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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayMalgré son abandon en 2021, le projet de pipeline Keystone XL, entre l’Alberta et les États-Unis, n’a jamais disparu des conversations. Le président américain, Donald Trump, évoque régulièrement sa relance. Sa renaissance n’a toutefois jamais été aussi près de se concrétiser.
L’entreprise South Bow, qui a hérité du projet, lui a même donné un nom : Prairie Connection.
Est-ce une copie du projet Keystone XL?
Les détails de la nouvelle version sont rares, mais celle-ci semble bâtir sur les cendres de Keystone XL. South Bow prévoit d’ailleurs de réutiliser les infrastructures existantes du côté canadien, ainsi que les permis déjà obtenus grâce à l’ancien projet.
Cette fois-ci, elle compte cependant sur des partenariats avec d’autres entreprises. Le tracé promet aussi d’être différent. Un des partenaires envisagés, Bridger Pipeline, a ainsi proposé une canalisation du Montana jusqu’au Wyoming.

Le tracé du nouveau projet n'est pas encore clairement défini, notamment en ce qui concerne la façon dont la canalisation proposée par Bridger Pipeline rejoindra les infrastructures de South Bow.
Photo : Radio-Canada
Ce tracé éviterait les zones sensibles du Dakota du Sud et du Nebraska, qui avaient été une source de fortes oppositions. On ne sait toutefois pas avec précision quelle route prendrait ensuite le nouveau projet du Wyoming jusqu’à la canalisation principale Keystone de South Bow.
Le nouveau pipeline aurait aussi une capacité inférieure à celle de Keystone XL, 550 000 barils contre 830 000 proposés précédemment.
Pourquoi relancer le projet maintenant? Est-ce lié à la guerre en Iran?
La relance du projet n'est pas directement lié à la flambée des prix du pétrole causée par le conflit au Moyen-Orient. Selon Reuters, le premier ministre du Canada, Mark Carney, était déjà au courant de cette nouvelle mouture à l'automne quand il a rendu visite au président des États-Unis.
Bridger Pipeline a également déposé sa description de segment de canalisation fin janvier, avant le début des frappes.
Il y a quand même eu volte-face de la part de South Bow puisque, quand Donald Trump a évoqué Keystone XL à son retour au pouvoir, South Bow avait fermé la porte à un retour du projet, expliquant avoir tourné la page.
Le PDG de l'entreprise, Bevin Wirzba, explique le revirement par le changement des conditions.
Nous avions un gouvernement canadien en pleine transition. Nous avions un environnement tarifaire potentiel très incertain. Et nous avions un cadre politique et réglementaire qui n'était pas clair, a-t-il indiqué lors d’une conférence téléphonique vendredi. Un an plus tard, ces trois points ont évolué de manière matérielle en faveur d'un environnement plus constructif pour envisager un développement.

Des conflits comme celui de la guerre en Iran ou l'invasion russe en Ukraine ont remis de l'avant la question de la sécurité énergétique et de l'approvisionnement en pétrole.
Photo : AFP / ATTA KENARE
Le changement de perspective sur l’énergie est tel que l’analyste en chef des marchés pétroliers canadiens à S&P Global, Kevin Birn, estime que la comparaison avec Keystone XL est caduque. Il y a eu un pivot vers une plus grande prise de conscience des besoins d'abordabilité, d'accessibilité et de sécurité, et du fait que les hydrocarbures seront probablement plus persistants et résistants que ce que beaucoup croyaient auparavant, souligne-t-il.
Même si de l'acier reste de l'acier, nous sommes dans un monde différent aujourd'hui.
La situation géopolitique actuelle renforce l'idée de sécuriser l'approvisionnement énergétique.
Qui va payer?
L’abandon de Keystone XL a coûté environ 2,2 milliards de dollars à TC Énergie et environ 1,3 milliard de dollars au gouvernement albertain qui avait investi dans le projet dans l’espoir de le sauver.
La question du coût est donc centrale, surtout que le dernier pipeline construit, celui de Trans Mountain, a coûté plus de 34 milliards de dollars.
South Bow ne se risque pas à mettre un prix sur la facture et a indiqué qu’elle ne mettrait pas en péril sa structure financière pour poursuivre ce projet.
Nous cherchons une solution où le risque est bien partagé. Si nous n'y arrivons pas, le projet n'avancera pas.
Lors de la conférence téléphonique, le PDG, Bevin Wirzba, a bien précisé qu’il excluait une participation gouvernementale comme promoteur. Il n’a toutefois pas fermé la porte à des garanties de prêt. Nous estimons être aujourd'hui dans un environnement différent qui nous permet d'avoir ces discussions et de nous assurer d'une bonne adéquation de la répartition des risques, a-t-il ajouté.
Dans des réponses par courriel, les gouvernements albertain et fédéral ont bien précisé qu’il s’agissait d’un projet privé.
A-t-on besoin d’un nouveau pipeline vers les États-Unis?
Selon l’analyste Kevin Birn, la production de pétrole, déjà record dans les sables bitumineux, va s'accroître de 500 000 barils au Canada d’ici 2030.
Quant à elle, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, souhaite doubler la production de l’Alberta, ce qui la ferait passer à 8 millions de barils par jour d’ici 2035. Il faut plusieurs routes vers le marché et plusieurs agrandissements pour pouvoir absorber ce qui s'en vient, souligne-t-Kevin Birn.
Le concurrent de South Bow, Enbridge, a annoncé aussi un agrandissement de son système vers les États-Unis. Kevin Birn affirme qu’il est important d’avoir de la concurrence pour maintenir les prix à un niveau acceptable et faire face à toute interruption d’approvisionnement.

Le premier ministre Mark Carney multiplie les voyages à l'étranger pour diversifier les partenaires commerciaux. Il veut doubler les exportations en dehors des États-Unis.
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
La question n’est toutefois pas seulement économique, mais aussi politique. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, la diversification des marchés d’exportation est devenue une priorité.
L'exportation vers les États-Unis sera toujours à l'ordre du jour tant que ces exportations croîtront d'une manière ou d'une autre, explique le professeur agrégé à l’École de commerce Haskayne à l’Université de Calgary Steven Paget. Dans le contexte actuel, il estime toutefois que South Bow devra faire ce travail d’explication et de justification.
C'est aux promoteurs d'être clairs, maintenant plus que jamais.
Les gouvernements albertain et fédéral ont éludé la question. L'Alberta souhaite construire de nouveaux pipelines vers l'ouest, l'est, le nord et le sud, a affirmé le bureau du ministre de l’Énergie de l’Alberta, Brian Jean.
En tant que gouvernement du Canada, notre priorité est de créer les conditions qui favoriseront l'investissement et la diversification économique au-delà d'un seul client, a indiqué pour sa part le bureau du ministre fédéral.
Quels sont les opposants qui se profilent?
Keystone XL a provoqué des manifestations massives de coalitions d’environnementalistes, de communautés autochtones et de propriétaires terriens.
La fondatrice du groupe Bold Alliance, Jane Kleeb, n’a pas changé de position. Vous pouvez en changer le nom, l'image de marque ou l'emballage : le projet Keystone XL ne verra jamais le jour. [...] Keystone XL n'a plus de tracé, plus de droits de passage et plus aucun soutien au Nebraska, a-t-elle déclaré.

Le projet avait suscité d'énormes manifestations, notamment au Nebraska. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Nati Harnik
Anthony Swift, stratège principal auprès du Natural Resources Defence Council, affirme également que les objections sociétales et environnementales à Keystone XL n’ont pas changé aujourd’hui. [Il s’agit] d’une infrastructure qui nous pousse dans la mauvaise direction. [...] Il ne faut pas regarder notre configuration énergétique aujourd’hui, mais ce que nous voulons en 2035 jusqu’en 2065.
Les arguments contre un autre grand pipeline de sables bitumineux à travers les États-Unis sont encore plus forts qu'auparavant.
Il pense ainsi que le plan d’affaires du pipeline est encore moins justifiable aujourd’hui qu’aux débuts de Keystone XL, puisque l’électrification des transports et les réglementations sur le carbone vont s’accroître.
Les investisseurs sont beaucoup plus sensibles au risque de certains de ces projets de combustibles fossiles à long terme, tant en termes d'opposition qu'en termes de retour sur investissement climatique et de risque d'actifs obsolètes, dit-il.
Steven Paget est d’accord que les actionnaires et investisseurs devront être convaincus des mérites du projet. Depuis la pandémie, ceux-ci ont privilégié la hausse des dividendes plutôt que des investissements massifs.
Après l’annonce du projet vendredi, le cours de South Bow a clôturé légèrement en baisse.
Quelles sont les prochaines étapes?
South Bow sonde les clients potentiels jusqu’à la fin du mois, puis se donne 60 jours pour en tirer des conclusions.
Bridger Pipeline doit encore déposer une demande formelle auprès du Département de la qualité environnementale du Montana, et une déclaration d’impact environnemental devra être formulée. Plusieurs autres agences fédérales pourraient être aussi concernées.
L’entreprise aura aussi besoin d’un permis présidentiel.
Il reste beaucoup de terrain à préparer, conclut Steven Paget.


2 months ago
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