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L’impérialisme sportif des Américains

2 months ago 14

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Cette semaine, l’actualité sportive est meublée de plusieurs sujets qui semblent n’avoir aucun rapport entre eux, mais qui sont liés par un même fil conducteur. Les milliardaires qui possèdent les championnats nord-américains sont en train de s’approprier le sport international et de le façonner à leur convenance.

Mardi soir, le Venezuela a vaincu les États-Unis à l’occasion de la finale de la sixième Classique mondiale de baseball.

Ce tournoi, qui gagne en popularité depuis 20 ans, n’est pas organisé par la Fédération internationale de baseball. Il s’agit plutôt d’une entreprise inventée par la MLB (Major League Baseball) pour monnayer, tous les trois ou quatre ans, deux semaines de la période des camps d’entraînement.

Pour rentabiliser cet événement, on le présente dans quatre stades distincts : à Tokyo, à Houston, à San Juan (Porto Rico) et à Miami. Et pour lui donner un cachet encore plus international, la MLB fait preuve de généalogie inventive. On parvient ainsi à inventer des équipes nationales qui, dans les faits, seraient incapables de compétitionner à ce niveau.

Ainsi, l’équipe italienne qui a fait la manchette après avoir vaincu les Américains au tour préliminaire (et après s’être qualifiée pour les demi-finales) n’était pas vraiment italienne. Elle était en fait composée de seulement trois joueurs nés au pays d’Enzo Ferrari. La plupart des 27 autres joueurs étaient des Américains évoluant dans les ligues majeures, ou ayant de l’expérience dans de telles ligues, et dont les ancêtres venaient de l’Italie.

Même chose au sein de l’équipe de Grande-Bretagne, où l’on trouvait seulement deux Britanniques. L’équipe d’Israël alignait pour sa part un seul Israélien, tandis que l’équipe des Pays-Bas reposait sur le talent de 23 joueurs des îles de Curaçao et Aruba, deux démocraties qui font partie du Royaume des Pays-Bas.

Il y a une curieuse ironie là-dedans. Pendant que le gouvernement américain et l’ICE (la police fédérale de l'immigration) se livrent à la chasse aux immigrants, la MLB s’invente des athlètes étrangers.


D’un point de vue financier, les dirigeants de la MLB prennent certainement cette compétition au sérieux parce qu’elle commence à rapporter des dividendes. Environ 1,4 million de spectateurs ont acheté des billets pour assister à des matchs de la Classique mondiale au cours des dernières semaines, alors que les premières éditions généraient deux fois moins de ventes.

Et on ne parle pas des sommes que doivent allonger les télédiffuseurs japonais pour permettre à leur public de voir Shohei Ohtani défendre les couleurs de son pays.

Un joueur de baseball regarde dans les airs.

Le Japonais Shohei Ohtani à la Classique mondiale de baseball

Photo : Getty Images / Al Bello

D’un point de vue sportif, par contre, le sérieux démontré par la MLB est plus discutable. Le tournoi est présenté dans une période de l’année où les lanceurs augmentent prudemment leur charge de travail afin d’être prêts à affronter les rigueurs du long calendrier qui les attend. En conséquence, ils sont soumis à une limite de lancers, comme on le fait dans les petites ligues.

L’équipe des États-Unis puise dans son considérable bassin pour dénicher des joueurs enthousiastes à l’idée de prendre part à la compétition. Plusieurs supervedettes (comme Aaron Judge, Alex Bregman, Cal Raleigh et Paul Skenes) y participent. Mais on ne parvient quand même pas à recruter tous les meilleurs talents disponibles.

Le lanceur partant des États-Unis pour la finale de mardi, Nolan McLean, comptait exactement 48 manches d’expérience dans la MLB…


Pour sa part, la Ligue nationale de hockey (LNH) et l’Association des joueurs de la LNH annonçaient officiellement lundi que leur « Coupe du monde » reprendra vie et qu’elle sera disputée à Prague, à Calgary et à Edmonton en février 2028. D’un point de vue géographique, on revoit donc ici le même genre de formule que celle qui est préconisée à la Classique mondiale de baseball.

Les propriétaires de la LNH rêvent depuis longtemps de s'approprier le hockey international. En conséquence, ils ont dorénavant l’intention de présenter leur propre compétition tous les quatre ans au beau milieu des cycles olympiques.

Le hic, c’est que, contrairement à la situation dans le baseball, il y a des organisations comme le CIO (Comité international olympique) et l'IIHF (International Ice Hockey Federation) qui organisent des tournois de hockey internationaux depuis des décennies. L'IIHF, un organisme à but non lucratif qui a pour mandat de stimuler la pratique du hockey aux quatre coins du monde, finance une grande partie de ses activités avec les revenus générés par le Championnat mondial. Ce tournoi, très populaire en Europe, est présenté chaque printemps en sol européen.

Avec sa Coupe du monde, la LNH s’attaquera donc directement aux finances de l'IIHF puisqu’elle vendra des billets et des droits de télé dans les mêmes marchés que la fédération internationale.

Durant les cycles de 4 ans – par exemple entre 2027 et 2030 –, il y aura dorénavant six grands tournois internationaux qui seront présentés, soit un tournoi olympique, une Coupe du monde de la LNH et quatre Championnats mondiaux de l'IIHF.

Sidney Crosby célèbre son but avec des coéquipiers.

Sidney Crosby et des membres de l'équipe canadienne aux Jeux de Milan-Cortina

Photo : Getty Images / Gregory Shamus

À coup sûr, un effet de saturation surviendra dans le marché, soit du côté des amateurs, soit du côté des joueurs, soit des deux.

Un exemple?

À compter de la saison prochaine, les joueurs de la LNH devront disputer des calendriers de 84 matchs avant de participer aux séries éliminatoires. Et deux années sur quatre, ces calendriers seront compressés en raison de la présentation des Jeux olympiques et de la Coupe du monde de la LNH.

Il n’est donc pas nécessaire de faire appel à Nostradamus pour prédire que les meilleurs joueurs au monde seront de plus en plus rares à participer au Championnat mondial de l'IIHF au mois de mai.

Ce n’est donc pas l’organisation d’un nouveau tournoi que la LNH annonçait cette semaine. On assistait plutôt au début d’une opération de prise de contrôle du hockey international.


Finalement, le site web The Athletic nous apprenait lundi que la NBA (National Basketball Association) acceptera jusqu’au 31 mars les candidatures d’investisseurs intéressés à acquérir une concession de la NBA Europe, une nouvelle ligue que le circuit américain espère pouvoir lancer sur le Vieux Continent à compter de 2027.

Il existe en Europe une ligue de basketball professionnel extrêmement compétitive, l’EuroLeague, qui a été fondée en 1958 et dont les structures ont été modernisées en 2000. Cette ligue compte 20 équipes, et le Real Madrid, avec 11 titres, en est le club le plus décoré. On trouve aussi notamment des équipes de l’EuroLeague à Paris, à Barcelone, à Milan, à Belgrade, à Valence et à Athènes.

Or, les propriétaires de la NBA estiment qu’ils peuvent extraire plus de revenus du marché européen que le font les dirigeants de l’EuroLeague. Ils ont donc décidé de lancer leur propre ligue. Et plusieurs rapports indiquent que la NBA tente de débaucher quelques-uns des plus prestigieux clubs de l’EuroLeague.

Selon The Athletic, la NBA fixe à 1 milliard le prix d’entrée des investisseurs intéressés à lancer l’un des 12 clubs permanents de la nouvelle NBA Europe.

Un logo de la NBA au centre d'un terrain de basketball.

La NBA acceptera jusqu’au 31 mars les candidatures d’investisseurs intéressés à acquérir une concession de la NBA Europe.

Photo : Associated Press / Ashley Landis

Le Fonds d’investissement public saoudien serait sur les rangs pour installer une concession à Londres, tandis que le propriétaire du club de foot Paris Saint-Germain, Qatar Sports Investments, souhaiterait mettre la main sur les droits de la future équipe de Paris. Le fonds de placement RedBird Capital serait pour sa part en train de se positionner pour lancer un club à Milan.

La NBA, quant à elle, aurait l’intention de rester propriétaire à 50 % de son nouveau circuit européen.

Les dirigeants de l’EuroLeague perçoivent évidemment l’arrivée de la NBA Europe comme une menace existentielle à leur circuit, mais aussi comme une menace au système de clubs implanté en Europe pour développer les jeunes talents.

Avec l’aide de la Fédération internationale de basketball, la NBA s’apprête donc à démanteler l’écosystème européen pour son propre bénéfice. Et elle risque avant longtemps de se retrouver en situation de quasi-monopole.

La soif de revenus des ligues professionnelles est infinie.

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