrain faire du casting sauvage, regrette-t-elle.

Gildor Roy et Juliette Bharucha dans le film « La petite et le vieux »
Photo : Gracieuseté de Roy & Turner / Yan Turcotte
Prendre le temps, c’est pourtant ce qui lui a permis de dénicher, à Québec en pleine tempête de neige, la talentueuse Juliette Bharucha pour incarner Hélène dans La petite et le vieux, sorti en 2024. Grâce à ce rôle, l’adolescente a été nommée pour l’Iris de la révélation de l’année lors du dernier Gala Québec Cinéma.
Des craintes pour l’avenir
À ce contexte budgétaire tendu s’ajoute la menace que l’intelligence artificielle (IA) représente à plus long terme.
Nathalie Boutrie s’est amusée à décrire un personnage à ChatGPT et à lui demander des suggestions de noms d’acteurs pour l’interpréter : Il y avait des réponses assez surprenamment correctes et d’autres qui étaient n’importe quoi.

Tilly Norwood n'est pas une actrice en chair et en os, elle n'existe que virtuellement.
Photo : YouTube/Particle6 TV
À l’ADCQ, c’est surtout l’apparition d’acteurs et d’actrices générés par IA, comme Tilly Norwood, qui soulève des inquiétudes.
On voit la place de plus en plus importante de l’IA en production, constate Mélanie Ranger. Est-ce que tout va être créé comme ça un jour? Ce serait terrible, pas juste pour nos métiers, mais aussi pour les acteurs et les actrices.


2 months ago
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