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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayL’histoire des défilés de la Fierté commence chez nos voisins américains, le 28 juin 1969. Une violente descente policière a alors lieu au Stonewall Inn à New York, bar de prédilection de la communauté LGBTQ+.
C’est la goutte qui fait déborder le vase : la colère, accumulée après des années de répression policière, culmine en cinq jours d’émeutes de la communauté LGBTQ+ new-yorkaise, la plus importante de l'époque aux États-Unis.

Plusieurs personnes ont été arrêtées pendant les émeutes du 28 juin 1969, à New York.
Photo : YouTube / CBS
Les événements de Stonewall marquent un véritable tournant dans la lutte pour les droits LGBTQ+ aux États-Unis, parce que ça va donner lieu à des mouvements et des associations comme le Gay Liberation Front, explique Jean-Charles Panneton, historien et auteur de l’essai Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada.
Les mouvements de revendication des droits des gais à cette époque vont beaucoup s’inspirer des mouvements civiques des Afro-Américains et des mouvements féministes.
Un an après, en 1970, pour marquer l'anniversaire des émeutes de Stonewall, les premiers défilés de la Fierté – ou marches de la libération, comme on les nommait à l'époque – sont organisés non seulement à New York, mais aussi à San Francisco, Chicago, Boston, Los Angeles, Atlanta, raconte M. Panneton.

Un an après les émeutes de Stonewall, une marche a été organisée à New York pour commémorer l'événement.
Photo : YouTube / CBS
Ainsi est née la tradition des marches de la Fierté aux États-Unis – qui tarde toutefois à faire son bout de chemin au Québec.
La traduction s'installe à Montréal
À Montréal, il faudra attendre jusqu'en 1979, dix ans plus tard, pour qu’une première marche soit organisée par un groupe militant nommé la Brigade rose, afin de souligner les dix ans du soulèvement de Stonewall.
Un maigre groupe de 52 marcheurs se rassemblent alors et se déplacent autour du carré Saint-Louis, près du parc La Fontaine, relate M. Panneton.

La première marche de la Fierté à Montréal, en 1979, a été organisée par la Brigade rose, chapeautée par John Banks (avec le casque) et Armand Monroe (de dos), un pionnier de la scène drag à Montréal.
Photo : Collection privée d'Armand Monroe
Dans les médias, on en a très peu parlé, c’est passé largement sous silence. L’année suivante, ils seront 250.
Ces petits cortèges espéraient alors brasser la cage pour dénoncer les violences policières dans la métropole, explique l'historien.
À cette époque, les forces policières étaient assez conservatrices et homophobes dans leurs interventions. Selon le Code criminel fédéral, les policiers avaient beaucoup de latitude pour agir sur la base de la "grossière indécence".
La répression policière est d’autant plus virulente sous la mairie de Jean Drapeau, rappelle M. Panneton. Il voulait faire le nettoyage de Montréal pour l’Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976. La communauté LGBTQ+ devient alors la cible d'arrestations et de descentes dans les bars.

Un article du journal « Montréal-Matin » du 9 novembre 1978 rapportant une manifestation de la communauté LGBTQ+ contre les descentes policières sous l'administration de Jean Drapeau.
Photo : Bibliothèque et archives nationales du Québec
Après la Brigade rose, l’Association pour les droits des gais du Québec (ADGQ) prend le relais de l'organisation des marches annuelles de la Fierté dans les années 1980.
Ça fluctue en importance, ce n’est pas toujours bien organisé, mais les gens se rassemblent et sont toujours un peu plus nombreux, souligne M. Panneton.
Vers du tourisme LGBTQ+
C’est finalement en 1993 qu’une organisation plus formelle voit le jour pour mieux organiser les défilés de la Fierté : le festival Divers/Cité – l’ancêtre de Fierté Montréal.
L’un de ses fondateurs, Puelo Deir, à l’époque un party boy autoproclamé, allie ses forces à Suzanne Girard, qui avait déjà de l’expérience dans l’organisation de festivals.
Lui qui avait goûté aux scènes de liesse en assistant à de grandes marches de la Fierté aux États-Unis souhaitait importer cette joie à Montréal, où les défilés se faisaient encore modestes.
Car, selon lui, l’ambiance était morose à Montréal au début des années 1990. En raison de la crise du sida qui sévissait, une certaine apathie s’était installée dans la communauté LGBTQ+, et une partie de celle-ci avait l’impression qu’il n’y avait tout simplement pas de raison de célébrer, se souvient le militant aujourd'hui âgé de 60 ans.
L’initiative de Divers/Cité a ainsi été accueillie avec circonspection par certains. Les gens faisaient des paris sur le nombre de personnes qui allaient participer. Finalement, on était 5000 lors de la première édition, raconte Puelo Deir. Trois ans plus tard, le nombre de participants avait déjà triplé.

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Images du premier défilé de Divers/cité, en 1993
Au fil des années, Divers/Cité fera de Montréal l’une des grandes destinations LGBTQ+ d’Amérique du Nord, notamment grâce à sa collaboration avec Tourisme Montréal et à des partenariats publicitaires qui contribueront à faire grandir le festival.
On a mis Montréal sur la map!
En raison de difficultés financières, Divers/Cité cesse finalement d’organiser le défilé en 2007. Le flambeau est repris par un nouveau festival, Fierté Montréal, qui célèbre cette année sa 20e édition.
L’organisation poursuit la croissance du festival amorcée par Divers/Cité, notamment sur le plan touristique, faisant de Fierté Montréal le plus grand rassemblement LGBTQ+ de la francophonie.
L’aspect touristique, je pense que ça a fait briller Montréal à l’international, comme une ville ouverte et une ville de diversité, croit Higino Monteiro, l'actuel directeur général par intérim de Fierté Montréal.
Signe de l’expansion du festival, Fierté Montréal a investi au fil des années de nouveaux lieux au-delà du Village pour organiser ses événements. On a commencé à avoir accès à des espaces symboliques, comme le Parc olympique, le Quartier des spectacles et l’esplanade Tranquille pour organiser nos événements, explique M. Monteiro.
Fierté Montréal a également été le témoin de jalons importants témoignant de l’évolution des mentalités.

Le premier ministre Justin Trudeau agite le drapeau arc-en-ciel alors qu'il assiste au défilé annuel de la Fierté à Montréal, le dimanche 14 août 2016.
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
En 2016, Justin Trudeau est devenu le premier premier ministre canadien en fonction à participer à un défilé de la Fierté au Canada.
L'année suivante, le maire de l’époque, Denis Coderre, et le chef de police se sont excusés pour la discrimination dont la communauté LGBTQ+ a été la cible entre les années 1960 et 1990, en présence du directeur général de Fierté Montréal de l'époque.
Aujourd’hui, Fierté Montréal présente une programmation culturelle et artistique de dix jours, qui culmine avec la marche de la Fierté en clôture des festivités.
L’an dernier, plus de 150 000 spectateurs ont assisté au défilé, tandis que quelque 900 000 participants ont pris part, au total, aux activités proposées pendant les dix jours du festival.
Quel bilan en tirer?
En regardant dans le rétroviseur, Pueblo Deir croit que les défilés de la Fierté ont, sans conteste, contribué à faire avancer les droits de la communauté LGBTQ+. Le simple fait de sortir de la marginalité, en prenant d’assaut les rues du centre-ville et en rendant visibles les revendications de la communauté, a permis de faire pression sur les gouvernements pour faire bouger les choses, selon lui.
Parmi les grandes victoires, il cite notamment l’obtention du mariage pour tous au début des années 2000, un plus grand financement des cliniques de lutte contre le sida ainsi qu’une sensibilisation à la discrimination vécue par les personnes LGBTQ+ au travail.

Michael Hendricks, à gauche, et René Leboeuf s'étreignent après s'être mariés dans une salle d'audience de Montréal, le jeudi 1er avril 2004, devenant ainsi le premier couple gai du Québec à se marier depuis la décision du plus haut tribunal de la province d'autoriser les mariages entre conjoints de même sexe. Michael Hendricks est décédé en juillet dernier.
Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON
Les combats pour les droits LGBTQ+ sont loin d’être tous gagnés, rappelle toutefois M. Monteiro.
Il y a un aspect de célébration [à Fierté Montréal], mais il y a encore beaucoup de personnes de nos communautés qui aujourd'hui pourraient avoir du mal à célébrer, parce qu’elles sont encore engagées dans des luttes. Je pense notamment aux personnes trans qui vivent des violences systémiques qui sont encore, et aujourd'hui, très importantes.
Même son de cloche du côté de l’historien Jean-Claude Panneton. On entend parfois des gens demander si la Fierté est encore nécessaire aujourd’hui. Plus que jamais, on observe des reculs et une perte de terrain sur certains droits. Cette présence festive, joyeuse, mais aussi revendicatrice, demeure essentielle aujourd’hui, avance-t-il.
Une Fierté aujourd'hui divisée?
Alors que Fierté Montréal célèbre cette année sa 20e édition, le festival a promis de renouer avec ses racines militantes et de proposer une approche plus inclusive. Cette nouvelle posture survient en réponse à la crise de l'an dernier, alors que l'organisation avait été visée par des allégations de culture organisationnelle toxique, de misogynie et de racisme, entre autres.
En réponse, un festival plus militant, nommé Fierté Indomptable, a été formé pour dénoncer l'aspect jugé trop commercial de Fierté Montréal et se poser en critique des institutions. De retour pour une deuxième édition, l'événement organise son propre défilé ce dimanche, au même moment que la marche traditionnelle.

L'an dernier, une marche parallèle au défilé de Fierté Montréal, la « Fierté Indomptable » (« Wild Pride », en anglais), avait parcouru les rues de Montréal entre la Place des Arts et le square Dorchester. Ce défilé alternatif sera de retour cette année.
Photo : Radio-Canada / Charles Séguin
Mais cette fracture est loin d'être nouvelle. Comme le rappelle le cofondateur de Divers/Cité, Puelo Deir, le mouvement a toujours été habité par des visions plurielles. Il évoque notamment la création, au début des années 2000, du festival Pervers/cité – aujourd'hui disparu – né en réaction à Divers/Cité, alors jugé pas assez militant.
Pour Puelo Deir, les différentes approches entre Fierté Montréal et Fierté Indomptable peuvent cohabiter sans qu'une vision vienne décrédibiliser l'autre. La lutte pour les droits LGBTQ+ au fil des années, rappelle-t-il, s'est construite sur plusieurs fronts.
Je suis d’une génération qui a connu les descentes policières, le sida et les longues batailles politiques. Les droits ne se sont pas gagnés uniquement dans la rue. Ils se sont aussi gagnés dans les tribunaux, les commissions, les salles de rédaction, les conseils d’administration et les parlements.
Même son de cloche pour Higino Monteiro, de Fierté Montréal : J'aime dire que ça fait partie de notre ADN, en tant que personnes queers, que d'avoir une voix qu'on veut porter et faire entendre. Même à l'intérieur même de nos mouvements, on est des mouvements de résistance.
Les gens nous opposent souvent [Fierté Montréal et Fierté Indomptable], mais, moi, j’aime dire qu’il n’y a jamais assez d’espaces pour les communautés, et c’est important d’avoir des espaces qui défendent des visions différentes.


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